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Guieu Jimmy - Psiboy


Auteur : Guieu Jimmy (Guieu Henri-René)
Ouvrage : Psiboy L'enfant du cosmos (Les compagnons de la Licorne - I)
Année : 1996

Lien de téléchargement : Guieu_Jimmy_-_Psiboy.zip

19 mars 1985. Dans la campagne provençale, quelque part entre Valbonne et Antibes. A cette heure avancée de la nuit, le silence du bois d’Opio, au nord de Valbonne, n’était troublé que par le chant des grillons ou le hululement des chouettes. De temps à autre, en contrepoint, résonnait le cri sinistre d’un chat-huant. La pleine lune éclairait ce paysage de pins et d’oliviers, de boqueteaux et de garrigues si typique de la Provence, jadis chantée en couleurs éclatantes par Cézanne, Van Gogh et tant d’autres amoureux de ce coin de Paradis. Dans le ciel criblé d’étoiles scintillantes apparut un étrange cocon luminescent, dont l’éclat bleuté effleura le flanc des collines tandis qu’il poursuivait sa course rapide en direction du sud-est. Il ne s’agissait ni d’un bolide, ni d’une météorite, car ces corps célestes ne changent pas de cap, alors que l’objet en question, après un virage à angle droit, obliqua vers le sud — et le vallon de Font Martine. Puis, choisissant une aire sauvage et couverte d’herbe folle qui s’affaissa sous la pression de son champ de sustentation, il se posa, silencieux, derrière un bosquet touffu. Le choeur sur deux notes des grillons avait cessé, remplacé au loin par les aboiements paresseux de rares chiens, insomniaques ou réveillés un instant par la brillance exceptionnelle de ce visiteur cosmique inattendu. Chats-huants, grillons et chouettes s’étaient tus, comme si la nature elle-même semblait effrayée par l’arrivée impromptue de cet étrange objet venu des étoiles ! La chose réduisit sa luminosité, révélant sa véritable apparence : celle d’un ovoïde ne dépassant pas trois mètres de hauteur sur deux dans son plus grand diamètre, autour duquel une auréole se mit à onduler faiblement. Sur la plus haute branche d’un pin, un hibou battit des paupières tout en coulant un regard soupçonneux et réprobateur à sa voisine la chouette. En retour, celle-ci le toisa avec un haussement d’ailes, comme pour afficher son mépris à l’endroit d’une telle suspicion… Avait-on jamais vu, en effet, une chouette — célibataire, de surcroît — pondre un tel oeuf, mille fois plus brillant qu’une luciole ? Un grillon téméraire, ou distrait, fit entendre un timide solo accompagné par le prudent essai vocal d’une grenouille à demi immergée dans le ruisseau qui serpentait au fond du vallon. Le chat-huant, quant à lui, préféra éviter de signaler sa présence, au cas où ce gros « volatile » paré d’une clarté aussi vive que celle de la Lune n’aurait pas apprécié les barytons de son espèce ! Il songea qu’il avait bien fait de s’abstenir, car le « volatile » en question, émettant un plop sonore évoquant le bruit d’une bouteille de Champagne que l’on débouche, venait d’expulser une petite sphère de la taille d’un pamplemousse. Celle-ci, nimbée d’une fluorescence bleuâtre, entreprit de sillonner le bois, zigzaguant un moment entre les pins avant de prendre de la hauteur, comme pour admirer le paisible paysage de collines envahies par la garrigue, pendant que le gros ovoïde lumineux du vaisseau porteur s’estompait derrière une barrière d’invisibilité. La minuscule nef-robot poursuivit son vol d’exploration de cette planète nouvelle pour elle, survolant quelques fermes très espacées. Plus au sud-ouest se trouvaient les modestes agglomérations de Valbonne et de Mouans-Sartoux, à l’est desquelles s’étendait le grand Parc International d’Activités de Sophia Antipolis, technopole des sciences, des techniques et de la recherche avancée — formidable « gisement de matière grise » issue de tous les horizons de l’Europe de demain… La sphère bleutée négligea les zones urbanisées et les villages, pour se diriger vers une petite rivière nommée la Brague ; à deux cents mètres au nord du cours d’eau, au lieu-dit Le Béget, se dressait, isolée en pleine campagne, une superbe maison qui surplombait une grande piscine. Un péristyle et ses quatre colonnes, encadrant l’entrée