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Tharaud Jérôme et Jean - L'an prochain à Jérusalem


Auteur : Tharaud Jérôme et Jean
Ouvrage : L'an prochain à Jérusalem
Année : 1924

Lien de téléchargement : Tharaud_Jerome_et_Jean_-_L_an_prochain_a_Jerusalem.zip
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CHAPITRE PREMIER. LE FEU SACRE. Nous avançons dans les ténèbres, sous des voûtes qu’on aperçoit mal, entre de hauts piliers carrés, où se mêlent des odeurs de cave, de moisi, d’encens et de cire. Le bruit d’un lourd bâton ferré qui tombe gravement sur les dalles, nous guide dans cette obscurité qu’emplit une rumeur profonde, étouffée par des épaisseurs de pierre. J’ai l’impression de circuler clans les couloirs de quelque cirque romain, quand la foule, sur les gradins attend l’ouverture du spectacle avec des murmures d’impatience. Puis le bâton s’arrête de frapper, et tout devient plus vaste, les voûtes, les piliers, le silence et la grande rumeur, si ténébreuse elle aussi... Une porte basse dans la muraille. Je m’y glisse derrière mon guide, et nous montons un étroit escalier, plein de trous et de nuit, où çà et là, sur de petits paliers, à travers des embrasures cloisonnées de barreaux et de toiles d’araignées, une lumière qui n’est pas du jour, éclaire d’une lueur misérable ce que le temps peut oublier depuis des siècles, dans l’ombre, de poussiéreuse tristesse. Dans ces profondeurs emmurées, on n’entend plus que le bâton qui compte chaque marche, avec cet accent, fatidique que prend un bruit régulier clans les ténèbres. Comme les mains sur la Paroi moisie, l’esprit tâtonne, ne sait plus où il est, ni ce qu’il pense, ni ce qu’il va voir. De nouveau le bâton s’arrête. Silence. Sommes-nous arrivés à un tournant du destin ?... Et tout à coup l’air me frappe au visage en même temps que la rumeur qui, dans la nuit de l’escalier, s’était un moment égarée. Je me trouve au fond d’une loge creusée dans l’épaisseur du mur. Au-dessus de ma tête, une haute coupole où par une ouverture glisse de biais un rayon de soleil qui m’aveugle à mon entrée. Au-dessous de moi, un grand puits sombre, d’où monte la puissante rumeur, retrouvée, ressuscitée, formidable mais toujours obscure. Pas une lumière, pas un cierge, rien que ce dur rayon qui s’arrête à mi-course, et cette clarté du jour qui, pareille à un seau au bout d’une corde trop courte, n’arrive pas à descendre jusqu’au fond. Cependant, peu à peu, mes yeux habitués à ces ténèbres distinguent un grouillement confus, une foule de têtes pressées autour d’un petit édifice, que cette multitude semble porter sur ses épaules. C’est une construction baroque, rectangulaire à sa base, qui prend à mi-hauteur la forme d’un tambour et s’achève en chapeau chinois. Là-dessus, des files de longs cierges éteints, des rangées de lampes et de lampions, des pots de fleurs en bois sculpté, et des images pieuses, accrochées l’une près de l’autre comme sur les murs d’un bazar. Tout cela misérable, déteint, passé et criard à la fois. Vraiment, c’est à peine croyable : cette chose sans nom, sans richesse, sans goût, ce poussiéreux couvercle, ce monument sauvage, oeuvre barbare d’un maçon de Mytilène, c’est le Saint-Sépulcre, le tombeau de jésus. Autour, la foule crie. Ils sont là des milliers de Grecs, de Syriens, de Coptes, d’Arméniens, car la fête du Feu Sacré, qu’on célèbre en ce samedi de Pâques, n’est pas une fête latine, mais une fête orthodoxe. Ce jour-là, mystérieusement, le feu divin descend du ciel et vient allumer une lampe à l’intérieur du tombeau. Est-ce une réminiscence lointaine des fêtes païennes du solstice, qui célébraient la fuite de l’hiver et le retour du soleil printanier ? Ou bien encore un symbole de la résurrection du Christ, conçu par une imagination orientale ? L’origine de la cérémonie reste obscure. Les Latins l’ont pratiquée un moment. Urbain II, pour entraîner l’Occident à la Croisade, faisait état du prodige, et beaucoup des compagnons de Godefroy et de Beaudouin en furent les témoins oculaires. Mais à cette époque déjà le miracle était intermittent : le Feu ne descendait pas chaque année dans le tombeau. Il cessa même, paraît-il, tout à fait d’y descendre après la prise de Jérusalem par le sultan Saladin. Mais les Chrétiens du rite grec continuent de croire au miracle, et chaque samedi de Pâques, pour eux, un archange invisible vient apporter le feu du ciel. En attendant qu’il apparaisse, l’immense foule hurle la même phrase, indéfiniment répétée sur un rythme monotone, à la manière orientale. Puis une voix jette dans l’air une phrase nouvelle, qui est reprise aussitôt avec la même fureur, sur un, rythme différent. Les deux phrases luttent un instant ; l’une d’elles finit par l’emporter, imposant à la multitude son mouvement brutalement rythmé, jusqu’au moment où à son tour elle est expulsée par une autre. ...

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