Donner

Cox Erle - La sphère d'or


Auteur : Cox Erle
Ouvrage : La sphère d'or
Année : 1925

Lien de téléchargement : Cox_Erle_-_La_sphere_d_or.zip

Bryce arrêta sa voiture devant la profonde véranda de la ferme, et, avant de descendre, laissa errer ses regards sur le vert intense des vignes, pour en chercher le propriétaire. C’était un jour torride et le soleil, tombant d’un ciel laiteux immaculé, semblait avoir arrêté toute vie et tout mouvement. La mer verte des feuilles ne révélait pas la moindre trace de Dundas. De temps à autre un tourbillon de poussière entraînait dans sa ronde une poignée d’herbe et de feuilles sèches, mais paraissait trop las pour en faire plus. De son siège, Bryce pouvait apercevoir les bras à bouts de cuivre d’une charrette émergeant par-dessus la porte de son hangar. Un peu plus loin, à l’ombre restreinte d’un appentis en tôle, s’abritaient deux gros chevaux de trait et un poney rouan ; ce dernier (une célébrité locale sous le nom de Billy Blue Blazes) était destiné aux charrois. C’était un cheval doué d’un certain caractère, très mauvais pour l’essentiel. Sa présence, toutefois, indiquait au visiteur que le propriétaire de Billy était « visible ». Bryce fit quelques pas jusqu’à la véranda. La porte d’entrée était grande ouverte et, à travers elle et le rideau de perles, la lumière éclatante, au-delà, montrait la maison offerte à la moindre brise qui pourrait souffler. Il distinguait, encadrés par le passage sombre, quelques malheureux volatiles grattant sans espoir l’herbe jaune poussiéreuse derrière le bâtiment, et plus loin, à près d’un kilomètre, la muraille d’arbres d’un vert terne qui indiquait le cours du fleuve. – Quel climat infernal ! commenta-t-il. Puis, remarquant le thermomètre qui pendait au mur près de la porte, Bryce répéta sa remarque avec plus d’énergie : – Quarante-cinq à l’ombre, et ça se sent, aussi. Enfin, élevant la voix : – Dundas, Alan Dundas ! où diable es-tu ? Réveille-toi, mon vieux ! Oh, diable ! Où s’est-il fourré ? Ce langage pourrait sembler incongru, mais après un trajet de trente kilomètres et par une telle chaleur, il n’était pas sans à-propos. Bryce se dirigea vers le bout de la véranda et épia au travers de la vigne grimpante qui l’ombrageait. À quelque deux cents mètres de là, dans un léger creux, il remarqua un gros tas de terre argileuse rouge qui ajoutait une nouvelle note de couleur au décor jaunâtre. Alors même qu’il observait, il saisit un bref éclair d’acier par-dessus l’argile, et au même instant eut la vision fugitive du fond d’un Panama. – Grand Dieu ! murmura-t-il. Il est fou… fou à lier ! Il quitta rapidement la véranda et s’approcha de l’endroit sans être vu ni entendu. Là, il observa quelques instants, muet. Dans la tranchée, en maillot de corps et pantalon de toile bleue qui collaient à son corps trempé de sueur, l’homme tournait le dos à Bryce. Ses bras bruns solidement musclés balançaient le pic avec une précision infatigable. Cet homme n’avait rien d’une mauviette. Le travail n’était pas pris par-dessous la jambe et le coeur qui s’y donnait était léger, à en juger par les bribes de chant qui l’accompagnaient. Bryce souriait d’un air absent en regardant, il connaissait cet homme, et c’était un homme selon son coeur. Bientôt, il parla : – Alors, mon vieux, que fais-tu là ? Un peu d’exercice pour ouvrir l’appétit ? Le pic retomba avec un « han ! » de plus et le travailleur se retourna en souriant. – Bryce ! par tous les diables ! Puis, avec un rire : – J’avoue tout, jusqu’à l’estomac creux. Et, tendant une main brune puissante, il ajouta : – D’après cette horloge, il est l’heure de manger. Le ministre de mon intérieur n’a pas cessé de tenir des meetings de protestation depuis une demi-heure. Un petit instant… Il se hissa jusqu’au sol et recouvrit avec soin pic, pelle et barre à mine avec un sac de jute. – Tu sais, expliqua-t-il, le soleil chauffe tellement mes petites affaires qu’elles enflammeraient d’ampoules mes menottes si je ne les couvrais pas. Resteras-tu à manger, vieux birbe ? Bryce acquiesça. – Ça te la couperait si j’avouais que c’est en partie pour cette raison que je suis venu. Dundas se contenta de grimacer ; il savait exactement ce que cette remarque avait de sérieux. ...

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