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Caplain Jules - La France en Haïti Catholicisme Vaudoux Maçonnerie


Auteur : Caplain Jules
Ouvrage : La France en Haïti Catholicisme Vaudoux Maçonnerie
Année : 1904

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Vous ne demandez, mon cher ami, de consigner par écrit les réflexions que m'a suggérées la lecture de votre étude: La France en Haïti. Je vais le faire bien volontiers, en appliquant, aux faits dont vous avez dressé le tableau d'ensemble, les principes de cette doctrine positive qui a conquis la complète adhésion de mon esprit, au point de faire corps avec lui. Le nègre, dites-vous avec raison, est un fétichiste. Je ne méprise point du tout cet état d'âme. L'humanité tout entière a débuté par là, il y a quelques milliers d'années. En outre, lorsque les yeux de nos enfants commencent à s'ouvrir au monde extérieur, avant même qu'ils puissent se servir un peu de leur langue pour nous faire connaître leurs impressions, ils raisonnent en fétichistes. Enfin, c'est à une survivance de cet état lointain que nous devons cette spontanéité dans l'élan qui est d'une si grande ressource pour le perfectionnement de tout ce qui nous intéresse, et qui a toujours été un puissant secours pour empêcher l'établissement définitif des tyrannies quelconques, visant à nous courber sous un joug immuable. Mais il faut noter de suite que le nègre d'Haïti est un fétichiste placé dans des conditions spéciales. Ses ancêtres furent arrachés à leur sol natal. Ce fait seul dût imprimer une très profonde secousse morale à des natures qui perdent vite leur équilibre particulier, lorsqu'on les détache brusquement de leur milieu d'origine. Si le déracinement devient funeste aux Occidentaux eux-mêmes, on peut dire qu'il détraque tout à fait le pur fétichiste. Il suffira, pour s'en rendre compte, d'observer l'agitation anormale qui se manifeste chez le tout petit enfant, lorsqu'il se trouve, depuis plus de deux ou trois heures, éloigné de la maison familiale et des êtres, animés ou non, qui la peuplent. A cette première cause de trouble, il faut en ajouter une seconde. Une fois déraciné, l'ancien nègre de l'Afrique s'est trouvé en contact avec des Occidentaux qui ne représentaient pas précisément la fleur de la civilisation européenne. C'étaient des colons, c'est-à-dire des exploiteurs guidés par de grossiers instincts de lucre, et totalement dépourvus de scrupules dans leurs relations avec des hommes qu'ils considéraient à peu près comme un simple bétail. Un pareil contact ne pouvait guère améliorer les pauvres sauvages réduits en servitude. Cette double circonstance me paraît de nature à expliquer notamment la profonde amoralité sexuelle qui vous a tant frappé chez la population d'Haïti, alors que les indigènes de la Polynésie, de la Mélaniésie, et même de. l'Afrique ont en général des moeurs beaucoup moins déréglées, et se montrent même parfois plus calmes, à cet égard, que beaucoup d'Européens. Ceci posé, la question reste de savoir comment on pourrait perfectionner la race noire d'Haïti. La principale insuffisance de l'être humain, quand il n'a pas dépassé la période fétichique, vient de ce qu'il n'a pas la notion d'immuabilité. Sa profonde spontanéité, si précieuse à tant d'égards, ne comprend pas la nécessité de se soumettre à une règle. L'existence des fatalités immodifiables qui nous dominent, dans l'ordre moral comme dans l'ordre social, et dans l'ordre physique, lui demeure une notion inaccessible. Le grand service que nous ont rendu les diverses doctrines théologiques, appelées successivement et simultanément à se partager l'empire du monde civilisé, a été justement de nous habituer à cette soumission, en personnifiant ces fatalités et en en faisant la volonté de Dieu ou des Dieux. Toutefois, par cela même que leur tâche était de nous familiariser avec la notion de l'immuable et de discipliner une turbulence excessive, elles inclinaient généralement à établir une tutelle tellement lourde que la spontanéité humaine risquait de se trouver complètement brisée. Les théocraties du passé, qui ont pesé, pendant