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Miller Russel - Le gourou démasqué L. Ron Hubbard


Auteur : Miller Russel
Ouvrage : Le gourou démasqué L. Ron Hubbard
Année : 1994

Lien de téléchargement : Miller_Russel_-_Le_gourou_demasque_L_Ron_Hubbard.zip

Ron Hubbard démasqué, ou la Révélation. L’affaire trouverait certes sa place dans les pages jaunies d’un de ces magazines populaires de science-fiction où L. Ron Hubbard publiait sa prose vers les années trente... Un groupe de jeunes, venus d’ailleurs et s’imaginant immortels, établit sa base secrète dans une station thermale abandonnée, en plein coeur du désert au sud de la Californie. Ils se méfient des étrangers au groupe et se croient traqués par le FBI. Alors, cédant à la panique, ils entreprennent de faire disparaître tout ce qui pourrait nuire à leur leader adoré. Sa protection est pour eux devoir d’autant plus sacré qu’ils le savent seul capable de sauver le monde face aux catastrophes à venir. L’un d’eux furète dans le grenier d’un hôtel délabré et y découvre une pile de boîtes en carton pleines de photographies pâlies, de manuscrits froissés, de cahiers couverts de griffonnages infantiles et de bulletins scolaires. Il recense ainsi vingt et une boîtes bourrées de vieilleries diverses : on y voit même de la layette. L’inventaire de la fouille plonge ce jeune homme dans l’extase, car il est persuadé d’avoir fait une découverte capitale, ces documents représentant autant de témoignages sur l’enfance et la jeunesse de son chef. Enfin, croit-il, nous serons en mesure de réfuter les calomnies répandues par ses ennemis. Enfin nous pourrons démontrer avec éclat au monde entier que notre chef est réellement un génie doté de pouvoirs miraculeux... Ainsi s’enclencha l’inexorable processus ayant abouti à dévoiler le véritable Ron Hubbard : le Rédempteur n’a jamais été qu’un illusionniste. Gerry Armstrong est ce jeune homme agenouillé dans la poussière du grenier de l’ancien hôtel Del Sol à Gilman Hot Springs en cet après-midi de janvier 1980. Depuis plus de dix ans scientologue dévoué, il avait été bûcheron au Canada en 69 quand un de ses amis lui fit connaître la Scientologie, dont les promesses de pouvoirs surnaturels et d’immortalité l’avaient aussitôt séduit. Soumis à de constantes humiliations durant ses années au sein de l’Église, il avait été deux fois condamné à de longs «séjours» au Centre de Rédemption (RPF), pudique appellation de la prison de la secte, et vu son mariage sombrer ; il restait malgré tout convaincu que Ron Hubbard était le plus grand homme que la Terre eût jamais porté. La loyauté aveugle qu’inspirait Hubbard à ses adeptes ressemble fort à un véritable lavage de cerveau. Depuis la guerre, la scientologie prospérait dans un contexte d’instabilité et de contestation où les jeunes tentant donner un sens à leur existence, cherchaient de nouvelles croyances auxquelles adhérer et de nouvelles structure auxquelles s’intégrer. Hubbard leur offrait tout cela dans sa promesse d’apporter des réponses à leurs interrogations ; pour mieux les isoler de la société, il cultivait chez eux l’impression de faire partie d’une élite sélectionnée. Ainsi coupés des réalités du monde et vivant de plus en plus en vase clos, exaltés par les connaissances ésotériques qu’ils croyaient acquérir, ils étaient prêts à suivre Hubbard jusqu’au seuil de l’Enfer - s’il l’avait exigé. Au moment où Armstrong découvrit son trésor à Gilman Hot Springs, Hubbard était entré en clandestinité depuis plusieurs années. Nul ne connaissait sa retraite, mais Armstrong savait qu’on pouvait lui transmettre des messages ; il sollicita donc l’autorisation d’engager des recherches pour établir une biographie officielle devant, selon lui, ouvrir la voie à une «reconnaissance universelle» de la scientologie. Le livre se prolongerait par la production d’un film à grand spectacle retraçant la vie d’Hubbard ; quant aux précieux documents, ils constitueraient un fonds d’archives conservées dans un futur musée Hubbard. Agé de près de soixante-dix ans, Hubbard vivait depuis trop longtemps dans son univers fantasmagorique : il était devenu incapable de faire la différence entre la vérité et ses inventions. Il se