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Blanqui Louis-Auguste - Textes choisis


Auteur : Blanqui Louis-Auguste
Ouvrage : Textes choisis
Année : 18*

Lien de téléchargement : Blanqui_Louis-Auguste_-_Textes_choisis.zip

Blanqui eut une longue vie : il a donné plus d'un demi-siècle à la cause de la révolution. Ses dernières activités politiques se situent en 1880, mais sa conception du monde, les idées politiques qui orientèrent son action révolutionnaire se sont formées sous le règne de Louis-Philippe et ont pris leur forme définitive au cours de la révolution de 1848. Ni le développement ultérieur de la lutte de classe du prolétariat, ni l'apparition du communisme scientifique n'ont apporté de modifications essentielles à ses idées révolutionnaires. « Blanqui, écrit Engels en 1874, est un révolutionnaire de la génération passée. » Il s'est arrêté dans son développement idéologique au niveau qu'il avait atteint en 1848. Il n'a su ni comprendre, ni assimiler la théorie du communisme scientifique, bien qu'il ait connu l'activité de Marx et quelques-uns de ses travaux. Toutefois, en tant que représentant du communisme utopique prémarxiste, il mérite que les historiens de la pensée sociale lui accordent une grande attention. La période 1830-1848 est marquée en France par le développement de la grande industrie capitaliste et par l'essor du mouvement ouvrier ; ce mouvement s'est manifesté par les soulèvements des canuts lyonnais de 1831, de 1834, et par de nombreuses grèves. (En 1832-1833, il y eut des moments où la grève englobait presque toutes les industries parisiennes ; en 1840, les grèves s'étendirent à l'ensemble du pays.) En même temps que croissaient l'industrie capitaliste et le mouvement ouvrier, la conscience de classe du prolétariat se développait aussi. Dans la classe ouvrière s'éveillaient la conscience de ses propres tâches politiques et l'idée que, pour l'accomplissement de celles-ci, elle devait parvenir à constituer sa propre organisation. Mais le prolétariat a cherché en tâtonnant les voies qui lui permettraient de forger cette organisation ; ses erreurs lui servirent de leçons. À mesure que s'affirmait concrètement la lutte de classe du prolétariat, les systèmes utopiques du socialisme perdaient leur sens progressif. Les « écoles » du socialisme utopique dégénéraient en « sectes » ; chacune d'elles proposait ses procédés pour éliminer le mal social et pour concilier les contradictions de classes. Les idées du socialisme utopique devenaient de plus en plus le bien de la petite bourgeoisie. Les traits bourgeois et petits-bourgeois, propres à chaque système utopique, à des degrés divers, se sont ainsi pleinement révélés à cette époque. Ceux qui se considéraient comme les héritiers des grands utopistes inclinaient à chercher de l'aide du côté des classes instruites. La classe ouvrière, au contraire, inclinait de plus en plus vers le communisme. Le socialisme, a dit Engels en caractérisant les rapports de cette époque, signifiait en 1847 un mouvement bourgeois ; le communisme, un mouvement ouvrier. Mais la classe ouvrière n'était pas en mesure de se libérer d'un seul coup, et complètement, des influences étrangères à ses intérêts de classe. Les ouvriers français étaient encore très étroitement liés aux milieux petits-bourgeois d'où ils étaient issus pour la plupart et qui, malgré l'essor de la grande industrie, constituaient encore la majorité écrasante de la population laborieuse en France. Il existait encore beaucoup de survivances petites-bourgeoises dans la psychologie des ouvriers. Dans ces conditions, les théoriciens qui cherchaient à poser les bases du communisme ont été impuissants à créer une théorie scientifique du communisme. Dans le meilleur des cas, c'était le matérialisme mécaniste du XVIIIe siècle qui demeurait la base philosophique de leur système. Aussi ne pouvaient-ils pas dépasser la théorie rationaliste de la société caractéristique du XVIIIe siècle (la théorie de l'« ordre naturel et raisonnable » des rapports sociaux), ni fonder historiquement le communisme. Dans toutes leurs tentatives pour tracer une voie de réalisation au communisme, ils ne dépassaient pas la tradition babouviste. Leur communisme restait un communisme utopique, malgré leur élan révolutionnaire et leur désir de lier le communisme à la lutte ouvrière. Parmi tous ces communistes utopistes, Blanqui, par sa fidélité illimitée à la cause de la transformation révolutionnaire de la société, occupait indiscutablement la première place aux yeux de ses contemporains. ...

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