des milliers d'années, sur certains peuples, sont un exemple des dangers que peut offrir le souci de la réglementation à outrance. En résumé, le grand problème humain s'est toujours ramené à celui de la conciliation entre l'ordre et le mouvement. Pour faire quelque chose, il faut être capable de se mettre en mouvement. Et pour faire quelque chose de bon, il ne suffit pas de s'agiter au hasard. Auguste Comte a dit que sa doctrine pourrait servir à parachever l'éducation de toutes les variétés d'êtres humains, sans excepter les plus arriérés. Cette doctrine, en effet, par cela même qu'elle se pose comme le résumé complet d'une évolution générale, dont les peuples européens ont seuls parcouru toutes les étapes, offre des points de contact avec toutes les doctrines religieuses ou philosophiques qui ont préparé son avènement. Elle en offre de très importants avec le fétichisme. Comte a résumé bien des fois sa pensée fondamentale dans cet alexandrin : Agir par affection (c'est-à-dire par impulsion spontanée) et penser (c'est-à-dire tenir compte des nécessités immuables) pour agir. Or, donner la première place à l'impulsion spontanée, c'est proclamer un principe que les populations fétichiques comprendront sans peine. D'autre part si l'esprit du fétichisme porte à tout animer dans le monde, et à voir des êtres semblables à l'homme même dans l'arbre et la pierre, le positivisme, de son côté, incline à admettre chez tous les êtres, humains ou non, une certaine identité de nature; de telle sorte que, entre l'homme, l'animal, la plante, le. corps brut, la différence consisterait uniquement dans l'intensité des caractères partout les mêmes (par exemple l'intelligence dans le corps brut se bornerait à la perception des phénomènes physico-chimiques dont il est le siège). Ce n'est pas ici le lieu de développer ce côté de notre doctrine qui vous causera peut-être quelque surprise. Je me bornerai à vous faire remarquer que, depuis plus d'un siècle, les poètes — ces perspicaces précurseurs de tous les penseurs systématiques — nous parlent couramment de l'âme des choses. Mais ce qu'il importe de retenir, c'est que ces idées trouveraient un terrain tout préparé dans le cerveau d'un fétichiste. Je dois dire pourtant que, si, depuis la mort du maître, on a pu voir des musulmans et des polythéistes hindous se ranger sous la bannière positiviste, il n'y a pas encore d'exemples qu'un seul fétichiste ait suivi ce mouvement. La difficulté est ici de faire admettre la notion de l'immuable. Et elle est particulièrement grande pour ces phénomènes moraux, les plus délicats et les plus cachés de tous, que si peu d'Occidentaux encore conçoivent comme pouvant faire l'objet d'une science ayant des principes certains. Mais, parmi les doctrines qui se basent sur l'absolu et qui prétendent nous fournir l'équation de l'univers, il en est une qui se rapproche beaucoup du positivisme, sinon par ses explications dogmatiques, au moins par les pratiques auxquelles elle conduit. Cette doctrine, c'est le catholicisme. Elle admet une règle : la loi de Dieu. Elle admet aussi le mouvement : la charité qui est susceptible de se transformer en tendance générale à améliorer. Et il importe peu qu'en pure logique les deux choses soient inconciliables. Les hommes — heureusement — ne se laissent pas guider uniquement par la pure logique déductive. Aux yeux d'un positiviste, c'est une question secondaire que de savoir par quels raisonnements ils justifient leurs actes. Seul le résultat demeure de très haute importance. Pour les populations européennes ayant plus ou moins directement subi l'influence de la civilisation romaine, le catholicisme a été une excellente recette de perfectionnement moral. Cette recette est-elle applicable à de simples nègres ? J'avoue que je n'oserais pas être tout à fait affirmatif. Il existe pourtant des raisons sérieuses pour penser que oui. Les missions des jésuites paraissent avoir très heureusement modifié les Hurons du Canada, ainsi que les habitants du Paraguay. Vous-même avez constaté que les pompes du catholicisme agissaient fortement sur les âmes primitives d'Haïti. En