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Enrico Corradini ou la naissance du nationalisme italien


Auteur : Anonyme
Ouvrage : Enrico Corradini ou la naissance du nationalisme italien
Année : 2011

Lien de téléchargement : Enrico_Corradini_ou_la_naissance_du_nationalisme_italien.zip

Le nationalisme italien, en tant que mouvement politique, est né à Florence, le 3 décembre 1910, avec la constitution de l’Associazione nazionalista italiana. Mais il faut remonter quatre ans plus tôt pour saisir les motifs historiques et psychologiques qui provoquèrent l’apparition du nationalisme dans le panorama politique italien. Écartons d’abord, comme nous l’avons fait pour l’école nationaliste française, la confusion avec le nationalitarisme. « Étant donné la signification spécifique prise par le mot nationalisme, explique fort bien l’auteur de l’article Nazionalismo dans l’Enciclopedia italiana, on ne peut entendre par cette expression toute doctrine qui place en son centre la nation, car toute l’histoire du XIXe siècle depuis le triomphe du principe des États fondés sur l’indépendance et la souveraineté nationale, pourrait être, en ce sens, considérée comme une histoire des nationalismes, mais ce mouvement idéologique et sentimental qui s’est affirmé en Europe avec les victoires de Napoléon 1er et qui a été repris et proclamé comme principe et substance des États de formation récente (Italie et Allemagne) durant le Second Empire est plus justement appelé par certains théoriciens comme A. Pagano, nationalitarisme, c’est à dire doctrine fondée sur le principe des nationalités. Elle s’accorde donc avec les principes du libéralisme politique et a pu être ainsi considérée comme le fondement de nouvelles conceptions du droit international de Pascal Stanislas Mancini, justement en plein Risorgimento1 italien : « Quand ces principes furent portés par la démocratie jusqu’à l’excès – et ainsi se corrompirent – le nationalitarisme perdit ses contours et se confondit avec l’universalisme démocratique. « En réaction contre un tel processus de décadence politique, et comme antidote aux partis surgît alors, dans les premières années du siècles, le nationalisme qui fut un mouvement commun à toute l’Europe en même temps qu’un mouvement et une doctrine de chaque nation particulière avec des caractères communs et des caractères particuliers correspondant au génie et à la tradition historique des différents peuples. » Le nationalisme italien, tout comme le nationalisme français, s’affirme donc résolument antinationalitaire et anti-libéral. Maurras disait que le nationalisme n’était pas le nationalitarisme, mais que c’en était même le contraire. Le fondateur du nationalisme italien fut l’écrivain Enrico Corradini. Corradini était né le 20 juillet 1865, à Samminiatello, près de Florence. Il avait donc trente ans lorsque la défaite d’Adoua vint briser les espoirs de l’Italie de participer sur une grande échelle aux conquêtes coloniales que l’Angleterre et la France menaient alors concurremment dans cette Afrique que les Italiens considéraient comme le prolongement historique et naturel de l’Empire romain. Or, un grave problème se posait à l’Italie : celui de l’émigration où se perdait tant de vigueur et de sang italien au bénéfice d’autres peuples. La situation se présentait tout autrement qu’en France où le nationalisme s’affirmait conservateur des richesses morales et matérielles de la Nation, mais n’avait pas – sauf l’Alsace- Lorraine – de revendications territoriales à faire valoir et pour lequel les conquêtes coloniales n’étaient pas un impératif dérivé d’un urgent besoin de résoudre la question démographique comme en Italie. Dès ses origines, le nationalisme italien réclame « l’autorité de l’État pour empêcher la désagrégation, et la guerre pour réassumer les fins historiques du Risorgimento et commencer une nouvelle phase de puissance et de prestige italiens dans le monde.2 » On va trouver chez Corradini et les premiers doctrinaires du nationalisme italien toutes les formules qu’on s’est habitué à considérer comme propres au fascisme et bon nombre des reproches qu’on a adressés à ce dernier se trompent d’adresse. Mussolini n’a pas été l’inventeur de l’aspect impérialiste du fascisme, il l’a hérité de Corradini. On voit, dès les premières années du XXe siècle, Corradini créer dans son oeuvre d’écrivain des personnages « de caractère dur et solitaire » en réaction au relâchement de son époque. Dans Giulio Cesare (1902), il exalte le génie et la force de l’homme et de Rome « en totale antithèse avec la vision démocratique positive, alors à la mode, de la formation de l’Empire ». Mais bien vite, il ne lui suffit plus de créer des personnages imaginaires, il songe à agir directement dans la politique italienne et fonde, en novembre 1903, une revue : Il Regno, annonçant en ces termes le but qu’il se propose : « Mes amis et moi avons un seul but : être une voix parmi toutes celles qui se plaignent et s’indignent de la lâcheté qui caractérise l’heure nationale présente... une voix parmi d’autres pour honnir ceux qui font tout pour être vaincus. Pour honnir la bourgeoisie italienne qui règne et gouverne. » Du mouvement intellectuel suscité par Corradini devait naître, au cours d’une réunion tenue au Palazzo Vecchio, à Florence, dans la salle des Duocento, le 3 décembre 1910, l’Associazione nazionalista Italiana. Elle allait rassembler des hommes qui avaient « concilié l’idée nationaliste et impérialiste et les principes du syndicalisme révolutionnaire3 ». On y trouve Luigi Federzoni qui s’était fait remarquer par ses campagnes irrédentistes dans le Trentin, Vincenzo Picordi, de la Rassegna contemporanea, Gualtiero Castellani, etc... Le 1er mars 1911, à la date, choisie volontairement, de l’anniversaire de la défaite d’Adoua, sortit le premier numéro de l’Idea Nazionale, hebdomadaire dont le comité de direction comprenait Corradini, Federzoni, F. Coppola, R. Forges- Davanzati et M. Maraviglia. On ne comprendrait rien à la fameuse apostrophe de Mussolini, au balcon du Palais de Venise, pendant la guerre d’Éthiopie : « Adoua est reconquise ! », si l’on n’y voyait la réponse à l’appel lancé presque un demi-siècle plus tôt par l’Idea Nazionale. Mussolini n’innovait rien, il accomplissait. ...

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