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Goldmann Nahum - Le paradoxe juif


Auteur : Goldmann Nahum
Ouvrage : Le paradoxe juif Conversations en français avec Léon Abramowicz
Année : 1976

Lien de téléchargement : Goldmann_Nahum_-_Le_paradoxe_juif.zip

Comment aborder Nahum Goldmann? Une des meilleures définitions de sa ligne d’action se trouve dans sa comparaison entre le politicien et l’homme d’État. Le politicien, dit-il, se soucie seulement de satisfaire ses partisans ou électeurs; l’homme d’État prend d’abord en considération les aspirations de ses adversaires pour trouver avec eux un compromis acceptable. Cette conception d’homme d’État est chez Nahum Goldmann le fruit d’une riche expérience. Pendant les trois quarts de sa vie, il a rempli la mission difficile d’être le représentant d’un peuple dont l’existence même en tant que peuple était niée, d’être admis comme l’ambassadeur d’un pays restant à créer. Nahum Goldmann prononce son premier discours public à l’âge de treize ans et devient aussitôt actif dans la communauté juive allemande. Élève dans un lycée très moderne de Francfort, il fait de la propagande sioniste et prononce des discours dans les milieux les plus divers — au point d’en rater presque son baccalauréat, auquel I se présente en retard à cause d’un de ses discours. A partir de ce moment, il est au coeur de toutes les actions majeures entreprises par les Juifs sur le plan international à la Société des Nations de 1933 à 1939, et, bien plus tard, à l’O.N.U. En 1936, il jette, avec Stephen Wise, les bases du Congrès juif mondial qu’il préside depuis. En créant le Congrès juif mondial en 1938, Nahum Goldmann fit accréditer l’idée de l’existence d’un peuple juif unique, idée que Juifs et non-Juifs avaient abandonnée. Il força ainsi les grandes organisations juives et leurs leaders à s’intégrer dans une structure unique, placée au-dessus des luttes d’influences des différentes tendances. Pendant la dernière guerre mondiale, Nahum Goldmann émergea comme un des grands dirigeants du tumultueux judaïsme américain ; il réunit les sionistes et ceux qui voulaient rester à l’écart du Mouvement national juif. De 1956 à 1968, il cumula la fonction de président du Congrès juif mondial avec celle de président de l’Organisation sioniste mondiale. Contemporain de Ben Gourion, Weizmann et Sharett, il fut, avec eux, un artisan de la création d’Israël, sans pour autant épouser les querelles des partis sionistes. Pour préserver sa liberté d’action et rester au-dessus des positions partisanes, Nahum Goldmann préféra refuser les hauts postes ministériels ou diplomatiques qui lui étaient offerts. Représentant du peuple juif tout entier, Nahum Goldmann fut parfois appelé Rèche Galouta, « Tête de l’exil » (traduit par le mot grec « Exarque »). Ce nom fut réservé aux chefs de la communauté juive qui, lors de l’exil de Babylonie, au VIe siècle avant l’ère chrétienne, posèrent les bases qui permirent la survie du peuple juif dans une dispersion plusieurs fois millénaire. Nahum Goldmann représente l’image même du Juif cosmopolite dans le meilleur sens du terme. Étrange et séduisant produit des grandes cultures, Nahum Goldmann semble avoir acquis très tôt une vision dépassant les horizons de ses pairs, pour atteindre un niveau dont il est difficile de dire s’il est planétaire ou prophétique. Les circonstances (je dirais la vocation) ont poussé Nahum Goldmann à oeuvrer pour un seul peuple, alors que son esprit l’aurait destiné à innover dans le droit des gens, comme il l’a démontré en animant le Comité pour les droits des minorités à la Société des Nations. Philosophe et historien, Nahum Goldmann utilise une connaissance encyclopédique servie par une mémoire infaillible. Ce combattant inlassable de la cause juive a exercé sa vivacité, sa séduction, son humour sur les plus grands hommes d’État. De Roosevelt à Adenauer, de Mussolini à Litvinov, de Ben Gourion à Kissinger, il a côtoyé et parfois influencé des dizaines de dirigeants qui ont modulé l’histoire de notre temps. Toutefois ce qui