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Arcand Adrien - Le christianisme a-t-il fait faillite ?


Auteur : Arcand Adrien
Ouvrage : Le christianisme a-t-il fait faillite ? "Notre devoir devant les faits"
Année : 1954

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Préambule. Le Comité Montréalais de Recherches Sociales m’a invité à inaugurer la série de conférences qu’il entend offrir au public que son genre de recherches peut intéresser. C’est un périlleux honneur dont je ne sous-estime pas les difficultés, sachant que d’autres me suivront sur cette tribune ou une autre pour faire valoir des idées et des points de vue différents. Quel que soit le résultat du débat entrepris par le Comité, je crois qu’il aura dans son ensemble des effets bienfaisants, utiles pour la société, ne serait-ce qu’en attirant l’attention d’un plus grand nombre sur le problème capital de notre époque : la mort ou la survie de notre civilisation chrétienne. “ Le malaise qui angoisse le monde actuel est-il voulu ? Notre devoir devant les faits ”. Je ne crois pas que le Comité Montréalais de Recherches Sociales pouvait soumettre à ses conférenciers de sujet plus important et plus captivant, du moins pour ceux qui réalisent la gravité des temps et s’inquiètent de l’avenir. Je m’en tiendrai strictement à la question posée, de même qu’au titre auquel j’ai été invité, selon les exigences fort raisonnables du Comité ; mais aussi j’ignorerai entièrement les tabous qu’un certain terrorisme social impose davantage chaque jour et je dirai la vérité telle que mes recherches me l’ont fait trouver, suivant la latitude fort raisonnable que le Comité m’a accordée. Dire la vérité, de nos jours, est un privilège qui coûte assez cher et un sport qui comporte bien des risques. Mais ceux qui consentent à payer le prix et prendre les risques, si grands et si durs soient-ils, reçoivent en retour une “ marchandise ” qui a bien sa valeur : la liberté réelle et la paix qu’elle confère. “ Le malaise qui angoisse le monde actuel est-il voulu ? ” S’il est voulu, il importe au plus haut point de savoir par qui. S’il n’est pas voulu, il importe pareillement de trouver quelle en est la cause. Il ne fait aucun doute que l’humanité entière assiste à un ébranlement qui n’a pas eu de parallèle depuis l’effondrement du fier et majestueux empire romain, porteur de la civilisation olympienne, généralement appelée gréco-latine. D’autres empires avant lui, plus vastes et plus puissants, principalement en Asie, avaient croulé, provoquant parmi les masses humaines des perturbations plus grandes et des changements plus profonds. Cependant, si l’on tient compte des étendues concernées et des moyens modernes d’influence, le simple ébranlement de notre civilisation occidentale suscite des remous plus dévastateurs et des bruits plus retentissants que les affaissements combinés de toutes les civilisations précédentes. Le destin : naître et mourir Ce qui se passe sur notre planète depuis deux siècles, le grand penseur Oswald Spengler a tenté de nous l’expliquer dans son magnifique essai d’une morphologie de l’histoire, comparant les étapes de notre civilisation avec celles des autres qui l’ont précédée. Il en a conclu au déclin, à la phase pré-mortelle de notre civilisation. On ne fut pas surpris d’entendre les autres écoles crier au pessimisme historique. Pourtant, Spengler n’avait fait qu’appliquer aux civilisations la loi du destin qui régit les hommes et qui veut que tous aient une conception, une naissance, une enfance, une jeunesse, une adolescence, une maturité, une sénilité et une mort. Cette loi du destin est universelle et immuable pour tout ce qui a vie, dans le cours normal des choses. Lorsqu’un arbre est frappé à mort par une épidémie dans sa jeunesse ou qu’il est abattu par un bûcheron dans sa maturité, cela ne change rien au destin des arbres environnants, destin que seules des circonstances fortuites et extérieures pourront interrompre. Tout ce qui vient des hommes porte nécessairement en soi la limite et le destin des