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Lovecraft Phillips Howard - Celui qui hante l'obscurité


Auteur : Lovecraft Phillips Howard
Ouvrage : Celui qui hante l'obscurité
Année : 1935

Lien de téléchargement : Lovecraft_Phillips_Howard_-_Celui_qui_hante_l_obscurite.zip

Les enquêteurs circonspects hésiteront à contester l’opinion courante qui veut que Robert Blake ait été tué par la foudre ou par un choc nerveux dû à une décharge électrique. En vérité, la fenêtre devant laquelle il se trouvait était intacte, mais la nature est coutumière de ces caprices. L’expression de son visage a pu être causée par des contractions musculaires sans aucun rapport avec ce qu’il a vu. Les notes de son journal sont nettement le fruit d’une imagination débridée mise en branle par des superstitions locales et certaines découvertes faites par le défunt. Quant à l’état bizarre de l’église abandonnée de Federal Hill, il est aisé de l’attribuer à une certaine charlatanerie de Blake, consciente ou inconsciente. Car, après tout, c’était un écrivain et un peintre qui se consacrait au domaine du mythe, du rêve, de la terreur, toujours en quête d’effets étranges ou fantomatiques. Son premier séjour à Providence, au cours duquel il avait rendu visite à un vieillard aussi féru d’occultisme que lui, avait pris fin dans l’incendie et la mort ; d’autre part, c’est sans doute sous l’effet d’une impulsion morbide qu’il abandonna sa maison du Milwaukee pour revenir dans notre ville. Il avait dû entendre parler des vieilles légendes (contrairement à ce qu’il rapporte dans son journal), et sa mort a peut-être tué dans l’oeuf une formidable mystification, prélude à un grand succès littéraire. Néanmoins, plusieurs de ceux qui ont étudié cette affaire avec attention s’attachent à une théorie moins banale et moins rationnelle. Ils se montrent enclins à ajouter foi au journal de Blake, et soulignent l’importance significative des faits suivants : l’authenticité indiscutable du registre trouvé dans la vieille église ; l’existence prouvée de la secte impie appelée Sagesse des Etoiles, avant l’année 1930 ; la disparition d’un journaliste trop curieux, Edwin M. Lillibridge, en 1893 ; et, par-dessus tout, l’expression de terreur monstrueuse sur le visage du jeune écrivain mort. L’un des tenants de cette seconde théorie a jeté dans la baie la pierre aux angles bizarres contenue dans une boîte en métal ciselé trouvée dans le vieux clocher sans fenêtre (et non dans la tour où Blake déclare l’avoir découverte). Malgré les blâmes dont il fut l’objet, cet homme, médecin réputé, grand amateur de vieux folklore, affirme avoir débarassé le globe terrestre d’un objet trop dangereux pour qu’on l’y laissât subsister. Nous laissons au lecteur le soin de choisir lui-même entre ces deux opinions. Quant à nous, après avoir étudié le journal de Blake de façon objective, nous allons donner ici un résumé des événements en nous plaçant au point de vue de leur acteur principal. Le jeune écrivain revint à Providence pendant l’hiver 1934-1935. Il s’installa au dernier étage d’une vénérable demeure, sur le faîte de la haute colline proche de Brown University, derrière la bibliothèque John Hay. C’était un logis confortable et pittoresque, de style géorgien, au milieu d’un petit jardin rustique où de gros chats se chauffaient au soleil. Le bureau de Blake, vaste pièce exposée au sud-ouest, dominait le jardin, tandis que les fenêtres du côté ouest (devant l’une desquelles se trouvait sa table de travail) offraient une vue magnifique de la ville basse. A l’horizon s’étendaient les pentes violettes des collines lointaines servant de toile de fond à Federal Hill, à deux miles de distance, où s’entassaient toits et clochers dont les contours prenaient des formes fantastiques au milieu des fumées montant de la ville. Après avoir fait venir la plupart de ses livres, Blake acheta quelques vieux meubles en harmonie avec la maison ; puis, il se mit à peindre et à écrire, vaquant lui-même aux soin du ménage. Son atelier se trouvait dans une chambre mansardée exposée au nord. Au cours de ce premier hiver, il rédigea cinq de ses meilleures nouvelles : Celui qui fouissait la Terre, L’Escalier de la crypte, Shaggaï, la Vallée de Pnath, Le Convive venu des Etoiles. Il peignit également plusieurs tableaux : études de monstres innomables et paysages surnaturels. Au crépuscule, il restait souvent assis à sa table de travail pour contempler rêveusement le spectacle offert à sa vue : les tours sombres de Memorial Hall, le beffroi du palais de justice, la hauteur spectrale de Federal Hill qui stimulait si fort son imagination. Ses voisins lui avaient appris que c’était un quartier italien ; et, de temps à autre, il braquait ses jumelles de campagne sur cet univers lointain en se demandant quels mystères il pouvait bien renfermer. Il avait l’impression de regarder un monde fabuleux, très différent du nôtre, semblable à ceux de ses nouvelles et de ses tableaux. Une énorme église aux murs sombres exerçait sur lui une attraction particulière. Elle se détachait très nettement à certaines heures de la journée, et, au crépuscule, le grand clocher pointu dressait sa masse noire sur le ciel flamboyant. Elle devait être bâtie sur une élévation de terrain, car sa façade et son côté nord dominaient hardiment l’enchevêtrement des toits qui l’entouraient. D’un aspect très austère, elle semblait être construite en pierre. Elle appartenait au style néogothique et devait dater de 1810 ou 1815. A mesure que les mois s’écoulaient, Blake contemplait avec un intérêt toujours croissant cette construction rébarbative. Les fenêtres n’étant jamais éclairées, il en avait conclu que l’église devait être désaffectée. Plus il la regardait, plus son imagination s’échauffait et lui inspirait des conceptions bizarres. Il en vint à croire qu’une aura de désolation planait sur ce lieu, si bien que même les pigeons et les hirondelles évitaient son toit enfumé. Il consigna dans son journal que de grands vols d’oiseaux entouraient tous les autres clochers de la ville, à l’exception de celui-là. Au printemps, Blake fut en proie à une agitation profonde. Il avait commencé un roman basé sur une prétendue survivance du culte des sorcières dans le Maine, mais il était incapable d’en continuer la rédaction. Il s’absorbait de plus en plus dans la contemplation du farouche clocher dont s’écartaient les oiseaux, et restait aveugle à la beauté des feuilles délicates nouvellement écloses sur les arbres du jardin. C’est alors que lui vint pour la première fois l’idée de traverser la ville pour gravir la pente fabuleuse menant à ce monde de rêve. A la fin avril, peu de temps avant la date de la nuit de Walpurgis, Blake se mit en route vers l’inconnu. Après avoir parcouru les rues et les places de la ville basse, il arriva enfin à l’avenue montante, bordée de perrons de pierre usés, de porches doriques affaissés et de coupoles de verre encrassées, qui devait le conduire au terme de son expédition. Bientôt, il remarqua les visages basanés des passants, et les enseignes en langue étrangères au-dessus des boutiques. Il ne put trouver nulle part les objets qu’il avait discernés de loin grâce à ses jumelles, et il en vint à se demander, une fois de plus, si federal Hill n’appartenait pas au domaine des rêves. ...

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