tout cas, je n'aperçois aucun inconvénient à persévérer dans cette tentative. A ce propos, une remarque me vient à l'esprit. Vous rappelez que le cardinal Lavigerie recommandait à ses Pères blancs de parler de tout excepté de religion et de civiliser les Arabes avant de les amener au catholicisme. J'admire beaucoup l'œuvre du grand prélat. Je trouve même sa méthode excellente. Seulement il me paraît avoir, à son insu, organisé des missions auxquelles le qualificatif de catholiques conviendrait moins que celui de positivistes. Et encore une fois je ne vois que des avantages à ce qu'il en soit ainsi. Mais je me demande de quelle utilité pourra être l'enseignement de la théologie à des Arabes ou à des Nègres qu'on aura pu civiliser et moraliser sans son concours... Je n'insiste pas. Seuls les résultats importent, par quelque procédé qu'ils soient obtenus. Pour en revenir aux populations d'Haïti, vous émettez l'avis que le gouvernement de cette république devrait protéger la religion catholique. Vous savez que, pour les pays d'Europe, et pour la France principalement, nous tenons énergiquement à la séparation complète des deux pouvoirs. Si nous estimons que le catholicisme peut encore jouer un rôle très utile, même en France, nous croyons que l'efficacité même de son action reste subordonnée à une entière indépendance, comportant toute la liberté et aussi tous les risques qui en découlent. Nous pensons que Louis XIV rendit un bien mauvais service à la cause romaine en révoquant l'édit de Nantes ; qu'il est en partie responsable de cette immoralité scandaleuse dont le clergé du XVIIIe siècle, se croyant garanti contre les critiques de ses rivaux, donna le fâcheux spectacle ; et que la séparation des Églises et de l'État, en obligeant les autorités ecclésiastiques à sortir de la routine pour adopter certaines transformations mieux en harmonie avec les nécessités modernes, serait pour elle le point de départ d'un regain de vitalité. Mais j'ajoute tout de suite que Haïti n'est pas la France « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà. » Le mot de Pascal équivaut presque à cet aphorisme positiviste : Tout est relatif, voilà le seul principe absolu. Je pense en tout cas que la protection devrait être fort discrète. Ces deux moitiésde Dieu, le pape et l'empereur, doivent rester distinctes. Dans l'état actuel du monde, les théocraties ne peuvent être utiles nulle part. Aussi bien, je crois que tel est votre avis. Selon vous, il ne s'agirait que de certaines mesures de détail, se ramenant au fond à lever des entraves, comme ce serait le cas pour cette puérile question des mariages devant l'Église. Avec un peu de bon sens et de bonne volonté, on découvrirait aisément le moyen de tout concilier, sans faire du catholicisme une religion d'État, ce qu'il faut éviter à tout prix. Je viens d'écrire puérile question, à propos de l'affaire des mariages. Mais ce n'est peut-être pas le mot qui convient, si l'on songe à ce mouvement anticatholique que la franc-maçonnerie entretient là-bas comme chez nous. La méthode maçonnique est partout la même, sournoise, hypocrite, masquée sous des apparences de progrès, de légalité. Ce n'est pas un des côtés les moins curieux de votre étude que le passage où vous montrez la secte poursuivant son œuvre jusque dans cette île de l'Océan. En vous lisant, je me souvenais de cette conférence où M. Copin-Albancelli, recherchant quelle pouvait être l'âme de la maçonnerie, concluait de son universalité à une inspiration juive. La République d'Haïti aurait donc une théocratie à redouter; mais ce n'est pas la théocratie catholique, c'est celle qui poursuit, depuis tant de siècles, son rêve fou mondiale domination Pourtant si j'envisage la question de haut, en négligeant les difficultés de l'heure présente, je suis bien rassuré. La judéo-maçonnerie peut exercer là comme ailleurs son action destructive. Quant à soumettre des fétichistes d'une manière un peu durable à sa domination, elle n'y parviendra pas. ANTOINE BAUMANN, Membre de l'exécution testamentaire d'Auguste Comte. ...

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