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Cumont Franz - Les mystères de Mithra


Auteur : Cumont Franz
Ouvrage : Les mystères de Mithra
Année : 1913

Lien de téléchargement : Cumont_Franz_-_Les_mysteres_de_Mithra.zip

Ce livre n'a pas la prétention d'offrir un tableau de la chute du paganisme. Il n'y faudra pas chercher des considérations générales sur les causes profondes qui amenèrent le succès des cultes orientaux en Italie; nous ne tenterons pas d'y montrer comment leurs doctrines, ferment de dissolution bien plus actif que les théories des philosophes, décomposèrent les croyances nationales sur lesquelles reposaient l'Etat romain et toute la vie antique, et comment la destruction de l'édifice qu'elles avaient désagrégé, fut achevée par le christianisme. Nous n'entreprendrons pas d'y suivre les phases diverses de la lutte entre l'idolâtrie et l'Église grandissante. Ce vaste sujet, que nous ne désespérons pas de pouvoir aborder un jour, n'est pas celui que nous avions à traiter dans cette monographie; elle ne s'occupe que d'un épisode de cette révolution décisive : elle essaie de faire voir avec toute la précision possible comment et pourquoi une secte du mazdéisme faillit sous les Césars devenir la religion prédominante de l'empire. La civilisation hellénique ne parvint jamais à s'implanter chez les Perses, et les Romains ne réussirent pas davantage à se soumettre les Parthes. Le grand fait qui domine toute l'histoire de l'Asie antérieure, c'est que le monde iranien et le monde gréco-latin restèrent toujours rebelles à une assimilation réciproque, séparés par une répulsion instinctive autant que par une hostilité héréditaire. Toutefois, la religion des mages, qui fut la plus haute expression du génie de l'Iran, influa à trois reprises sur la culture occidentale. Le parsisme avait eu d'abord une action très sensible sur la formation du judaïsme, et quelques-unes de ses doctrines cardinales furent répandues par l'intermédiaire des colonies juives dans tout le bassin de la Méditerranée, et se firent plus tard accepter par l'orthodoxie catholique. Le mazdéisme agit plus directement sur la pensée européenne, lorsque Rome eut conquis l'est de l'Asie-Mineure. Depuis un temps immémorial des colonies de mages, émigrés de Babylone, y vivaient obscurément et, combinant leurs croyances traditionnelles avec les conceptions helléniques, elles avaient élaboré peu à peu dans ces régions barbares un culte original malgré sa complexité. On le vit, au début de notre ère, surgir brusquement de l'ombre et s'avancer simultanément dans les vallées du Danube et du Rhin et jusqu'au cœur de l'Italie. Les peuples d'Occident sentirent fortement la supériorité de la foi mazdéenne sur leurs vieilles pratiques nationales, et les foules accoururent vers les autels du dieu exotique. Mais les progrès du conquérant furent arrêtés lorsqu'il prit contact avec le christianisme. Les deux adversaires reconnurent avec étonnement les similitudes qui les rapprochaient, sans en apercevoir l'origine, et ils accusèrent l'Esprit de mensonge d'avoir voulu parodier la sainteté de leurs rites. Le conflit entre eux était inévitable, duel ardent, implacable, car son enjeu était la domination du monde. Personne ne nous en a raconté les péripéties, et notre imagination seule se représente les drames ignorés qui agitèrent l’âme des multitudes, alors qu'elles hésitaient entre Ormuzd et la Trinité. Nous ne connaissons que le résultat de la lutte : le mithriacisme fut vaincu, et sans doute il devait l'être. Son échec n'est pas dû uniquement à la supériorité de la morale évangélique ou de la doctrine apostolique sur l'enseignement des mystères ; il n'a pas péri seulement parce qu'il était encombré par l'héritage onéreux d'un passé suranné, mais aussi parce que sa liturgie et sa théologie étaient restées trop asiatiques pour que l'esprit latin les accueillît sans répugnance. Pour une raison inverse, la même guerre, engagée à la même époque dans l'Iran entre les deux rivaux resta pour les chrétiens sans succès, sinon sans honneur, et, dans es états des Sassanides, le zoroastrisme ne se laissa jamais sérieusement entamer. Mais la défaite de Mithra n'anéantit pas sa puissance. Il avait préparé les esprits à accepter une foi nouvelle, venue comme lui, des bords de l'Euphrate, et qui avec une tactique différente reprit les hostilités. Le manichéisme apparut comme son successeur et son continuateur. Ce fut le suprême assaut livré par la Perse à l'Occident, assaut plus sanglant que les autres, mais qui était condamné à se briser finalement contre la force de résistance de l'empire chrétien. Cette rapide esquisse mettra en lumière, je l'espère, l'importance qu'offre l'histoire du mithriacisme. Rameau détaché du vieux tronc mazdéen, il a conservé à beaucoup d'égards les caractères de l'ancien