voyait en jeune globe-trotter intrépide, ou philosophe plein de sagesse dépeint dans les biographies. Il avait l’esprit déjà trop sclérosé pour comprendre que, dans son cas, la réalité dépassait de très loin la fiction. Médiocre auteur de médiocre Science-fiction, il était brutalement devenu ce gourou milliardaire, prophète infaillible ; pendant près de dix ans, il avait commandé sa propre flotte sur les océans de la planète et presque réussi à s’emparer du pouvoir dans plusieurs pays ; adulé par ses milliers de fidèles du monde entier, il était en même temps haï et redouté par la plupart des gouvernements. Son délire imaginatif n’avait jamais inventé de péripéties plus invraisemblables que celles de sa propre vie et malgré tout, il s’accrochait à ses affabulations. Aussi, lorsqu’en Janvier 1980 lui parvint la requête d’Armstrong dans sa cachette secrète, il donna sans hésiter son accord sur le projet. Si Armstrong manquait d’expérience de chercheur et de documentaliste, il était intelligent, appliqué, scrupuleux et enthousiaste. Après avoir expédié l’essentiel de ses trouvailles de Gilman Hot Springs au siège de la Scientologie à Los Angeles, où elles remplirent six classeurs, il entreprit de tout référencer, cataloguer, et photocopier ; croyant en leur valeur historique, il préserva pieusement les originaux dans des pochettes en plastique. Peu après avoir entamé ce travail, apparurent des affiches dans les bureaux de Scientologie, annonçant la projection privée d’un film produit par Warner Brothers en 1940, The Dive Bomber, dont Hubbard avait écrit le scénario. Aucun scientologue n’ignorait que l’idole était avant - guerre célèbre scénariste d’Hollywood ; la séance servirait à réunir des fonds destinés à la défense de onze scientologues, parmi lesquels la propre femme de Hubbard, comparaissant devant un tribunal de Washington sous l’inculpation d’association de malfaiteurs. Soucieux de se rendre utile, Armstrong voulut apporter des précisions sur la participation de Hubbard à ce film ; il se rendit donc à la bibliothèque de l’Académie du cinéma à Los Angeles, où il apprit avec stupeur que la paternité du scénario était attribuée à deux autres auteurs. Ayant fait part de son indignation au bibliothécaire, il écrivit à Hubbard pour l’aviser de l’erreur commise. Hubbard lui répondit gaiment que la Warner avait distribué le film avec tant de hâte qu’on s’était aperçu trop tard que son nom avait été omis au générique. Débordé à l’époque par le déménagement depuis son luxueux appartement de Riverside Drive à New York et se préparant à partir pour la guerre, il s’était contenté d’écrire au studio d’envoyer le chèque aux bons soins de l’Explorers Club dont il était membre. Cet argent lui avait servi après guerre, à s’offrir des vacances bien méritées aux Caraïbes, disait-il. Armstrong se serait pleinement satisfait de cette explication si un détail n’avait cloché : il savait comme tous les scientologues qu’Hubbard était revenu de la guerre aveugle et invalide et n’avait dû sa guérison qu’à la puissance de ses facultés spirituelles. Hubbard n’aurait pas fait ce voyage d’agrément avant sa guérison, pensa-t’il. Craignant de commettre une erreur, il voulut vérifier la chronologie des événements et, dans le cadre de la loi sur la liberté de l’information, demanda aux archives de la Marine l’autorisation de consulter le dossier de Ron Hubbard. Les scientologues vantaient leur fondateur, ce héros couvert de médailles, présent sur tous les théâtres d’opérations et victime de nombreuses blessures - il avait même été le premier Américain blessé dans le Pacifique ! Aussi est-ce avec une incrédulité et un désarroi grandissants qu’Armstrong prit connaissance du dossier communiqué par Washington. D’un document à l’autre, il chercha vainement une explication sans vouloir accepter les preuves étalées sous ses yeux : bien loin d’avoir été un héros, Hubbard était noté pour son incompétence et sa lâcheté, qui le poussaient à simuler des maladies pour éviter d’être expédié en première ligne. Refusant toujours d’avaler la pilule, Armstrong mit le dossier de côté et décida de reprendre ses recherches au commencement, donc, au Montana où Ron disait avoir passé son