frappe de prime abord l’interviewer dans la personnalité de Nahum Goldmann, c’est le talent inouï de conteur, friand et prodigue d’anecdotes, qu’il a su utiliser tout au long de son existence. Amateur et collectionneur d’art, il a pour la musique, la poésie, la littérature, le théâtre, une sensibilité gourmande, sachant jouir d’un bon texte, d’une interprétation heureuse. Mais Nahum Goldmann, c’est aussi une auto-ironie très présente, l’affirmation de la connaissance de ses limites, une franchise et une verve qui lui font souvent dire ce qu’il déteste avant même de dire ce qu’il aime. Cependant, conscient de ne pas détenir la vérité absolue, il manifeste à l’égard des hommes et des idées de l’intérêt et une respectueuse tolérance. S’il se pose la question théologique, c’est pour se retrouver devant la quête d’absolu, qu’il sait impossible à atteindre par un être humain. Nahum Goldmann, qui charme ses interlocuteurs, a en même temps les grands défauts des caractères séduisants égocentrisme, tendance autoritaire, impatience. Ses talents d’homme d’État, de négociateur obstiné, ne le délivrent pas des contradictions, des tentatives de temporisation, de la critique acerbe. Nahum Goldmann pratique un pragmatisme poussé parfois jusqu’à ses limites ; cela appelle la prudence, la dissimulation, la ruse. L’homme d’État s’est laissé surprendre à manoeuvrer dans un congrès, pour évincer par un vote de la droite un président du centre gauche, et se faisant élire ensuite lui-même contre la droite par le vote de la gauche. Sa pensée, à la fois synthétique et analytique, s’appuie sur un esprit associatif et digressif. Mélange d’une tradition plusieurs fois millénaire et d’un progressisme qui force la sympathie, Nahum Goldmann est, parmi les hommes d’État, celui qui semble insister avec le plus de sincérité sur la nécessité des changements. Façonné par les grands drames de l’histoire contemporaine et par la tragédie des Juifs de sa génération, Nahum Goldmann est néanmoins un homme résolument tourné vers l’avenir. Il ne s’embarrasse pas pour autant de modes intellectuelles et n’hésite pas à se placer quelquefois à contre-courant des idées régnantes. En toute circonstance, il maîtrise très vite les problèmes et est, de ce fait, un « debater » exceptionnel. Nahum Goldmann semble illustrer le conte hassidique: « Un Maître réputé passait les jours et les nuits dans sa chambre d’étude où il ne dormait que deux à trois heures par nuit. À un disciple étonné que si peu de sommeil lui suffise, le Maître répondit : « Quand nous étudions ensemble, souvent je lis plus vite que vous et découvre avant vous le sens des textes. C’est pareil pour le sommeil : je dors aussi plus vite que les autres. » Sous une apparence sereine, Nahum Goldmann cache un scepticisme réel à l’égard de luimême, des hommes et des événements. Cet esprit sceptique est générateur de modération ; c’est pourquoi il considère que tout objectif doit être poursuivi sans parti pris exagéré. Dans une très lucide « auto-analyse », il dit : « Un but à atteindre est comme une femme : pour l’obtenir, il ne faut pas trop courir après. » Cet état d’esprit lui évite tout dogmatisme. Dans son effort pour adapter le judaïsme aux transformations du monde, qui touchent les communautés juives dans tous les pays et sous tous les régimes, il préfère raison garder, plutôt que d’avoir raison à tout prix. L’assimilation lui est apparue très tôt comme un danger réel pour la survie du judaïsme. Dès 1936, en pleine lutte contre les discriminations nazies, il met les Juifs en demeure de s’adapter pour ne pas se dissoudre dans un monde libéral, où les barrières qui séparaient les Juifs des non-Juifs n’existeront plus. La contribution de Nahum Goldmann à la survie du judaïsme, en plus de l’action politique, se manifeste surtout dans le domaine de la culture et de la connaissance juives. En 1928, il met en oeuvre l’édition de la grandiose Encyclopaedia Judaica, dont dix volumes paraîtront avant l’avènement de Hitler en 1933. ...

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