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Desjardins Arnaud - En relisant les évangiles


Auteurs : Desjardins Arnaud - Loiseleur Véronique
Ouvrage : En relisant les évangiles
Année : 1990

Lien de téléchargement : Desjardins_Arnaud_-_En_relisant_les_evangiles.zip

Ce livre a été parlé avant d'être rédigé. Je m'adressais à de petits auditoires composés de personnes différant autant par l'âge que par leurs connaissances en matière religieuse. Beaucoup d'entre elles avaient reçu une éducation chrétienne et s'en étaient détournées. Leur espérance les portait maintenant vers le védanta ou le bouddhisme et surtout vers la voie proposée par le maître qui m'avait plus que tout autre guidé moi-même, Swâmi Prajnanpad, et dont mes propres ouvrages portaient témoignage. Outre ceux-ci, leurs lectures concernaient le plus souvent les enseignements de tel ou tel sage hindou éminent: L'Enseignement de Mâ Anandamayi, L'Enseignement de Ramana Maharshi - et bien d'autres. Dans ce contexte, j'ai été souvent amené à rappeler qu'il existait aussi un« Enseignement de Jésus de Nazareth». Comme dit le proverbe anglais bien connu : « Ne jetez pas le bébé avec l'eau du bain. » Rejetez les mauvais souvenirs de pensionnat religieux ou même d'une Église qui vous a déçus mais ne jetez pas pour autant quatre petits livres étonnants connus sous le nom d'Évangiles. Que de fois ai-je dit à l'un ou l'autre: «Relisez donc les Évangiles, vous allez découvrir des richesses qui vous émerveilleront. » Inversement, d'autres parmi mes auditeurs, tout en n'ayant pas trouvé dans les Églises l'aide qu'ils recherchaient, gardaient en leur coeur la nostalgie d'un christianisme avec lequel ils se sentiraient en parfait accord. Chaque référence aux paroles du Christ était pour eux la bienvenue et renforçait leur conviction que les directives reçues à travers moi pouvaient les aider à se transformer comme ils le souhaitaient. De temps à autre donc, et en réponse à des doutes ou à des questions, il m'est arrivé de partager mes propres convictions quant au message des Évangiles. Celles-ci ne sont pas seulement le fruit de ma «relecture». J'ai, si je puis dire, redécouvert la religion de mon enfance à mesure que je découvrais le védanta, le tantrayana tibétain, le zen et le soufisme au cours de nombreux voyages en Asie totalisant quelque six ans de mon existence vécus auprès de maîtres vivants incarnant ces différentes traditions. Quant aux livres concernant tel ou tel aspect du christianisme, j'en ai lu en trente ans de quoi garnir cinq rayons de ma bibliothèque. Ce serait fort peu pour un théologien mais assez pour que je ne puisse pas exprimer ma gratitude nommément envers chaque auteur, de Grégoire de Nysse et Clément d'Alexandrie au Père Besnard et à Stan Rougier, en passant par le Cardinal Daniélou ou le Pasteur Marc Boegner. Deux ouvrages marginaux ont particulièrement marqué ma jeunesse : The New Man et The Mark de Maurice Nicoll, un disciple anglais de Gurdjieff. Enfin, c'est à l'abbaye cistercienne de N.-D. de Bellefontaine que j'ai découvert en 1958 la littérature monastique et les oeuvres des contemplatifs bénédictins, cisterciens, chartreux, notamment Dom Georges Lefêvre, Dom Jean Leclerc, Dom Godefroid Belorgey, Dom André Louf, Dom Gabriel Sortais. Je tiens compte des grandes différences d'approche de ceux qui s'adressent à moi chaque fois que je fais allusion aux Évangiles dans ce que je dis ou ce que je publie. Par exemple, ceux que j'appelle " les déçus du christia· nisme ", en quête d'un enseignement différent, auraient été prêts à se convertir à l'hindouisme ou au bouddhisme et j'ai dû prendre en considération les regrets qu'ils m'ont plusieurs fois exprimés: " Vous apportiez quelque chose de vraiment neuf dans notre désenchantement par rapport au christianisme et maintenant vous revenez de plus en plus souvent à ce christianisme que nous considérons comme une limitation et un étouffement, alors qu'il y avait un tel souffle libérateur dans l'enseignement des grands sages hindous et que nous comptions sur vous pour être leur témoin en France. " Personnellement, j'ai reçu une éducation très religieuse dans le protestantisme français - officiellement calviniste par rapport aux luthériens mais la plupart des huguenots français n'ont qu'une idée très vague de la théologie propre à Calvin. Par contre, c'est bien connu, ils sont nourris de la Bible et j'avais, pendant ma jeunesse, assidûment fréquenté les saintes assemblées, autrement dit le Temple protestant du dimanche matin. Je n'aurais pas songé à mettre en doute le protestantisme ni à chercher ailleurs si je n'avais pas traversé à la fin de ma jeunesse une grande crise morale et spirituelle dans laquelle toutes les valeurs de mon enfance ont été remises en cause, à commencer par le monde des chefs scouts, des pasteurs et de la religion telle qu'elle m'avait été présentée. Par une nécessité vitale pour