enfance dans un gigantesque ranch de son grand-père. Il n’y trouva aucune propriété au nom de la famille Hubbard, en dehors d’une petite maisonnette du centre ville d’Helena. Pas non plus de documents sur les pérégrinations de Hubbard en Chine pendant l’adolescence. A Washington, où Hubbard avait obtenu une licence de mathématiques et son diplôme d’ingénieur, les dossiers de l’université George Washington disaient qu’il avait dû abandonner ses études au bout de la deuxième année pour mauvaises notes. Quant aux légendaires expéditions de l’intrépide explorateur Hubbard, elles n’avaient pas non plus laissé de traces. "A chaque pas, je tombais sur des contradictions et des incohérences, me dit Armstrong. J'avais beau tenter de les justifier en me répétant que je finirais par mettre la main sur un autre document qui expliquerait tout, plus je cherchais, moins je trouvais, plus je comprenais peu à peu que ce gars n' avait cessé de mentir sur son propre compte." Au cours de l'été 81, Armstrong avait ainsi rassemblé plus de 250 000 pages de documentation sur le fondateur de l'église de scientologie. L'effarante mythomanie d'Hubbard, révélée par les recherches, n'avait cependant pas encore tout à fait ébranlé sa confiance". Je me disais, bon, nous savons maintenant qu'il est humain et qu'il dit des mensonges. Il suffit de clarifier tout ça et tout le bien qu'il a fait pour le monde apparaîtra de manière encore plus éclatante. Je pensais que la seule façon de sauvegarder notre existence collective consistait à dire la vérité, finalement aussi passionnante que les mensonges. Les demandes d'Armstrong n'eurent aucun succès. Depuis qu'Hubbard vivait en reclus, l'Église de scientologie était tombée sous la coupe de jeunes militants connus sous le nom de "Messagers". A l'époque où le "Commodore" dirigeait sa flotte privée depuis son navire-amiral, il s'agissait surtout de "Messagères", petites mignonnes en shorts très courts, qui lui faisaient ses commissions et s'ingéniaient à qui mieux mieux à lui plaire. Elles en étaient arrivées à l'habiller et à le déshabiller, à lui laver la tête, à tartiner ses traits gras de crèmes rajeunissantes, allant jusqu'à le suivre, cendrier à la main, pour ramasser ses cendres de cigarettes. Plus le Commodore sombrait dans la paranoïa et s'imaginait environné d'ennemis et de traîtres, plus les Messagères voyaient s' accroître leur pouvoir. En Novembre 1981, Armstrong leur soumit un rapport écrit énumérant les fausses assertions émises sur le compte de Hubbard et expliquant pourquoi il fallait impérativement les corriger. "Si nous persistons à vouloir faire passer pour la vérité des inexactitudes, des exagérations, voire des mensonges flagrants, écrivait-il, peu importe comment nousmêmes les interpréterons : il suffira que quelqu'un donne une preuve contraire évidente pour que notre chef soit considéré comme un charlatan, au moins au dehors..." Les Messagères réagirent en traitant Armstrong de traître. Il fut soumis à une "vérification de sécurité" et à un interrogatoire en règle auxquels il refusa de se prêter. Au printemps de 1982, accusé de dix-huit "crimes et délits" contre l'Église de scientologie, notamment de "vol qualifié, faux témoignage et divulgation d'informations mensongères sur l'Église et son fondateur", Gerald Armstrong fut déclaré "persona non grata" et voué à la vindicte de ses anciens "frères" en Scientologie, qui eurent dès lors le droit de le persécuter et de le neutraliser par tous les moyens, y compris la ruse et la violence, avec la bénédiction de leur Église. "Pour moi, à ce moment-là, le mirage de la Scientologie s'était déjà évaporé, me dit-il. J'étais conscient de m'être fait piéger par un tissu de mensonges, par des techniques machiavéliques de manipulation mentale et par la terreur. J' avais perdu la foi en découvrant jusqu'à quel point Hubbard mentait sur son propre compte. Il a passé sa vie à rouler tout le monde, à tricher en affaires, à frauder contre le fisc, à fuir ses créanciers et à esquiver des poursuites judiciaires. Cet homme était un mélange d' Adolf Hitler, de Charlot et de Baron de Crac. Bref, un bateleur et un escroc." ...

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