Auteur : Rebatet Lucien Romain - Cousteau Pierre-Antoine
Ouvrage : Dialogue de "vaincus"
Année : 1950

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Robert Belot. A LA RECHERCHE DE L'IMAGINAIRE DES ÉPURÉS : Révélations et enjeux d'un document inédit Sur l'imaginaire de ceux que la Libération a sanctionnés en raison de leur engagement au service de la cause de la Collaboration, et qui se sont eux-mêmes proclamés « vaincus », nous sommes un peu condamnés à imaginer. Jusqu'à une date assez récente, ils n'ont guère eu la possibilité de s'exprimer publiquement et leur tardive reprise de parole n'a pris généralement la forme que d'un plaidoyer pro domo, leurs livres celle d'un mémoire en défense politique. Parole suspecte, car rétroactive et tactique, généralement en vue d'un dédouanement et d'un procès en réhabilitation. En ce sens, elle ne permet pas de saisir intimement les sentiments qui ont été ceux des « vaincus » au moment où ils purgeaient leur peine ou subissaient leur ostracisme, c'est-à-dire juste après le verdict de l'Histoire. Que pensent-ils d'eux-mêmes ? Comment perçoivent-ils leur engagement passé et sa sanction ? Quel avenir s'imaginent-ils ? Comment regardent-ils le monde qui semble se faire sans eux ? Le rejet massif et sans appel que les « vaincus » ont subi à cette époque a naturellement fait qu'ils ont été ignorés, néantisés par la mythologie « résistantialiste » triomphante de la Libération. Mais l'historien ne peut pas faire l'impasse sur ces questions. Nous sommes en présence d'une réelle méconnaissance, supposant un déni de réalité, tout ce qui fait la faiblesse générale des histoires de l'extrême droite tentées jusqu'ici. Les vaincus eux-mêmes, du moins tant qu'ils sont en prison ou en exil, sont aussi condamnés à imaginer la nouvelle société qui se met en place autour d'eux, sans eux, contre eux : ils vivent un rapport imaginaire au monde, centré sur le ressassement de leur passé. C'est de ce rapport et de ce moment dont il est question ici. Un document inédit, rédigé en prison, nous permet d'en savoir plus sur le paysage intérieur de deux figures emblématiques des écrivains qui se sont inconditionnellement engagés au service de la Collaboration : Pierre-Antoine Cousteau et Lucien Rebatet. Les deux hommes, hérauts de l'hebdomadaire collaborationniste Je suis Partout (40 000 exemplaires en 1941 à 300 000 exemplaires 1944), qui ont tenu le haut du pavé pendant l'Occupation, se retrouvent à la centrale de Clairvaux, purgeant une peine de perpétuité après l'Epuration qui les avait condamnés à mort. Ensemble, ils écrivent un dialogue où ils se mettent à nu, librement, sincèrement, avec une complicité amicale. La publication de ce document est donc un événement. ...