hommes. Les grandes civilisations qui ont précédé la nôtre et que la recherche historique nous fait toujours mieux connaître, ont toutes suivi le cycle spenglérien, de l’état embryonnaire à la caducité et à la mort. Les convulsions agitées et violentes qui accompagnèrent chaque mort n’en furent nullement la cause ; elles n’étaient pour les civilisations expirantes que la contre-partie des mouvements physiologiques observés dans les agonies humaines individuelles. De lui-même, l’homme ne peut rien produire qui soit au-dessus de l’homme ou qui ait des caractéristiques différentes de celles de l’homme, même dans les civilisations nées de son activité. Il est peu de mots dont on n’abuse plus que ceux de culture et civilisation. On les restreint et les régionalise, on les adapte à toutes les courtes vues, voire à de simples objets. Cela tient évidemment au mal de notre époque, où la valeur des termes et le sens des mots abstraits sont tombés dans une confusion pénible. Civilisation, culture, culte Toute civilisation constitue le corps physique, l’extériorisation sensible et l’oeuvre tangible d’une manifestation spirituelle ; celle-ci se nomme la culture. L’ensemble d’une ère dans la vie des hommes est à l’image des hommes : elle a une âme et un corps. Si la culture représente tout l’ensemble des mouvements et travaux de l’âme d’une grande collectivité humaine, la civilisation en représente les manifestations extérieures dans le monde physique : littérature, théologie, liturgique, philosophique et artistique, beaux-arts, théâtre, législation et jurisprudence, moralité publique, coutumes sociales, comportement civique, politique, usages de la guerre, etc. D’âge en âge, on note une continuité de pratiques humaines : chasse, pêche, production du feu, cultivation du sol, tissage, construction d’habitations, fabrication d’armes, confection d’ustensiles domestiques, érection de palissades ou défenses ; mais tout cela n’a rien à faire avec une culture ou la civilisation qu’elle engendre ; c’est du pur fellahisme répondant aux nécessités élémentaires de l’animal humain ”, une activité primaire bien indépendante des soucis spirituels ou intellectuels de l’être humain. Si, de civilisation en civilisation, il y a des différences de style même dans les activités primaires du fellahisme — cette inéchangeable routine de la rusticité toujours soumise aux saisons, aux éléments, en tous temps comme en tous lieux — ces différences sont apportées uniquement par le changement d’inspiration, élément spirituel qui accompagne tout changement de culture. Il n’y a jamais eu de civilisation sans culture. Il n’y a jamais eu de culture qui ne fût fondée sur un culte. Et, de quelque façon qu’on l’examine, il faut prendre ce mot culte dans son sens le plias métaphysique et sa portée la plus religieuse. De tout temps, comme le démontrent même les cultes les plus primitifs et les plus grossiers, l’homme a été hanté par le mystère et l’origine de la vie, cette vie qu’il avait reçue et pouvait transmettre mais qu’il ne s’était pas donnée à lui-même. L’homme a toujours été conscient qu’il ne pouvait pas créer la vie, qu’il n’en était ni l’arbitre ni le maître. Il a toujours eu la préoccupation de chercher l’origine et le pourquoi de la vie en quelque chose qui fût extérieur et supérieur à lui-même, quelque chose capable de vouloir et créer la vie ; étant seul dans la nature qui fût une personne, un être pouvant penser et dire ego, moi, il chercha toujours son origine dans un autre ego, une autre personne qui n’eût pas les limites et les faiblesses de l’homme. Depuis les temps préhistoriques, il fallait attendre jusqu’à nos jours pour voir ce spectacle d’hommes cherchant l’origine de leur ego dans quelque chose d’inférieur à eux-mêmes et tenter d’expliquer l’esprit par le jeu de la matière. Origine toujours religieuse L’histoire de toutes les cultures jusqu’à la nôtre n’est qu’une succession de cultes religieux différents, une longue et nostalgique recherche de la divinité qui connaît le mystère de la vie, son origine son