principale, soutenaient la longue terrasse du premier étage, sur laquelle donnaient plusieurs fenêtres et portes-fenêtres. Trois marches permettaient d’accéder au porche du rez-de-chaussée, de part et d’autre duquel s’ouvraient de larges baies vitrées. Un peu en retrait, perpendiculaire à l’élégante construction et séparée de celle-ci par un enclos jouxtant les stalles où piaffaient des chevaux, se trouvait une ferme, avec sa basse-cour, sa remise, son poulailler, ses écuries et ses dépendances. La nef-robot descendait à présent vers la maison ; elle hésita au-dessus du porche, puis s’abaissa au niveau du perron sur lequel elle projetait une faible lueur. Dans le poulailler voisin, une poule rêveuse émit un bruit liquide ; le mystérieux appareil effectua un écart évoquant un sursaut et s’agita un instant devant les marches avant de décider de les gravir par bonds successifs. Arrivé en haut, il fit halte et sa luminosité vira progressivement du bleuâtre au jaune-orangé, par brèves pulsations dont chacune coïncidait avec l’abaissement par à-coups de la poignée. La sphère oscilla brièvement tel un pendule et s’immobilisa face à la porte qui, avec une lenteur inquiétante, s’ouvrit sans bruit sur un hall d’entrée. Dès cet instant, les prémices d’un formidable événement se mettaient en place, prémices dont les répercussions — ô combien fantastiques ! — ne se manifesteraient que des années plus tard… Reprenant sa coloration bleutée, la nef-robot franchit d’un bond rapide le seuil du logis, puis se remit à osciller en tout sens, comme pour se familiariser avec le décor. Exploratrice amie ou « mouchard » ennemi, elle examinait les lieux à l’aide de ses instruments de télémesures scientifiques, s’arrêtant notamment sur un panneau massif, doté d’une volumineuse poignée de métal que surmontait un double voyant rouge et vert. Elle opta finalement pour la porte vitrée, à gauche du hall, porte qu’elle ouvrit en modifiant à nouveau sa coloration, et pénétra dans un spacieux living pourvu d’une grande cheminée supportant une lampe rustique à abat-jour. Un étrange tableau décorait l’un des murs ; représentant le visage d’une jeune femme rousse aux immenses yeux verts, superposé en transparence sur un paysage féérique et irréel, cette toile fascinante portait la signature de Patricia Duvallois. Dans un angle, sur un socle, un vase en opaline exhibait sa silhouette élégante. Face à la cheminée, trois canapés encadraient une table basse en bois d’olivier, sur laquelle étaient éparpillées des revues consacrées à la musique. A gauche de l’âtre, un meuble abritait deux magnétoscopes et des rangées de vidéocassettes ; un téléviseur à grand écran était posé sur son plateau orientable. A l’opposé, près de l’entrée, un téléphone voisinait sur une tablette avec divers annuaires — dont celui du show-business — et un bloc-notes. La sphère traversa le living et franchit la large ouverture en arc de cercle qui le séparait d’un salon-bibliothèque moderne. Sur l’une des étagères, l’agrandissement photographique d’un jeune couple enlacé qui riait aux éclats, exprimant un bonheur radieux, était posé parmi les bibelots. Le petit engin, toujours nimbé d’une lueur azurée, vint se balancer devant cette image, émettant quelque chose qui ressemblait fort à un gémissement attendri. Puis, avisant un piano à queue, il virevolta et se remit à osciller lorsqu’il découvrit sur l’instrument un cadre contenant une grande photo ; l’homme du couple, en bras de chemise, y plaquait des accords sur un clavier blanc et noir, les lèvres collées à un micro argenté. La sphère exprima soudain une grande excitation, donnant l’impression qu’elle « trépignait » sur place, puis elle retourna devant le cliché posé sur l’étagère : l’homme qui riait en enlaçant la jeune femme blonde était indéniablement le même que celui qui chantait en s’accompagnant au piano. Reprenant sa visite des lieux, la nef-robot d’outre-espace voleta vers le hall et, cette fois, fit jouer la poignée de la lourde porte qu’elle avait négligée un instant auparavant. Celle-ci donnait sur un studio d’enregistrement équipé d’un matériel simple, mais de bonne qualité : un piano