Acheter

Lémann Augustin - Jeanne d'Arc et Charles VII


Auteur : Lémann Augustin
Ouvrage : Jeanne d'Arc et Charles VII
Année : 1874

Lien de téléchargement : Lemann_Augustin_-_Jeanne_d_Arc_et_Charles_VII.zip

MESSEIGNEURS, MESSIEURS, Ce n’est point sans une certaine appréhension, je l’avoue, que j’aborde cette chaire pour y entreprendre l’éloge de Jeanne d’Arc. L’intelligent auditoire que j’ai la mission d’instruire n’aurait-il pas à m’apprendre plutôt qu’à écouter ? Les nobles exploits de Jeanne d’Arc vous appartiennent en effet, Messieurs. Cette vie illustre, ainsi que l’a dit l’un des meilleurs orateurs qui aient célébré l’héroïne2, est comme l’héritage propre de votre cité ; chacun de vous en connaît jusqu’au moindre détail. Et c’est pourquoi, je le répète, il me siérait mieux d’écouter que d’instruire. Mais enfin, puisque vous daignez écouter, je voudrais, pour rajeunir votre attention, faire ressortir la vie de Jeanne d’Arc par rapport à un personnage, tantôt laissé dans l’ombre, tantôt défiguré par les historiens : je voudrais faire ressortir la vie de Jeanne d’Arc par rapport à la personne de Charles VII. Charles VII, Messieurs, était le cinquantième monarque de cette illustre maison de France dont on a pu dire, sans flatterie, qu’elle occupe, dans les siècles chrétiens, parmi les maisons royales, le rang d’honneur tenu par la famille de David au milieu des siècles et des rois du premier Testament. Il existe, en effet, ce magnifique trait de ressemblance : à la maison de David l’honneur de fournir le sang qui deviendra le corps adorable du Christ : «Un rejeton jaillira «de la tige de Jessé», prophétise Isaïe (XI, 1) ; et à la maison de France l’honneur de servir de garde à l’Église, son œuvre : «Je vous sacre, s’est écrié saint Remy, pour être les perpétuels défenseurs de l’Église». Mais, parce que ces deux maisons furent ainsi prédestinées à de si magnifiques prérogatives, le Seigneur, et c’était justice, s’est montré plus jaloux de leur fidélité. Lorsque les rois de Juda, oubliant la personne du Christ, menaçaient de corrompre par des alliances étrangères ce sang du Rédempteur qu’ils avaient la mission de conserver intact dans leurs veines, Dieu, par des châtiments providentiels, les rappelait aussitôt à la garde du sang. Et lorsque les rois de France, oubliant l’oeuvre du Christ, inclinaient vers ses ennemis, le schisme ou l’hérésie, il y eut aussi des catastrophes soudaines pour les rappeler à la garde de l’Église. Eh bien, la seconde moitié de notre XIVe siècle avait été, pour la maison de France, l’heure d’un de ces châtiments providentiels. Elle méritait d’être punie, la défection de Philippe-le-Bel et de ses fils, qui, après avoir insulté à la Chaire de Pierre, avaient osé dire au schisme : Nous serons ta force. Et c’est pourquoi, par de justes représailles divines, le royaume de France, comme le manteau du prophète Ahias (III Rois, XI, 11, 12, 29, 30, 31), avait été déchiré en deux ; et, à l’avènement du pauvre Charles VII, la plus grande partie du territoire se trouvait la proie du roi d’Angleterre, aidé, dans ses conquêtes, par la rébellion d’une partie des sujets. Ce fut à ce moment que parut Jeanne d’Arc ! Messagère d’un Dieu qui n’avait humilié la couronne de France que pour lui rappeler sa mission de protectrice de l’Eglise, elle venait la relever par des prodiges et dans l’honneur. C’est donc de la mission de Jeanne d’Arc par rapport à Charles VII que je vais vous entretenir, Messieurs. Par l’exposé que je viens de tracer, vous devez voir que ce panégyrique fait suite à celui de l’an dernier. Mon frère a rapproché Jeanne d’Arc des héroïnes juives ; il m’arrivera souvent de rapprocher la maison de France, que Jeanne d’Arc est venue soutenir, de la maison de David. Et tout d’abord, me plaçant au-dessus de tous les partis, je m’empresse de déclarer que mon sujet, ainsi défini, sera respectueux pour tout le monde : c’est une page d’histoire, et pas autre chose. Quant à mes divisions, elles se trouvent naturellement indiquées par l’histoire : Charles VII était méconnu, Jeanne d’Arc l’a fait reconnaître ; Charles VII était privé de l’huile sainte, Jeanne d’Arc l’a fait sacrer ; Charles VII était vaincu et dépouillé, Jeanne d’Arc l’a rendu triomphant. Et pour tout résumer en trois mots : LE DROIT, LE SACRE, LE TRIOMPHE. Telles seront mes divisions. MONSEIGNEUR, Une des ambitions de Jeanne d’Arc, au milieu de ses tristesses à Rouen, était qu’on la conduisît auprès du Pape : «Menez-moi devant lui, disait-elle, et je répondrai tout ce que je devrai répondre». Ce que Jeanne d’Arc ambitionnait si vivement, elle l’a enfin obtenu par la piété de celui qui s’est si noblement proclamé son évêque. ...

2584 lectures

Voir aussi

Markale Jean - Notre-Dame de la nuit

Auteur : Markale Jean Ouvrage : Notre-Dame de la nuit Année : 1998 Lien de téléchargement :...

Lire la suite

Markale Jean - Mélusine

Auteur : Markale Jean Ouvrage : Mélusine Année : 1983 Lien de téléchargement :...

Lire la suite

Markale Jean - Les révoltés de Dieu

Auteur : Markale Jean Ouvrage : Les révoltés de Dieu Année : 2003 Lien de téléchargement :...

Lire la suite

Markale Jean - Les conquérants de l'île verte

Auteur : Markale Jean Ouvrage : Les conquérants de l'île verte La grande épopée des Celtes Année :...

Lire la suite

Markale Jean - Les compagnons de la branche rouge

Auteur : Markale Jean Ouvrage : Les compagnons de la branche rouge La grande épopée des Celtes...

Lire la suite

Markale Jean - L'épopée des Gaulois

Auteur : Markale Jean Ouvrage : L'épopée des Gaulois Les grandes légendes de l'histoire de France...

Lire la suite

Markale Jean - L'énigme des vampires

Auteur : Markale Jean Ouvrage : L'énigme des vampires Année : 1991 Lien de téléchargement :...

Lire la suite



Donner


Histoire E-Book
Recension d'ouvrages rares et interdits


Histoire E-Book