pourquoi et son but ; c’est l’histoire d’une série, immensément variée, de façon de rendre hommage à la divinité acceptée, de communiquer avec elle, d’accomplir ce qu’on croyait être sa volonté. Certains cultes n’ont jamais été capables de produire une culture durable ; certaines cultures n’ont jamais engendré de civilisation extensible et influençante. Mais on ne trouve pas une seule civilisation qui n’ait reposé sur le fondement d’une idée religieuse forte, saisissante, prétendant établir le rapport entre l’homme et la divinité. A l’origine de toute grande civilisation, on trouve donc un culte religieux, manifestation extérieure de ce qui existe au tréfonds de tout être humain normal : le sens du sacré. Que ce sacré ait eu une dorme ou une autre, une personnalité unique ou plurale, cela importe peu pour ce qui est de notre temps. La constatation suffit. Suivant l’image que les peuples se faisaient de la divinité, suivant l’essence de cette divinité, suivant les messages qu’ils prétendaient en avoir reçus, ils élaboraient un code religieux. Ce code religieux conditionnait nécessairement leur façon de se comporter, moulait leur vie intime, leur vie- familiale, leur vie sociale ; ce code religieux devenait fatalement la racine d’où devaient surgir leur liturgie, leur philosophie, leur éthique, leur législation, leurs légendes et leurs arts, leurs aspirations, leurs coutumes sociales, leurs rapports avec l’étranger. Leur culte engendrait leur culture et celle-ci se manifestait dans leur civilisation. Il fallait parvenir à notre vingtième siècle pour entendre parler, dans l’empire soviétique et dans notre Occident, d’une culture sans culte, avec la même aberration que si l’on voulait fonder un humanisme sans hommes ou un déisme sans dieu ; nous reviendrons sur ce sujet dans quelques instants. Les grandes civilisations qui ont précédé la nôtre ont eu le destin de l’homme lui-même : naître, grandir, mûrir, vieillir et mourir. Elles étaient donc essentiellement humaines, marquées du sceau de l’homme, de ses limites, et devaient avoir, comme l’homme qui les origina, un commencement et une fin. Mais la nôtre, cette civilisation chrétienne occidentale — que je préfère appeler la civilisation gothique — a-t-elle les mêmes caractéristiques humaines et subira-t-elle le même sort ? Est-elle marquée du sceau humain, a-t-elle une origine humaine et des limites humaines ? En d’autres termes, l’idée religieuse chrétienne qui forme le fond de toute la culture occidentale et sa civilisation porte-t-elle en elle-même les germes de sa propre destruction ? Et a-t-on raison de répéter, en tant de milieux, que l’on assiste à l’agonie naturelle d’une civilisation ; que, comme les cultes qui l’ont précédé, “ le christianisme a fait son temps ” ? Des questions d’une aussi colossale portée, connexes à la question posée par le Comité Montréalais de Recherches Sociales, exigent des réponses. Phases “ pré-mortelle ” et “ post-chrétienne ” Les grandes civilisations passées ont disparu lorsque la substance religieuse qui avait servi de germe à leur culture eût été épuisée. Les guerres, avec leurs migrations et infiltrations, leurs destructions et changements territoriaux, n’ont jamais fait tomber une civilisation. C’est toujours l’esprit qui a conduit l’homme et jamais un glaive n’a pu décapiter une idée. Quand une civilisation mourut, ce fut toujours de sa propre insuffisance, après avoir exploité toutes les possibilités de sa culture ; après que l’idée religieuse originelle, qui lui servait d’étincelle vitale eût dévoré toutes ses fibres dogmatiques, et fût devenue incapable d’offrir une espérance nouvelle ou plus complète aux masses humaines toujours angoissées par le problème de la vie et de la mort. Et comme il n’y a pas de vacuum dans le “ monde spirituel ” de l’homme, pas plus que dans son monde physique, une idée religieuse nouvelle a toujours surgi pour remplacer celle qui disparaissait, exactement comme une autorité sociale ou politique surgit automatiquement pour remplacer celle qui tombe. C’est ainsi que