Auteur : Benamozegh Elie
Ouvrage : Morale juive & morale chrétienne
Année : 1867

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Prétentions de la morale chrétienne vis-à-vis de la philosophie et du paganisme. Sont-elles fondées ? De tous les éléments qui ont contribué au triomphe du christianisme dans les temps anciens et modernes, le plus important, sans contredit, est sa morale. Le christianisme lui-même a une si haute idée de sa propre morale, qu'il n'hésite pas à affirmer que c'est par la sainteté et la sublimité de cette morale, par son excellence absolue, qu'on prouve le mieux la divinité du christianisme. Si cette prétention est juste, il faut de toute nécessité que la morale chrétienne soit supérieure non seulement à tout ce que la raison humaine a produit de plus beau à cet égard parmi les païens, non seulement à tout ce que la raison humaine pourrait jamais produire, mais supérieure aussi à tout ce que la raison divine a jamais manifesté aux hommes de plus parfait et de plus excellent à cet égard. Car on ne saurait prouver la divinité du Christianisme par son éthique, sans préalablement démontrer que ni le paganisme, ni la philosophie, ni même le judaïsme ne surent jamais s'élever à une pareille hauteur ; ce qui implique, quant à ce dernier, un perfectionnement ultérieur de la raison divine au moins dans ses manifestations. Ces prétentions sont-elles fondées ? Cet orgueil est-il bien légitime, et cette supériorité bien réelle ? N'y a-t-il rien d’exagérer dans ces louanges que le christianisme se décerne à lui-même ? Nous n'avons pas pris à tâche d'examiner ses rapports avec le paganisme, ni même avec la philosophie. Si tel était notre but, il ne nous serait pas difficile de démontrer, textes en main, quant à la philosophie, que bien des pages de Platon, bien des maximes de l'école stoïcienne, - surtout d'Épictète et de Marc-Aurèle, l'ami de Rabbi Iehoudah Hannassi, - bien des morceaux éloquents de Cicéron, sans compter tout ce que la philosophie a produit et peut encore produire de grand dans la suite des siècles, n'ont rien à envier aux titres moraux les plus glorieux du christianisme. Quant au paganisme, sans insister sur ce que la poésie ou la théologie gréco-romaine contiennent de simple, de beau et d'élevé, nous n'aurions qu'à extraire des fragments de quelque livre sacré de l'Orient, de Confucius, de Manou, par exemple, pour montrer tout ce que l'humanité est capable de tirer de ce fonds riche, inépuisable, que Dieu a mis au cœur de l'homme, et qui s'appelle le sentiment religieux. ...