droit, un massif orgue électronique Hammond, un synthétiseur Moog au tableau de commandes chargé de boutons et de connexions, une console de mixage à huit voies et un magnétophone professionnel Revox aux larges bobines. Sous une grande table de travail supportant un photocopieur et des piles de papier, une pieuvre de fils diversement colorés s’échappait du « patch » de connexions qui reliait entre eux différents instruments de mesure, des amplificateurs, des baffles, des micros fixés à des perches chromées, des casques stéréophoniques — bref, tout ce que l’on est en droit de s’attendre à trouver en un tel lieu. Deux lithographies en quadrichromie, représentant chacune une vedette de la chanson, étaient punaisées sur les carrés de liège couvrant le mur de droite ; elles étaient dédicacées à Marc Duvallois — « un compositeur sympa et doué qui fera son chemin », comme le proclamait l’un des envois. Sur le pupitre du piano reposait une partition inachevée qui portait le titre de Mélodie bleue — slow, paroles et musique de Marc Duvallois. La sphère mystérieuse demeura un instant à la contempler puis, d’une voix métallique et monocorde, prononça quelques mots en une langue inconnue, sur le mode interrogatif ; seul le terme « musique » était reconnaissable dans cette succession de sons qu’une oreille humaine aurait sans doute trouvée du plus haut comique. La nef-robot flotta le long du piano droit, dont le couvercle s’ouvrit brusquement, émettant un bruit sec lorsqu’il heurta la paroi verticale. Manifestant des réactions étonnamment humaines, l’étrange lueur globulaire fit un saut en arrière avec un couinement de frayeur. Mais elle ne tarda pas à se rasséréner et se rapprocha doucement du clavier. Une touche s’enfonça, émettant une note qui fit sursauter la sphère, dont la lueur vira au jaune-orangé. S’enhardissant à nouveau, elle actionna une autre touche, située plus à gauche. Le do grave qui résonna alors parut affoler davantage l’intruse, qui commença à virevolter en tout sens dans le studio. Le photocopieur se mit en marche avec un ronronnement lorsqu’elle le survola, libérant des feuillets — orchestrations, arrangements musicaux — et découvrant alternativement la barre éblouissante du dispositif reprographique. Le mouvement d’éjection des copies s’accélérant, les flashes successifs ne tardèrent pas à créer un effet stroboscopique, si inattendu que le curieux engin venu des étoiles, cédant à la panique, commença à tournoyer en rasant les murs — ce qui eut pour effet malencontreux de décrocher les affiches dédicacées, qui tombèrent à terre. Désemparée, l’imprudente sphère cosmique regagna le living où elle bondit en tout sens, faisant voltiger le rideau qui masquait la baie vitrée, s’envoler les revues posées sur la table basse, et dangereusement osciller sur son piédestal le vase d’opaline ! Avec un couinement d’inquiétude, elle revint en toute hâte pour en rétablir l’équilibre, l’entourant d’un halo orangé… Autant de manoeuvres effectuées avec un bien singulier halètement de frayeur — qui redoubla lorsque l’apparition d’un bellâtre aux traits empâtés, sur l’écran du téléviseur, la fit à nouveau sursauter : — Et voici maintenant le célèbre professeur Kaïaté Houmpoko, auteur d’un livre extrêmement sérieux qui devrait faire date dans les annales du savoir humain. Cet ouvrage remarquable, honoré d’une préface du professeur Flavien Malaval-Darbaud, Président d’Honneur du Collectif Rationalo-Positiviste et Recteur de l’Université des Sciences de Montagnettes-les-Farigoule, porte le titre révélateur de L’ignorance recule et la Science avance : les extraterrestres n’existent pas… La nef-robot eut un tressaillement, accompagné d’un gémissement particulièrement outré, tandis que le docte rationaliste remplaçait le présentateur. Conscient de sa profonde intelligence, il regardait avec condescendance vers la caméra, sur le point de parler… Poussant un couinement de fureur, la sphère d’outre-espace prit la forme oblongue d’une poire à lavement et inclina son extrémité vers l’écran pour expulser un jet fluorescent. L’incroyable se produisit alors : copieusement arrosé d’un liquide vert, Malaval-Darbaud