l’idée chrétienne, porteuse d’un suprême message de pacification intérieure et d’espérance nouvelle, se glissa dans les masses au fur et à mesure que l’idée olympienne, vidée, inerte et desséchée, s’effritait dans le coeur de foules désenchantées. Le glaive et la torture, que l’on voulut substituer à la sève spirituelle disparue pour soutenir l’idée olympienne, ne purent ranimer cette dernière ni affaiblir la nouvelle. Les césars romains de la décadence offrent aux césars de notre époque la plus saisissante démonstration qu’une idée, et surtout une idée religieuse, ne peut succomber sous les coups de la violence physique. Seule une idée supérieure en qualité peut la tuer. Pour que l’on parle de la “ faillite du christianisme ” dans le monde, il faut nécessairement supposer que l’idée chrétienne, parvenue à sa caducité, a été vidée de sa substance, que sa dogmatique a depuis longtemps dépassé sa limite optima, qu’elle ne peut plus absorber la nourriture qui, dans le passé, a fait les conditions de son énergie et sa vitalité. Les deux plus brillants — ou plus réputés — historiens de notre époque ont chacun donné leur version. Oswald Spengler, taxé de pessimisme, a conclu que nous sommes rendus au déclin, au stage pré-mortel de notre civilisation. Même s il eût cru le contraire, en raison de la foi chrétienne, il se devait d’être logique avec sa loi du destin ; de plus, pour répondre aux exigences de l’académisme moderne, qui cherche l’évidence matérielle plutôt que la Vérité, il se devait de paraître plutôt “ objectif ”, “ impartial’, “ dépersonnalisé ” enfin, pour respecter les tabous du même académisme, il devait se contenter d’apprécier les faits en surface, les attribuer à la masse même où ces faits se produisaient et ignorer les possibilités d’influences extérieures ou parasitaires. Arnold Toynbee, catalogué dans l’optimisme historique et dont la propagande va nous parler de plus en plus, va beaucoup plus vite et plus loin que son confrère allemand. Par un tour de force vraiment sensationnel, il “ démontre ” que, depuis deux siècles (la Révolution Française), l’ère chrétienne a pris fin et que nous sommes entrés dans une ère nouvelle ; c’est dommage qu’il ne propose pas une revision du calendrier à la jacobine et ne nous demande pas de remplacer en même temps les termes “ Anno Domini ” par “ Anno synagogæ ” ! L’optimiste Toynbee nous annonce, comme unique condition du salut universel, la nécessité d’un super-gouvernement mondial, dont les propagandistes sionistes, maçonniques et marxistes ont parlé bien avant lui. Aussi ne s’est-on pas étonné de voir la Fondation Rockefeller, si férue d’une religion et d’un gouvernement universels pour l’humanité, s’empresser de financer la publication de l’optimisme ” de Toynbee ; de même que cette Fondation avait cru devoir financer la classification des papiers de notre défunt W. L. Mackenzie-King, qui préconisait l’élaboration d’une religion “ scientifique ” nouvelle pour unifier le genre humain. La racine et le tronc d’arbre Pour savoir si Spengler ou Toynbee ont eu raison, il faut se demander si vraiment le christianisme a épuisé sa substance intérieure, si sa dogmatique a cessé d’être jeune et expansive, si ses postulats moraux ont dégénéré, si son idée fondamentale a stérilisé ses possibilités de prosélytisme, d’acceptation joyeuse du renoncement, de la persécution et du martyre, si une idée religieuse plus forte a surgi pour lui disputer l’adhésion des esprits. Lorsque l’on parle du christianisme dans l’ensemble des vingt siècles qu’il enjambe, on a surtout présente à l’esprit l’image dit catholicisme romain, qui forme la racine et le tronc de l’arbre, avec une continuité qu’il n’est pas possible dg mettre en doute. Bien des branches latérales ont tigé sur ce tronc multiséculaire, les unes tombées depuis longtemps, les autres desséchées, les autres anémiées et produisant de moins en moins de feuilles, mais le tronc primitif est toujours là, debout et vigoureux, vainqueur de toutes les tempêtes mortes de s’être trop dépensées contre