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Daudet Léon - Maurras Charles - Notre Provence


Auteurs : Daudet Léon - Maurras Charles
Ouvrage : Notre Provence
Année : 1933

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Avons-nous le droit de dire « notre Provence » ? Au moment de publier l’anthologie de nos plus douces et de nos plus fortes images, ce scrupule nous est venu. L’un de nous est né à Paris. L’ autre n’a pas attendu le coup des dix-huit ans pour quitter son Etang de Berre et n’y revenir qu’en passant, même, hélas ! en courant. Il est vrai que Léon Daudet a vécu les plus beaux jours d’une enfance dorée parmi les thyms et les romarins de Fontvielle et sur la pierraille des Baux, ses yeux se sont ouverts aux lumières du monde, aux espérances et aux rêves de la vie, suivant la leçon fine et ferme du beau sang paternel que le suc romain nourrissait: A Nîmes, ô Mireille ! Oui, mais le pays de Nîmes est-il provençal ? Mistral l’affirmait, le cardinal de Cabrières le contestait. Le grand prélat, fils de Beaucaire, de l’autre main du Rhône, voulait rester dans la vaste fédération de provinces que l’on appelle Languedoc ou Occitanie, il insistait avec vigueur et bonne grâce sur tout ce qui, dans l’histoire et dans la nature, distingue le Languedocien et le Provençal. Ces nuances précises ne sont pas douteuses quand on en prend la mesure depuis Montpellier, Béziers ou Toulouse, par rapport, je suppose, à Aix ou à Toulon. Mais tout grand fleuve ne fait-il pas métier d’unir les berges plutôt que de les séparer ? Sans remonter au Moyen Age où « Provensa » se disait même d’Auvergne et d’Armagnac, de Médoc et de Limousin, on peut encore soutenir que, face à Avignon et à Tarascon, les premiers territoires de la rive droite figurent une èspèce de Marche de Provence. Mistral le fait bien voir: si Mireille est fille des Baux, celui qu’elle aime est un enfant de Valabrègues son Vincent lui est bel et bien venu du Gard. C’est une raison, elle compte ! En voici une autre. Il ne faut pas croire que les filles de Valabrègue aient un autre langage, un autre costume, un autre tour de tête, un autre pas de promenade que les belles enfants du pays arlésien. On trouve dans les Olivades une liste chantante des villes et villages où se porte la « coille étroite » au ruban de « pur velour.». Cette énumération lyrique, uno des plus nobles de la poésie universelle, ne s ’ a rrête pas à Trinquetaille, le fleuve passé, elle enrôle Beaucaire, annexe le pays d’Argence, et Combes, et Domasan, Jonquières et Fourques, Et BelIegarde aussi... Valabrègue et Montfrin, Meyne, Aramon, Fournès, Sarnhac, tout cela en est. Tout cela sur l’autre rive du Rhône ! Tandis que à l’Est, le port, l’usage de la chapelle et du hennin, finit un peu en avant de l’étang de Berre, sur une ligne extrême que déterminent Fos, Saint-Mitre, Isres, Saint-Chamas et Salon. Sans approcher Martigues de plus d’une lieue et demie, tout au contraire, le Rhône n’a rien pu tenir à l’ouest. Les pointes avancées du royaume d’Arles enveloppent le Pont du Gard, occupent le désert des taureaux et des chevaux sauvages qui se continue au delà de la Camargue et tiennent, avec quantité de villages de course, de vastes étendues de vignobles noirs et dorés: s’arrêtent-elles à bien longue distance des faubourgs d’une autre ville royale , aussi pleine de gloire qu’Arles est pleine de deuil, mais qui porte comme Arles d e s arênes en couronne, et qui, de la Tour Magne, dresse le Saint Signal sur un horizon palustre et marin ? Ainsi nos terres-mères veillent, de part et d’autre du delta rhôdanien, du berceau mistralien, pris pour centres, pour métropoles. On a raison de dire qu’il ne suffit point d’aimer un pays pour se l’approprier, cela justifierait trop de conquêtes indues ! Mais nous ne sommes, l’un ni l’autre, des conquérants. Pèlerins, pèlerins pieux, une admiration passionnée, pétrie de regrets, presque de remords, nous appelle auprès des tombeaux où nous attendent nos parents. Nous recueillons leur voix, leur souffle, leur conseil, leur rythme de force et de joie. Et ces bons pères que Mistral dit « si sages, si sages », ne nous refusent pas leur bénédiction. LÉON DAUDET. CHARLES MAURRAS. ...

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