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Constant Alphonse-Louis - La voix de la Famine


Auteur : Constant Alphonse-Louis (Eliphas Lévi)
Ouvrage : La voix de la Famine
Année : 1846

Lien de téléchargement : Constant_Alphonse-Louis_-_La_voix_de_la_Famine.zip

Quelques Mots de l’Auteur. Quand la corruption en a fini avec une génération, quand les hommes ne sont plus que des immondices vivantes, la Providence les balaie avec ses fléaux. Il vient un temps où les races abâtardies font ensemble un pacte de turpitude, et laissent se former un traité d’alliance entre leurs vices légalisés ; les passions animales se laissent parquer par un pouvoir qui les protège, et trouvent leur bonheur dans une inertie qui leur permet de s’assoupir en digérant comme des pourceaux à l’engrais. Le découragement gagne alors tous les noble cœurs ; car les paroles généreuses n’ont plus d’écho, et l’abrutissement seul usurpe les honneurs de la sagesse et de la vertu ; il faut alors que Dieu s’en mêle ; il faut que la nature s’indigne d’être asservie à de pareils maîtres ; la terre, comme si elle se laissait pénétrer par la sueur de leur corruption n’aura plus pour eux que des germes pourris, les fleuves iront laver la place de leurs propriétés et de leurs villes, la Providence, par une dérision terrible semblera enchérir sur l’inhumanité des riches, et affamera tellement les pauvres, qu’ils deviendront un fléau plus redoutable que l’inondation et les incendies ; les débordements des rivières préluderont ainsi à d’effroyables débordements d’hommes. La lie des grandes cités fermente comme dans une cuve, dont elle inondera bientôt les bords d’une écume rouge et courroucée, et il se passera sur la terre des choses sans nom, qui laisseront leur tache sur les pages de l’histoire, et leur souvenir d’épouvante dans la mémoire des hommes. Il semble que nous touchions à une de ces époques terribles, où le révolutionnaire divin prend, lui-même la terre entre ses mains et la secoue. Les inondations, la famine et les incendies se présentent à nos portes comme des messagers sinistres, et tandis que les pourceaux du budget nous grognent encore aux oreilles la prospérité de la France, voici que l’éloquente voix d’un heureux de ce monde laisse tomber cette parole de tristesse et d’alarme : « Le pauvre a faim, et la France a peur ! » Que la crainte du moins nous soit salutaire, et, ne nous dissimulons pas nos dangers ! Quelque chose fermente dans les entrailles affamées du peuple, ayons le courage de nous faire son interprète, pour sauver ceux que peut menacer sa colère. Longtemps et patiemment nous avons souffert avec lui, nous dévouant à lui dire toute vérité, endurant les calomnies de ceux qui l’exploitent et qui voulaient nous étouffer comme un dangereux concurrent. Tantôt repoussé par tous les organes de la publicité comme atteint de la lèpre de la franchise, tantôt bâillonné par les hommes de commerce et de peur, qui refusaient d’imprimer nos paroles évangéliques, accusé de fanatisme par les Hommes sans Dieu, et d’impiété par ceux qui trafiquent de Dieu, nous nous sommes trouvé seul au monde ; et maintenant nous venons élever nos lamentations comme Jérémie, à travers le silence des ruines ; c’est nous encore avec le même cœur et le même courage ; et si nos cris s’éteignent encore une fois sans écho, nous aurons à nous reprocher seulement d’avoir voulu réveiller des morts. Nous faisons donc trêve un instant à nos rêves palingénésiques pour écouter la voix de la famine ; nous allons, pour ainsi dire, nous abjurer nous-mêmes et imposer silence à nos hymnes d’amour ; pour répéter les rudes paroles de la multitude affamée. Notre muse se fera femme du peuple et descendra dans la rue en demandant du pain ; nous ferons succéder aux figures du langage mystique les invectives du pamphlet, afin que tout le monde nous comprenne, et que la société tout entière se coalise contre le danger commun ; car les fléaux qui désespèrent les pauvres, doivent épouvanter les riches, et c’est surtout dans les grandes calamités publiques que Dieu impose à tous les hommes la fraternité du malheur. Nous sommes sans fiel et sans colère ; la menace qui respire dans notre langage n’est au fond que la crainte d’un ami de l’humanité, qui voudrait sauver tous ses frères au prix de sa vie. Toute la pensée de notre écrit est celle-ci : Voilà ce que les affamés doivent penser, voilà ce qu’ils peuvent dire ; songez à ce qu’ils pourraient faire, et prenez garde à vous ! Maintenant peu nous importe la haine des hommes aveuglés ; nous relevons d’un autre juge ! Taisons-nous devant les fléaux qui passent, et laissons parler, au lieu de nous, la grande voix de la famine ! ...

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