lui. Sa substance intérieure est plus abondante qu’en toute époque précédente ; sa dogmatique, dont l’ensemble des gloses a à peine effleuré la surface, est plus luxuriante que jamais auparavant ; sa morale est restée constante dans son incitation à l’héroïsme et l’abnégation personnelle ; son prosélytisme est plus que jamais accentué par la tribulation ; son acceptation de la torture et du martyre est plus enthousiaste qu’aux jours de ses débuts ; l’idée qui lui dispute l’adhésion des hommes n’est pas même une idée religieuse plus forte, c’est tout au contraire une négation totale et sans équivoque de toute religion, de toute spiritualité, de toute divinité, avec le désordre moral et social qui en découle. Procédant contre le christianisme avec une haine et une brutalité sauvages, le communisme, qui constitue la somme et l’aboutissement de toutes les fureurs contre-évangéliques déchaînées depuis vingt siècles, déchiquette avec un sadisme hystérique toutes les manifestations extérieures de la culture occidentale. La violence physique, la contrainte, le terrorisme forment ses seuls arguments, sa seule :contradiction. Personnalité et dignité de l’être humain, droit naturel de choisir et de posséder, liens familiaux, sens national, auto-détermination personnelle ou collective, conscience raciale, identité sociale, égalité morale, tout cela est impitoyablement balayé avec d’autant plus de violence que le christianisme le proclame plus hautement. C’est fort conséquent avec les négations fondamentales du communisme : négations de Dieu, d’un monde spirituel, d’une âme humaine, d’un au-delà. On peut même dire que les dirigeants des pays communistes sont plus logiques avec leur néant principiel que nos gouvernants occidentaux le sont avec les principes qu’ils se sentent obligés de proclamer pour obtenir l’appui des peuples chrétiens. Notre monde moderne se trouve donc placé devant une situation absolument inédite, sans précédent dans aucune autre civilisation passée. La situation d’une idée religieuse plus fort et plus dynamique qu’à son origine avec une culture qui dégénère rapidement, une morale qui n’animalise avec célérité et une civilisation dont de vastes portions croulent brusquement dans le gouffre d’une anticivilisation. Influence extérieure de retardement Puisque le christianisme n’a pas épuisé sa substance intérieure et n’a rien perdu de son dynamisme dogmatique, puisqu’une idée religieuse plus forte ne lui dispute pas l’orientation de la culture, par quel phénomène exceptionnel expliquer un pareil état de choses, le premier qu’on puisse signaler dans les annales humaines ? Et quand on pose la question, elle n’enclot pas uniquement dans ses bornes les pays sombrés dans l’abîme, mais encore tous ceux en-deçà du Rideau de Fer, nos pays d’Occident qui ont conduit le monde avec leur droit, des gens (chrétien), leur éthique internationale (chrétienne) et qui aujourd’hui, tous sans exception, même le nôtre, sont déjà assez avancés dans le stage du pré-communisme. J’ai voué bien des années de ma vie à trouver la réponse à cette question. De réponse, je n’ai pu en trouver qu’une cule. C’est que la civilisation chrétienne, au moment même où elle atteignait son plus haut sommet dans tous les domaines, après la vie intérieure intense et la prodigieuse gestation spirituelle du moyen-âge, a, subi tout à coup un hiatus qui a freiné avec soudaineté l’élan de son ascension verticale. Des non-chrétiens, au sein même de la société chrétienne, s’emparèrent des directions et des contrôles, soit par des agents gagnés à leurs projets, soit par la puissance matérielle directe des non-chrétiens eux-mêmes. Et l’on a vu, depuis, le non-christianisme, voire l’antichristianisme civil, présider à l’orientation des masses religieusement et éthiquement chrétiennes. Cette antinomie, cette opposition de deux polarités différentes, est l’unique explication de ce qui se passe de nos jours : une société tourmentée, angoissée dans le conflit spirituel de son âme, dirigée qu’elle est en même temps par les postulats