Auteur : Rebatet Lucien Romain (François Vinteuil - François Vinneuil)
Ouvrage : Codreanu et la Garde de Fer Choses vues et entendues en Roumanie
Année : 1938

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Différentes circonstances de ma vie ont voulu que la Roumanie est le pays étranger que je connais le moins mal, et surtout celui où j’ai le plus d’amis. Notre journal fut sans doute de toute la presse française celui qui a suivi le plus attentivement la longue crise roumaine de l’hiver dernier, et notre cher camarade Dauture en a été le plus lucide historien. Je n’étais pas retourné en Roumanie depuis près de cinq ans. Je serais indigne même d’effleurer du bout de ma plume la question juive, si je n’avais brûlé de savoir ce qui s’accomplit vraiment làbas, au milieu du silence, des fausses nouvelles ou des congratulations officieuses les plus propres à attiser une curiosité de journaliste. J’ai donc consacré mes vacances à ce voyage. Gaxotte et Brasillach m’avaient demandé de le raconter ici. Je le fais avec d’autant plus de satisfaction qu’il se passe en Roumanie des choses passionnantes, que j’ai pu les étudier à loisir, que de pareils phénomènes politiques sont remplis d’enseignements fort actuels, et qu’enfin il n’est jamais mauvais de connaître la vérité sur un pays ami. La Roumanie selon la légende Chaque nation a sa légende. Celle de la France, pour les Roumains, veut, par exemple, que nous confondions régulièrement Bucarest avec Budapest, quand nous n’en faisons pas la capitale de la Bulgarie ; que l’on ne voie jamais chez nous d’officiers en tenue par crainte des bolcheviks et qu’à Paris l’on ne mange d’autres viandes que le cheval frigorifié. Ceci dit, les Roumains comptent du reste parmi les étrangers les mieux renseignés sur nous. Il est déplorable que des voyageurs n’emportent chez eux que deux ou trois de ces truismes, comme c’est le cas de beaucoup d’Anglais et d’Américains. Mais j’ai appris, en faisant deux ou trois fois le tour de notre vieux continent, que la légende d’un pays ne doit pas être rejetée d’un bloc, que pour absurde et caricaturale qu’elle soit, elle n’a pas été forgée de toutes pièces. Il est certain par exemple que nous sommes fort ignorants de la géographie, que la République a essayé par tous les moyens de détruire le prestige de nos uniformes et que le bourgeois parisien se nourrit médiocrement, beaucoup plus chichement en tous cas que le bourgeois de Bucarest. La légende roumaine en France a pour principale source les étudiants du Quartier Latin et les souvenirs de quelques régiments de notre armée d’Orient, qui traversèrent en 1918 et 1919 le pays dévasté décrit par M. Vercel dans Le Capitaine Conan. Il paraît donc que l’on vous demande dans les hôtels de Bucarest si vous désirez un lit avec ou sans femme, que les dames et les demoiselles de la société s’y disputent l’étranger à chaque détour de rue, que si les hommes affichent une telle élégance et remplissent à ce point les cafés, c’est qu’ils sont tous entretenus et répugnent à la plus petite tâche. On cite encore volontiers certains adages toujours attribués à un « moldo-valaque », tel que : « Etre Roumain, ce n’est pas une nationalité, c’est une profession. » ...