Auteur : Encausse Gérard (Papus)
Ouvrage : Le Jeune soldat
Année : 1914

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Ce texte émouvant, écrit par Papus sur le front au début de la première guerre mondiale, traduit parfaitement l'élévation d'esprit que ce grand occultiste avait su développer au cours de cette incarnation. Il convient en effet de se replacer dans le contexte de l'époque, au début de la guerre, où le nationalisme exacerbé des deux côtés n'incitait guère les gens à voir dans "l'ennemi", fût-il mort, un frère. A Chaumont-sur-Argonne, près de Pierrefitte, dans une tranchée, un jeune Allemand était mort, tenant près de sa tête et à hauteur des yeux son livre de prières... Pauvre victime de la folie des grands, je te salue et je joins mes prières à celles qui ont illuminé ton Esprit au moment du départ. Sentant la mort venir, tu as bravement préparé ton âme à la séparation physique, et, obscur héros, tu as fait appel à Celui qui nous entend tous... Que ton geste soit béni. Qu'importe que tu sois un ennemi de ma patrie et un envoyé de ces orgueilleux qui ont sacrifié la fleur de leurs hommes à la basse satisfaction de leur ambition. Petit grain de sable dans ce choc immense, tu es parti, tu as obéi, et tu es venu te faire broyer physiquement dans une tranchée quelconque au milieu des champs de France et près des bois... Mais si ton corps est retourné à cette Terre qui l'avait nourri et fait grandir, ton Esprit, sur lequel aucune force matérielle n'a de prise, a été libéré et s'est élevé, glorieux, dans les plans de l'empyrée... Dans le coeur de Notre-Seigneur, il n'y a plus ni amis ni ennemis quand la terrible Mort a passé, il n'y a plus que des Esprits qui se sont sacrifiés pour l'Idéal, et qui ont abouti au terme brusque de leur route terrestre... Et le parfum de la prière a sanctifié tes derniers instants... et j'ai passé et j'ai senti ton Esprit calme dans son évolution bien gagnée, et j'ai voulu, moi aussi, joindre mes prières aux tiennes... Ennemis d'hier, sachons communier aujourd'hui dans l'Idéal supérieur aux querelles humaines. Tu as une famille, pauvre petit, une mère qui va pleurer, des soeurs qui se souviendront, et des frères qui t'imiteront peut-être. Et tous, dans leur douleur, vont aussi se prosterner et prier... Victime innocente des ambitions aveugles et des égoïsmes profonds, envoyé de la barbarie aveugle contre l'évolution consciente et lumineuse des peuples libres, tu as fait ton devoir, mais la main impitoyable du destin t'a marqué de son doigt et ton évolution s'accomplit. Demain tu reviendras sur terre, mais tu auras bu le léthé... victime inconnue... je te salue et je prie avec toi... PAPUS. Nicey, le 19 septembre 1914. ...