culte naturaliste des tribus iraniennes, et par comparaison il nous fait mieux comprendre la portée, si discutée, de la réforme avestique. D'autre part, il a, sinon inspiré, du moins contribué à préciser certaines doctrines de l'Eglise, comme les idées relatives aux puissances infernales et à la fin du monde. Ainsi ses origines et son déclin concourent à nous expliquer la formation de deux grandes religions. Au temps de sa pleine vigueur, il exerça une influence non moins remarquable sur la société et le gouvernement de Rome. Jamais peut-être, pas même à l'époque des invasions musulmanes, l'Europe ne fut plus près de devenir asiatique qu'au III e siècle de notre ère, et il y eut un moment où le césarisme parut sur le point de se transformer en un khalifat. On a souvent insisté sur les ressemblances que la cour de Dioclétien offre avec celle des Chosroès. Ce fut le culte solaire, ce furent en particulier les théories mazdéennes, qui répandirent les idées sur lesquelles les souverains divinisés tentèrent de fonder l'absolutisme monarchique. La rapide diffusion des mystères persiques dans toutes les classes de la population servit admirablement les ambitions politiques des empereurs. Il se produisit un débordement soudain de conceptions iraniennes et sémitiques, qui faillit submerger tout ce qu'avait laborieusement édifié le génie grec ou romain, et, quand le flot se retira, il laissa dans la conscience populaire un sédiment épais de croyances orientales, qui ne s'éliminèrent jamais complètement. Je crois en avoir dit assez pour indiquer en quoi le sujet que j'ai essayé de traiter, méritait qu'on lui consacrât des recherches approfondies. Bien que cette étude m'ait de toutes façons entraîné beaucoup plus loin que je ne le prévoyais au début, je ne regrette pas les années de labeur et de voyages qu'elle m'a coûté. La besogne que j'avais entreprise ne laissait pas d'être malaisée. D'un côté, nous ignorons jusqu'à quel point l'Avesta et les autres livres sacrés des Parsis représentent les idées des mazdéens d'Occident; de l'autre, nous n'avons guère que ce commentaire pour interpréter la masse considérable de monuments figurés qui ont été peu à peu recueillis. Les inscriptions seules sont un guide toujours sûr mais leur contenu est, somme toute, assez pauvre. Notre situation est à peu près celle où nous serions s'il nous fallait écrire l'histoire de l'Église au moyen âge en ne disposant pour toute ressource que de la Bible hébraïque et des débris sculptés de portails romans et gothiques. Dès lors, l'exégèse des représentations mithriaques ne peut souvent atteindre qu'un degré plus ou moins grand de vraisemblance. Je ne prétends pas être toujours arrivé à un déchiffrement rigoureusement exact de ces hiéroglyphes, et ne veux attribuer à mes opinions que la valeur des arguments qui les soutiennent. J'espère cependant avoir fixé avec certitude la signification générale des images sacrées qui ornaient les cryptes mithriaques. Quant aux détails de leur symbolisme recherché, on peut difficilement les élucider, et il faut souvent savoir pratiquer Yars nesciendi. Ce petit volume reproduit les « Conclusions » qui terminent le tome premier de mes Textes et monuments figurés relatifs aux mystères de Mithra. Allégées des notes et des renvois qui leur servent de justification, ces pages se bornent à résumer et à coordonner ce que nous savons sur les origines et les caractères de la religion mithriaque. Elles suffiront au lecteur désireux de s'orienter sur la question. Les incertitudes et les lacunes de la tradition ne permettaient pas de donner à toutes les parties de cette reconstitution une égale solidité. Ceux qui voudront éprouver la stabilité des bases sur lesquelles elle repose, devront recourir aux discussions critiques de mon « Introduction », qui ont pour but de déterminer le sens et la valeur des documents écrits et surtout des monuments figurés réunis dans mon recueil. Pendant la longue préparation de cet ouvrage, j'ai dû souvent mettre à contribution cette solidarité qui unit à travers le monde tous les hommes de science, et j'y ai rarement fait appel en vain. La prévenance d'amis dévoués, dont plusieurs ne sont déjà plus, a souvent devancé l'expression de mon désir, et m'a offert spontanément ce que je n'eusse peut-être pas osé solliciter. J'ai essayé dans le corps du livre complet de rendre à chacun ce qui lui revient. Je ne veux point ici faire le dénombrement de mes collaborateurs et en leur distribuant des remercîments banals, sembler les payer de leur obligeance. Mais c'est avec un sentiment de profonde gratitude que je remémore les services qui m'ont été prodigués depuis plus de dix ans, et qu'arrivé au terme de ma tâche, je songe à tous ceux qui m'ont aidé à l'accomplir. 1er Décembre 1899. ...

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