perdit soudain son sourire supérieur et, suffoquant, s’essuya le visage à l’aide d’un mouchoir tout en hurlant d’un air courroucé. L’écran vira brièvement au noir, puis le bellâtre aux traits mous intervint, bafouillant lamentablement des excuses desquelles il ressortait que « la ch-ch-chaîne était dé-dé-désolée de cet inci-ci-cident indé-dé-dépendant de sa vo-vo-volonté… ». Incapable de supporter plus longtemps cette pitoyable comédie, la sphère se transforma en un gourdin lumineux qui s’abattit sur le téléviseur. Celui-ci s’éteignit brutalement, sur l’image d’un présentateur aux yeux ronds qui portait la main à son crâne où une bosse commençait à pousser. Battant en retraite, la nef-robot frôla le téléphone, dont le combiné quitta la fourche et resta à se balancer au bout du fil, tandis qu’une voix nasillarde sortait de l’écouteur : — Le numéro de votre correspondant a changé… Veuillez consulter l’annuaire… Par suite d’encombrements, au troisième top, il sera approximativement minuit et cinq francs trente la minute… Nous ne pouvons donner suite à votre demande… Veuillez renouveler votre appel… Il n’y a plus d’abonné au numéro que vous n’avez pas demandé… La sphère tournoyait autour de l’appareil avec des petits cris plaintifs et incrédules, tandis que la voix continuait à délirer dans l’écouteur : — Veuillez consulter les pages jaunes, bleues, vertes, rouges, noires de l’annuaire de la SNCF, du Bottin mondain ou du catalogue des brocanteurs et antiquaires. Pour savoir le temps qu’il fera demain, demandez à votre concierge. Le point sur la circulation vous est offert par Air France et l’association professionnelle des marins-pêcheurs… Inutile de nous remercier ; nous sommes là pour vous renseigner… Effrayée et désemparée, la nef-robot voulut prendre la fuite — mais elle s’arrêta près de la porte, au-dessus d’un panier d’osier bien trop grand pour la minuscule boule de poils gris et fauve qui s’y blottissait. L’adorable chiot — un bearded collie — cligna des yeux, réveillé puis émerveillé par cette « baballe » bleutée, bien plus jolie que celle que ses maîtres s’obstinaient à lancer au fond du jardin pour qu’il la leur rapporte. (S’ils n’en voulaient plus, pourquoi ne la jetaient-ils pas une bonne fois pour toutes ?) Il leva sa truffe, observa la visiteuse qui descendait vers lui en virant progressivement au rosé. Avec des geignements attendris, elle effleura le petit chien qui remua la queue et lança quelques brefs jappements de joie. Croyant avoir affaire à une agression, l’entité polychrome fila en zigzaguant, tandis que le bearded collie sortait maladroitement de son panier et s’élançait à sa poursuite en cabriolant, escaladant tant bien que mal derrière elle l’escalier qui menait au premier étage. Ayant gravi les marches par bonds successifs, la sphère se balança un instant devant l’une des portes, passant du bleu au jaune-orangé ; le panneau s’ouvrit doucement, pour se refermer au nez du chiot une fois que l’intruse fut passée de l’autre côté. Dans un grand lit en bois, de style provençal, le couple visible sur la photo du salon dormait paisiblement. La nef-robot oscilla pendant que la jeune femme blonde, dont la respiration venait de s’accélérer, se tournait sur le dos ; le drap épousa la rondeur de son ventre de future maman. La sphère descendit lentement et glissa sur la dormeuse. Elle perdait peu à peu sa forme globulaire pour s’étaler sur l’abdomen rebondi, émettant une spirale de lueurs multicolores où dansait une multitude de paillettes dorées. L’étrange phénomène était accompagné de notes musicales cristallines et mélodieuses, qu’on eût dit engendrées par quelque harpe céleste. Commençant à réagir, la jeune femme remua faiblement la tête. Une crispation douloureuse la fit grimacer dans son sommeil et elle gémit ; la spirale de lueurs polychromes disparut, comme engloutie en elle ! Poussant un cri de souffrance, Patricia Duvallois porta les mains à son ventre et s’assit dans le lit, tandis que son époux, brusquement arraché au pays des songes, se redressait lui aussi, alarmé : — Ça ne va pas, ma chérie ? ...

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