antichrétiens de ses maîtres extérieurs et les vérités chrétiennes de ses croyances intimes. Ces pauvres masses humaines, il ne faut pas leur lancer la pierre puisqu’elles ne sont que de tristes victimes comme était la faible et trop aimante Madeleine. L’ennemi antichrétien, s’il faut le craindre et s’en défendre, n’est pas encore le vrai coupable, puisqu’il poursuit la route dans laquelle il s’est engagé, par aveuglement ou autre cause. La grande coupable, la prostituée, n’est-ce donc pas l’ “ élite ” chrétienne du dix-huitième siècle, noblesse en tête, qui, pour de l’argent ou de l’ambition a offert le viol empressé de son âme au rationalisme que lui présentait le vieil écho antichrétien des flancs du Golgotha ? Et l’élite ” du même argent, de la même ambition, qui lui a succédé jusqu’à ce jour ? On peut vraiment dire que la civilisation chrétienne a été soudainement mise en arrêt par des agents extérieurs, étrangers à son propre corps, des agents parasitaires et paralysants. Rien de sa puissance n’a été perdu dans la contrainte physique faite à son élan et soi ; expansion ; au contraire, la compression qu’on lui fait subir lui confère une force explosive qui se manifestera, à un certain moment, avec un dynamisme difficile à imaginer. La marche de notre culture occidentale a été, dans le monde moderne, désorientée par l’effet d’un parasite extérieur et étranger à la culture ; le résultat en a été, non pas de dégénérescence par sénilité, mais un résultat de distortion, de défiguration, de retardement temporaires. Dans tout conflit où les masses humaines sont l’enjeu, quels que soient les aléas des grands chocs physiques, c’est toujours l’idée la plus forte, la plus juste, qui l’emporte. La vie des peuples, comme la vie des hommes, est affirmative ; un code de n’égalions ne pourra jamais la subjuguer, surtout le code qui veut forcer l’homme à croire qu’il n’a pas d’âme et n’a pas d’autre statut que celui de l’animal. La violence physique pourra user sa fureur, mais l’idée forte n’en sera toujours que plus forte. Et l’idée forte sera toujours l’idée d’Amour, essentiellement créative. La lutte ouverte entreprise il y a deux siècles par les forces de la haine contre la civilisation d’Amour a maintenant atteint des proportions globales, une dimension oecuménique, et rien ne peut plus empêcher sa phase suprême, et décisive. Aussi perçoit-on de tous les coins du monde une angoisse lourde et accablante comme une agonie morale, en même temps qu’une agitation et des bruits de panique dans certains quartiers déterminés. Si l’Amour souffre l’angoisse, c’est toujours la haine qui subit la panique et tente de la propager ; car l’Amour croit et espère, tandis que la haine est négative et sombre dans le désespoir. Des exemples saisissants en ont été donnés tout le long de ces deux siècles de lutte ouverte. Notre monde contemporain est réglé, avant tout, par la réclame et la publicité, les stages les plus bas de l’influence sur l’esprit avant que n’arrive le stage du terrorisme commandant à l’instinct animal de survivance. Avant la deuxième guerre mondiale, on pouvait encore parler du mot plus noble de propagande ; avant la première guerre mondiale, il était encore possible de parler d’opinion publique. Aujourd’hui, la fabrication de l’opinion constitue une industrie de gigantesque envergure. Cette industrie gravite autour de l’axiome lancé il y a à peine cinquante ans : “ Un mensonge répété mille fois finit par être accepté pour une vérité ” ; et le mensonge est devenu un art d’une grande finesse et d’une grande souplesse, débarrassé de la brutalité grossière d’autrefois, agrémenté par toutes les séductions dont peuvent le parer les nombreux moyens de présentation modernes. Tous les grands moyens de présentation sont reliés ensemble, de façon directe ou indirecte, constituant un vaste réseau qui fait le tout de la terre, de sorte qu’une campagne mondiale pour orienter les esprits dans un sens ou dans un autre est une possibilité journalière. ...

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