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Evola Julius - L'arc et la massue


Auteur : Evola Julius (Giulio Cesare Evola)
Ouvrage : L'arc et la massue
Année : 1968

Lien de téléchargement : Evola_Julius_-_L_arc_et_la_massue.zip

CIVILISATIONS DU TEMPS ET CIVILISATIONS DE L'ESPACE. Les traces qui subsistent - rien que dans la pierre la plupart du temps - de certaines grandes civilisations des origines renferment souvent un sens rarement compris. Devant ce qui reste du monde gréco-romain le plus archaïque et au-delà, de l'Égypte, de la Perse, de la Chine, jusqu'aux mystérieux et muets monuments mégalithiques épars dans les déserts, les landes et les forêts comme derniers vestiges visibles et immobiles de mondes engloutis et disparus - et, comme limite dans la direction opposée de l'histoire, jusqu'à certaines formes du Moyen Age européen : devant tout cela on en arrive à se demander si la miraculeuse résistance au temps de ces témoignages, outre le concours favorable de circonstances extérieures auquel ils doivent d'être encore là, ne contient pas aussi une signification symbolique. Cette impression se renforce si l'on pense au caractère général de la vie des civilisations auxquelles la majorité de ces vestiges appartiennent, c'est-à-dire au caractère général de la vie dite « traditionnelle ». C'est une vie qui demeure identique à travers les siècles et les générations, dans une fidélité essentielle aux mêmes principes, au même type d'institutions, à la même vision du monde ; susceptible de s'adapter et de se modifier extérieurement face à des événements calamiteux, mais inaltérable en son noyau, dans son principe animateur, dans son esprit. Un tel monde semble nous renvoyer surtout à l'Orient. On pense à ce qu'étaient, jusqu'à des époques relativement récentes, la Chine et l'Inde, et jusqu'à hier le Japon lui-même. Mais, en général, plus on remonte le temps, plus on ressent la vigueur, l'universalité et la puissance de ce type de civilisation, au point que l'Orient finit par être vu comme la partie du monde où, pour des circonstances fortuites, ce type a pu subsister plus longtemps et se développer mieux qu'ailleurs. Dans ce type de civilisation la loi du temps semble être en partie suspendue. Plus que dans le temps, ces civilisations semblent avoir vécu dans l'espace. Elles ont eu un caractère « achronique ». Selon la formule aujourd'hui en vogue, ces civilisations auraient donc été « stationnaires », « statiques » ou « immobilistes ». En réalité, ce sont les civilisations dont même les vestiges matériels semblent destinés à vivre plus longtemps que toutes les créations ou tous les monuments du monde moderne, lesquels, sans exception, sont impuissants à durer plus d'un demi-siècle et à propos desquels les mots « progrès » et « dynamisme » signifient seulement une soumission à la contingence, au mouvement d'un incessant changement, d'une rapide ascension et d'un déclin tout aussi rapide et vertigineux. Ce sont là des processus qui n'obéissent pas à une vraie loi interne et organique, qu'aucune limite ne contient, qui deviennent autonomes et prennent par la main ceux par qui ils ont été favorisés : voilà la caractéristique de ce monde différent, dans tous les secteurs qui le composent. Cela n'empêche pas qu'on ait fait de lui une sorte de critère de mesure pour tout ce qui aurait droit, au sens le plus élevé, au mot « civilisation », dans le cadre d'une historiographie qui fait siens des jugements de valeur arrogants et méprisants du genre de ceux auxquels il a été fait allusion plus haut. A cet égard, typique est l'équivoque de ceux qui prennent pour immobilité ce qui eut, dans les civilisations traditionnelles, un sens très différent : un sens d'immutabilité. Ces civilisations furent des civilisations de l'être. Leur force se manifesta justement dans leur identité, dans la victoire qu'elles obtinrent sur le devenir, sur l'« histoire », sur le changement, sur l'informe fluidité. Ce sont des civilisations qui descendirent dans les profondeurs et qui y établirent de solides racines, au-delà des eaux périlleuses en mouvement. L'opposition entre les civilisations modernes et les civilisations traditionnelles peut s'exprimer comme suit : les civilisations modernes sont dévoratrices de l'espace, les civilisations traditionnelles furent dévoratrices du temps. ...

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