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Bosche Marc - Nirvana


Auteur : Bosche Marc
Ouvrage : Nirvana Le réveil des oiseaux
Année : 2002

Lien de téléchargement : Bosche_Marc_-_Nirvana.zip

SECRET TANTRIQUE UNE BOMBE AU CHOCOLAT. Un papillon léger, au cœur polychrome, peut-il changer le cours des choses ? Un paon du jour voletait tranquillement dans les bocages. Trouvant accueillant le pare-brise d’un camion-citerne qui circulait sur la petite départementale, il s’y posa. Le routier conduisait nonchalamment sur l’étroite route surplombant la zone industrielle en contrebas. Il regarda le bel insecte de l’autre côté du verre Triplex de sa cabine. Le papillon s’ouvrit, sentant peut-être ce regard humain se poser sur lui. Il laissa admirer le chatoyant décor de ses ailes déployées. C’était un de ces battements infimes... Le chauffeur, admiratif des nervures colorées du petit coléoptère, fixa le regard sur ce dernier. Inattentif une seconde dans sa conduite, il ne sut négocier le virage... Le camion de la société Oxygène Liquide Industriel quitta la route. Le chauffeur, voyant la situation désespérée, sauta par la portière. Il atterrit sans une égratignure sur le terreplein gazonné. Le papillon, insouciant, reprit sa villégiature, et se posa bientôt sur une fleur des champs, un myosotis. Le véhicule, quant à lui, bondit par-dessus la voie ferrée qui, en bas, longeait la départementale. Il attrapa au passage une caténaire. Il arracha le câble électrique sur une longueur de plusieurs centaines de mètres dans cette course. Comme un gros dieu irisé d’éclairs électriques, il fondit sur la citerne d’hydrogène liquide des vastes chocolateries ChocoShock situées dans la vallée. La percussion des deux réservoirs, remplis l’un d’oxygène et l’autre d’hydrogène, se produisit. Simultanément la décharge à moyenne tension des câbles de la voie ferrée, toujours accrochés à la semi-remorque, produisit un allumage terrifiant. La recette d’une bombe géante était obtenue. Une déflagration s’ensuivit. Son souffle allait créer une importante dépression atmosphérique dans sa périphérie immédiate, là où il y avait les plus hauts niveaux d’énergie. C’est l’équivalent d’un petit séisme d’amplitude 3,2 sur l’échelle de Richter que notèrent ce jour les sismologues de la région. On entendit l’explosion à quarante kilomètres à la ronde. Et on perçut les effets du souffle de l’explosion jusqu’à quatre-vingts kilomètres autour de l’impact. On préparait la période de Noël, bien à l’avance, chez ChocoShock. Mille sept cents tonnes de chocolat blanc et mille huit cents tonnes de chocolat au lait en fusion attendaient la fin de la pause déjeuner des ouvriers, pour être coulées dans les lingotières. Tout allait être mis en petits ballotins ornés d’un joli ruban rouge. Le souffle extérieur de la déflagration créa une différence de pression instantanée avec l’intérieur des deux cuves principales de chocolat liquide, les plus grandes d’Europe. Les parois en acier inoxydable éclatèrent en direction du dehors sous l’effet de surpression. Leur contenu délicieux se propulsa et s’expansa dans l’air. Les deux immenses geysers de chocolat fondu montèrent à plusieurs centaines de mètres d’altitude, obscurcissant un instant la lumière du soleil, en une singulière éclipse... Ils se déversèrent en une averse drue de chocolat noir et de chocolat blanc sur le village de Montel situé à proximité des ateliers. Le charmant hameau se transforma instantanément en gâteau marbré. Des torrents de lait concentré sucré, jaillissant des stocks de la chocolaterie, se projetèrent dans plusieurs des venelles du bourg. Des milliers de fûts de métal, contenant la liqueur de kirsch, attendaient dans la cour de l’usine de remplir les bouchées « Griottes ». Sous l’effet de souffle, leurs barils nickelés éclatèrent, pétaradant comme feu d’artifice. Propulsé avec le « boum », leur contenu atteignit la petite bourgade, en faisant pleuvoir la liqueur à la cerise. Soufflés par l’explosion, les hangars de stockage furent volatilisés dans le même instant. Les réserves de pralines roses, de dragées, de sucettes et de sucre glace s’élevèrent avec des fétus de papier doré dans les airs, puis précipitèrent une grêle de confiserie sur le village. Les sucettes se fichèrent dans le manteau de chocolat qui recouvrait les constructions. Les pralines décorèrent son nappage inopiné. Enfin l’épais nuage de sucre glace saupoudra l’ensemble, et lui donna sa nuance immatérielle. Un paysage de conte pour enfants se déployait maintenant sur l’ancienne place du village. Elle était devenue un petit royaume de pralines et de sucettes, où coulaient des rivières de liqueur. Les employés étaient indemnes : ils sortaient de la cantine, située heureusement à plusieurs centaines de mètres de distance. Personne n’en croyait ses yeux. L’usine s’était volatilisée. Une bombe au chocolat était partie ! Il n’en restait rien : juste un cratère de quatorze mètres de profondeur au centre, et d’une cinquantaine de mètres de rayon, en rappelait encore la réalité. Et le village, qui avait été enlaidi auparavant par la proximité de ces hangars disgracieux, avait retrouvé un cadre dégagé et panoramique. Il était devenu un gâteau pâtissier recette Vandamme. — C’est les gamins qui vont être contents ! — On va fêter Noël un peu plus tôt ! Bientôt, oubliant leur désarroi, les employés commencèrent à jouer aux boules de neige, avec la couche de noix de coco en poudre qui recouvrait par endroits le sol. Ils admiraient l’église romane, comme transfigurée par une belle épaisseur de chocolat blanc qui s’y était solidifiée. Ils commencèrent à casser les stalactites de pâte d’amande qui ornementaient les colombages des maisons recouvertes d’un manteau de cacao. Ils se mirent à déguster, à rire et à danser. Le village de Montel était devenu le « royaume de pain d’épice. » Je déambulais parmi les ouvriers chocolatiers. Sociologue de métier et gourmand de surcroît, j’étais venu réaliser une étude qualitative sur les « représentations culturelles implicites dans les métiers du chocolat ». Hélas, je me trouvais maintenant sans terrain d’observation, l’usine ayant disparu en quelques secondes. Qu’allais-je faire de tout ce temps libre, qui me paraissait immense, là devant moi ? ...

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