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Bardèche Maurice - Lettre à François Mauriac


Auteur : Bardèche Maurice
Ouvrage : Lettre à François Mauriac
Année : 1947

Lien de téléchargement : Bardeche_Maurice_-_Lettre_a_Francois_Mauriac.zip

Monsieur, Vous pouvez penser qu’il n’y a pas de raison pour que cette lettre vous soit adressée. Voici pourtant la mienne. Je me sens tenu à votre égard, vous savez pourquoi, à des ménagements que je n’aurais pas sans doute pour un autre homme d’opinion. J’ai pensé qu’en m’adressant à vous, j’arriverais à parler avec plus de mesure, même des choses qui m’indignent. J’ai des choses difficiles à dire ; je risque de blesser ; en pensant à vous, peut-être seraije plus juste. Au surplus, cette brochure ne sera qu’une lettre de plus dans votre courrier. Vous savez mieux que personne que les choses que je vais écrire sont très banales : elles sont la pensée de beaucoup de Français. Mais il vaut la peine de les écrire et de les exposer par ordre. Au mois d’avril 1945, je suis allé vous voir. J’avais à vous remercier de vos démarches dans une circonstance. Je fus surpris de vous trouver inquiet. Je ne m’attendais pas, à vrai dire, à vous trouver plongé dans la béatitude. Mais votre inquiétude dépassait ce qu’il est habituel d’en éprouver. Et j’observai qu’il y avait deux plans, deux étages, de votre inquiétude, d’un intérêt différent suivant moi. Je n’attachai pas trop d’importance au premier d’entre eux, que je connaissais pour le voir exprimé plusieurs fois par semaine dans les colonnes d’un journal très répandu : vous trouviez que tout allait mal, vous aperceviez avec crainte l’ascension du communisme, points de vue d’un accès facile. Mais votre second souci me parut infiniment plus curieux et plus instructif. Il s’exprima par une question, à laquelle vous paraissiez attacher une importance extrême : « Reconnaissez-vous, maintenant, que vous avez eu tort ? » Vous aviez raison, monsieur, de prononcer cette petite phrase : elle est au cœur de tout le débat. Vous n’étiez pas sûr d’avoir raison. Ce n’était pas assez pour vous d’être dans le camp des vainqueurs. Il vous fallait autre chose, il vous fallait notre consentement. Cette petite phrase éternelle, cette petite phrase où il y a la sollicitude du préteur, résume tous nos rapports présents ou futurs. Vous aviez raison d’être inquiet. Vous aviez raison de penser qu’on peut enchaîner les corps, qu’on peut tuer, qu’on peut étouffer les voix, établir le mensonge, mais qu’on ne prévaut point sur le silence des consciences. Votre petite phrase va fort loin. Le caractère des politiques contemporaines est de s’assurer contre les consciences. La propagande, la persécution, la torture psychologique et la torture physique, les interrogatoires de quinze jours sans sommeil, n’ont pas d’autre objet que d’arracher une réponse à cette petite phrase que vous prononciez dans l’innocence de votre coeur. Je vais répondre à votre petite phrase. J’y avais déjà répondu. Ce n’est pas le plus difficile. Il suffit d’un monosyllabe. Je n’ai pas changé d’avis, mais je voudrais maintenant justifier cette réponse et vous poser la même question à mon tour : « Reconnaissez-vous, maintenant, que vous avez eu tort ? » Cette mise au point est très nécessaire pour rassurer beaucoup de gens qui ne sont pas aussi entêtés que moi et qui sont submergés par deux ans de mensonges contre lesquels ne s’élève aucune voix. Il ne faut pas que ces gens-là, qui sont profondément honnêtes et qui ont servi leur pays de toutes leurs forces, finissent par se dire, par fatigue, qu’ils ont peut-être été un petit peu traîtres. Il n’est pas mauvais, il est même très nécessaire qu’on leur prouve que la trahison n’est pas de leur côté. Car enfin, nous vivons depuis deux ans dans un espèce de mensonge total, dans un monde clos du mensonge. Je vous dois l’explication de cette expression. Le règne du mensonge s’étend sur une nation lorsque tout un secteur de la justice et de la vérité est systématiquement ignoré (c’est ce que vous reprochiez à la presse pendant l’occupation) ou lorsque le droit de contester le fondamental a pratiquement disparu (c’est ce qui caractérise la presse soviétique). Des trompel’oeil existent dans ce mensonge : ainsi les réticences du Figaro sous l’occupation, qui font croire à un refuge secret de la justice et de la vérité, alors que ces réticences mêmes fondent plus fortement par une fausse apparence l’absence essentielle que le Figaro fait oublier ainsi, et ailleurs, l’autocritique de la presse soviétique qui fait croire à l’existence d’un droit de discussion qui n’existe pas puisqu’il ne met en question rien d’essentiel. Dans les deux cas; les trompe-l’oeil du mensonge ont pour caractère de ne pas toucher au fondement de l’état de fait qui est considéré comme incontestable. ...

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