moi, j'ai élargi mon champ de recherche et, comme beaucoup d'Occidentaux, j'ai découvert alors ( 1948, 1949) l'hindouisme et le bouddhisme. Ce fut une double révélation : l'existence en Orient de sages, de maîtres spirituels d'un très haut niveau comme en a connu autrefois le christianisme et l'insistance mise sur l'expérience personnelle, par exemple la réponse célèbre de Ramakrishna à Vivekananda: " Je te ferai voir Dieu comme tu me vois en ce moment. " J'ai donc compris par le biais de l'Asie qu'il existait encore des spiritualités vivantes incluant des méthodes de transformation permettant de vérifier par soi-même si ce qu'affirmaient les écritures sacrées était vrai ou non. Il ne s'agissait plus seulement d'une éthique et de dogmes à croire mais d'une «réalisation». Jusque-là, en tant que protestant, cette idée m'avait échappé. Je me doutais bien que le christianisme pouvait être mis en pratique dans l'existence, je comprenais qu'une certaine relation pouvait s'établir avec Dieu par la prière, j'avais une opinion arrêtée sur ce qui était le bien et ce qui était le mal, mais l'idée de techniques transmises de maître à disciple et conduisant à une expérience vécue ne m'était pas venue à l'esprit. Par la suite, dans ce vaste mouvement de recherche, j'ai compris qu'il y avait de grandes valeurs à redécouvrir dans la vie ascétique et mystique chrétienne et j'ai fait de nombreuses retraites dans un monastère cistercien. On peut constater que le christianisme est toujours vivant dans la société contemporaine. En 1905, quand l'anticléricalisme battait son plein, que la Chambre votait les fameuses lois Combe sur les congrégations et que le triomphe de la science ridiculisait les brouillards superstitieux de la spiritualité, nombreux étaient les Français convaincus qu'on allait enfin débarrasser la société du phénomène religieux alors sévèrement jugé par beaucoup. Qui aurait cru à cette époque que cinquante ans plus tard on trouverait dans les vitrines des librairies tant d'ouvrages sur les différentes religions et que même la lecture des Pères de l'Église et de Maître Eckhart se répandrait dans le public non spécialisé? Mais si ni le matérialisme, ni l'anticléricalisme, ni la découverte des religions asiatiques n'ont porté un coup fatal au message du Christ dans l'esprit du public, les églises, par contre, sont de plus en plus désaffectées. Les milieux chrétiens montrent aujourd'hui deux attitudes nettement contradictoires en ce qui concerne la découverte des spiritualités vivantes de l'Asie. L'une est une attitude de très grand intérêt et de très grande tolérance. Le trappiste Thomas Merton en est le plus célèbre exemple mais, à cet égard, nous Français, pouvons citer les cas du Père Montchanin et surtout du Père Le Saulx, qui, tout en demeurant moine bénédictin, est allé aussi loin que possible dans la compréhension de l'hindouisme et pour qui le choc de la rencontre des deux traditions a été bouleversant. Nous savons aussi que beaucoup de membres de divers ordres religieux lisent des livres sur l'hindouisme et le bouddhisme, que certains pratiquent ouvertement le yoga ou le zazen. Je connais personnellement plusieurs dominicains, par exemple, avec qui je suis ou j'ai été en relation assez étroite et qui ont beaucoup approfondi ces techniques d'ascèse orientales. Dans cette même ligne d'ouverture, on peut citer la déclaration du Concile de Vatican II sur les religions non chrétiennes (il y a à Rome un secrétariat pour la rencontre avec les grandes religions de l'humanité) et le rassemblement œcuménique d'Assise pour la paix auquel participait le pape actuel. Pourtant, il y a en même temps dans l'Église, c'est visible à bien des signes, un durcissement à l'égard de l'intérêt que des chrétiens portent aux religions orientales. Récemment, le Secrétariat pour la Foi a publié un communiqué qui engage le Vatican et qui met sévèrement en garde les chrétiens contre la pratique du zazen ou du yoga. Tant et si bien qu'il revient souvent à mes oreilles que dans tel monastère en France on recommande à des jeunes " en recherche " qui y font une retraite la lecture des livres d'Arnaud Desjardins et que dans d'autres abbayes on déconseille formellement ou même on interdit la lecture de ces livres. Alors que pour certains catholiques, y compris des religieux avec qui je suis en correspondance, ces ouvrages représentent un apport spirituel bienvenu leur permettant d'approfondir certains aspects de leur propre ascèse dans les conditions du monde moderne, pour d'autres religieux le personnage Arnaud Desjardins et son oeuvre sont une cause de souffrance. Ils m'accusent d'être un propagandiste d'idées erronées et - certains n'hésitent pas à employer cette expression - un ennemi de la vraie doctrine et de la vraie foi. Ce qui m'importe personnellement, ce n'est pas de me savoir étiqueté d'une manière ou d'une autre mais de contribuer à aider des