Auteur : De Benoist Alain
Ouvrage : L'hégémonisme américain ou le sens réel de la guerre contre l’Irak
Année : 2003

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Il ne fait plus de doute aujourd’hui que les Américains étaient décidés à faire la guerre à l’Irak bien avant les attentats du 11 septembre 2001. « Même sans le 11 septembre, il y aurait eu tôt ou tard une confrontation avec l’Irak », reconnaissait récemment l’idéologue néoconservateur Robert Kagan, directeur de la Fondation Carnegie, qui ajoutait que « personne parmi les responsables de l’administration Bush n’a jamais cru pouvoir résoudre le problème de l’Irak par le seul désarmement » (Libération, 8-9 mars 2003). L’arrière-plan pétrolier du conflit est par ailleurs évident. Cependant, la guerre en Irak n’est pas seulement une carte dans le grand jeu pétrolier de Washington (un grand jeu qui vise, non seulement, à sécuriser et diversifier ses propres approvisionnements, mais aussi à contrôler l’approvisionnement énergétique de ses rivaux potentiels). Comme l’a écrit Philippe Colombani, chargé de recherche à l’Institut français des relations internationales (IFRI), ce qui se joue au travers de cette guerre, « c’est l’ordre international des années, voire des décennies à venir, c’est-à-dire la question de savoir qui dirigera le monde, de quelle façon et selon quels principes ». C’est en effet de cela qu’il s’agit. Nous sommes aujourd’hui sortis de l’après-guerre, c’est-à-dire de ce système, issu des accords de Yalta, qui reposait sur la compétition de deux modèles idéologiques à vocation universelle, la dissuasion nucléaire et un modèle de sécurité collective incarné par l’ONU. L’effondrement du bloc soviétique n’a pas seulement permis la globalisation néolibérale. Il a consacré un monde unipolaire, où les Etats- Unis s’opposent au « reste du monde » — un monde extraordinairement chaotique, imprévisible et incontrôlable, caractérisé par la globalisation des problématiques, la multiplication des « réseaux » et l’intervention accrue des acteurs non étatiques. Dans les relations internationales, les rapports de forces peuvent être gérés de trois manières différentes : par la simple hégémonie, par l’équilibre des puissances ou par la sécurité collective. Les Etats-Unis ont visiblement choisi la première voie contre la deuxième, qui est celle de l’équilibre multipolaire, et la troisième, qui correspond à l’action des Nations-Unies. Robert Kagan l’a lui-même déclaré de façon tout à fait explicite : « La politique des Etats-Unis vise depuis longtemps à préserver leur hégémonie dans le monde ». C’est pour cette raison que les Américains, qui sont convaincus de n’avoir plus plus besoin de personne, s’exemptent eux-mêmes de toutes les contraintes du partenariat, et cherchent à rompre une fois pour toutes avec la vision européenne, russe ou chinoise, d’un monde multipolaire. ...