Auteur : Brasillach Robert
Ouvrage : Pour une méditation sur la raison de Jeanne d'Arc
Année : 1932

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POUR UNE MÉDITATION SUR LA RAISON DE JEANNE D’ARC. Le plus émouvant et le plus pur chef-d'oeuvre de la langue française n'a pas été écrit par un homme de lettres. Il est né de la collaboration abominable et douloureuse d'une jeune fille de dix-neuf ans, visitée par les anges, et de quelques prêtres mués, pour l'occasion, en tortionnaires. Des notaires peureux ont écrit sous la dictée, et c'est ainsi qu'a pu nous parvenir ce prodigieux dialogue entre la sainteté, la cruauté et la lâcheté, qui réalise et incarne enfin, en les laissant loin derrière lui, tous les dialogues imaginaires qu'avait produits le génie allégorique du moyen âge. Même cachées sous un latin transparent, qui n'a plus guère de latin que le nom, et semble une variété méridionale du français, un chantant français d'oc à déclinaisons, la force et la beauté de ce texte incomparable saisissent le coeur. Mais laissons de côté le latin, allons à ce qui nous reste de l'interrogatoire français, qui est considérable, cherchons dans le vieil anonyme qui traduisit le procès pour le roi Louis XII, n'est-ce pas aussitôt le suc, la saveur inoubliable, cette langue forte et douce, dont Joinville seul, pensions nous, possédait le secret ? Tant d'années après lui, le monde était encore assez près des sources pures de la langue, assez près de l’esprit des miracles de Notre-Dame et des croisades, qu'on allait bientôt oublier, pour que la sainteté se permît encore cette étonnante alliance avec la beauté. Car il nous faut bien répéter ce que pensait Péguy : à côté des mots les plus simples de Jeanne, les saints les plus illustres semblent des bavards, amplificateurs de Cicéron. Auprès de cet éclat tremblant et fier, seules peuvent prendre place les strophes rayonnantes ou ténébreuses d'un saint Jean de la Croix, les recherches les plus fines d'une sainte Thérèse, le plus pur des cantiques de saint François d'Assise. Encore Jeanne seule a-t-elle ce clair génie inimitable, qui est celui de sa race, la beauté naïve des chansons où l'on parle de marjolaine, le rire et l'ironie qu'elle n'abandonne pas jusqu'au seuil de la mort et de la transfiguration, et surtout ce que Michelet, dans un de ses jours de bonheur a si admirablement défini comme le bon sens dans l'exaltation. ...