êtres qui souffrent à moins souffrir, des êtres qui ont perdu tout espoir à retrouver une espérance et, dans un monde étouffé par le matérialisme, de témoigner pour les valeurs spirituelles universelles. Car il existe des valeurs spirituelles essentielles que j'ai retrouvées dans l'ancienne tradition chrétienne mais aussi dans le soufisme, le bouddhisme tibétain ou zen et l'hindouisme et qui se trouvent certainement dans d'autres traditions que je n'ai pas approfondies comme par exemple le judaïsme. Mais je sais que mes livres sont lus par des lecteurs ayant des positions et des convictions tout à fait différentes ou même opposées, depuis le refus catégorique du christianisme jusqu'au malaise devant tout ce qui n'est pas officiellement chrétien et plus précisément d'obédience catholique. Je dis simplement qu'il est dommage que des Occidentaux s'extasient devant les richesses de l'Orient et ignorent complètement celles du christianisme. En fait, qu'est-ce que le christianisme pour chacun aujourd'hui? Pour un protestant le christianisme n'est pas l'Église catholique avec sa hiérarchie et son magistère mais le retour direct à la Bible. Pour bien des catholiques, le christianisme est avant tout l'Église romaine. Il y a évidemment beaucoup à déplorer du lourd passé de l'Église en tant qu'institution et des crimes auxquels les autorités ecclésiastiques ont été associées à travers l'histoire. Je peux comprendre que des hommes sincères et intelligents considèrent l'Église non comme une source de lumière et de libération mais comme un instrument de ténèbres et d'oppression pour l'humanité. Un chrétien convaincu doit regarder avec courage comment l'Église s'est trouvée mêlée à toutes sortes d'activités qui contredisent radicalement l'enseignement même des Évangiles. On peut soutenir aussi que le christianisme n'est pas l'Église elle-même en tant qu'institution humaine mais la doctrine dans sa pureté. Cette doctrine peut être envisagée de deux points de vue : la théologie qui s'est élaborée à partir des épîtres de saint Paul, fondée avant tout sur le rachat du péché originel par la mort et la résurrection de Jésus telle qu'elle était prévue dans les différents textes de l'Ancien Testament. Les protestants lisent beaucoup les épîtres de Paul et c'est dans la manière de comprendre l'Épître aux Romains qu'il y a eu les plus grandes divergences théologiques entre le catholicisme et le protestantisme. Mais on peut faire cette constatation que saint Paul paraît s'être peu intéressé à ce que le Christ avait pu dire et accomplir de son vivant. Si vous lisez les épîtres avec un œil ouvert, vous pouvez voir qu'il n'y est guère question du Jésus incarné qui a parlé et enseigné. La seconde approche est justement celle qui met l'accent sur l'enseignement donné de son vivant par Jésus de Nazareth à ses disciples les plus proches et aux foules autour de lui, sous la forme de paroles et d'actes que nous ont transmis les Évangiles canoniques et l'Évangile de Thomas de découverte récente. Je m'adresse non pas aux chrétiens convaincus mais au public que je connais le mieux pour dire à ceux qui me lisent: à défaut de faire de Jésus-Christ l'Unique Fils de Dieu, le seul nom par lequel l'humanité puisse être sauvée, vous pouvez au moins donner sa place à Jésus parmi les plus grands maîtres spirituels de l'humanité et, pour employer un mot à la mode et sans vouloir choquer les chrétiens, parmi les plus grands gourous ayant montré la voie à leurs disciples. A ceux qui sont pour, à ceux qui sont contre, je voudrais rappeler ces paroles : « Aimez vos ennemis, pardonnez à ceux qui vous ont offensés» et« Ne jugez pas sinon vous vous soumettez vous-mêmes au jugement », vous ne sortez plus du monde du jugement. Or nous constatons qu'à travers l'histoire une certaine compréhension du christianisme (qui a été trop souvent la compréhension officielle) a consisté à voir un peu partout des ennemis de la religion, des ennemis de la vérité, des ennemis de Dieu, à les juger, à les condamner, à n'avoir pour eux ni pardon ni amour. C'est certainement la grande tragédie du christianisme historique et de l'Église. L'heure de la tolérance est venue. C'est dans cet esprit qu'ont été prononcées les causeries intimes retranscrites dans cet ouvrage. Le long travail de correction, de compilation et de restructuration assumé par Véronique Loiseleur a conservé à ces pages le ton familier de celui qui parle à ceux qu'il a devant lui et à qui il s'adresse directement. Elles intéresseront peut-être les lecteurs qui cherchent encore à mieux se comprendre et qui se demandent encore si la vie a un sens. Car cet ouvrage n'a aucune prétention théologique et encore moins littéraire. Chaque causerie forme un tout en elle-même et nous avons conservé certaines redites afin que ces chapitres puissent être lus indépendamment les uns des autres. ...

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