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Hare F. - Lettre sur les difficultés de l'étude de l'écriture


Auteur : Hare F.
Ouvrage : Lettre sur les difficultés de l'étude de l'écriture
Année : 1998

Lien de téléchargement : Hare_F_-_Lettre_sur_les_difficultes_de_l_etude_de_l_ecriture.zip

Monsieur ! La surprise, avec laquelle vous reçûtes dernièrement l'avis que je pris la liberté de vous donner touchant l'étude de l'Écriture n'a rien d'étonnant pour moi. Qu'un ecclésiastique détourne ceux de son ordre d'une étude recommandable partout (par tant) de raisons et qui, au sentiment de tous les gens de bien, devrait faire leur occupation principale, cela, j'en conviens, a l'air d'un paradoxe fort étrange et très pernicieux. Rien ne ressemble mieux au papisme et aux ruses ecclésiastiques, et il est naturel aux âmes jeunes et tendres de tressaillir quand on leur en fait la première proposition, surtout lorsqu'elles sont intimement persuadées de l'excellence et de l'inspiration de l'Écriture, et qu'elles s'attachent avec ardeur à la poursuite de cette sorte de vérités qui tendent plus directement à l'avancement de la vertu et de la religion. Comme vous êtes de ce nombre et que la seule raison qui vous a fait prendre les ordres est de pouvoir étudier plus soigneusement l'Écriture et d'en augmenter la connaissance dans le monde, je ne m'attendais point de vous que vous dussiez entrer d'abord dans d'autres sentiments. Cette conduite, loin d'être blâmable, est à mon avis très digne de louange, étant une preuve assurée que ni l'affection pour un ancien ami, ni l'estime dont vous m'avez si souvent donné des marques vous a pu porter a vous rendre légèrement dans une affaire de telle conséquence. C'est encore un grand éloge pour vous que vous pouvez persister dans votre sentiment sans perdre la modération envers ceux qui sont d'un avis contraire, et sans faire voir de la répugnance à entendre ce qu'on vous peut opposer. Ces esprits se jettent pour la plupart dans des extrémités opposées. Ils sont ou trop volatiles pour être jamais fixés ou tellement fixés qu'aucune force d'argument ne peut les ébranler. Comme vous avez le bonheur de pouvoir vous attacher sans opiniâtreté et changer sans légèreté, je m'imagine que vous ne serez pas fâché que je reprenne le sujet, dont nous parlâmes dernièrement et que je vous représente de mon mieux les raisons qui semblent dissuader l'étude de l'Écriture, entreprise et poursuivie de telle manière que l'on ne se fie qu'à ses propres yeux. J'ose même espérer que, quand vous aurez examiné de sang froid ce sentiment, il ne vous ne paraîtra plus si étrange. Songez, en même temps, que ceci vient d'un homme qui est pour le moins autant l'ami de l'Église que le vôtre. Si les exemples peuvent être de quelque poids, je vous puis assurer que ce parti ne manque pas de prosélytes : et quand vous aurez acquis un peu plus de connaissance du monde que vous n'en avez jusqu'à présent, vous trouverez que l'on néglige cette étude à un point que vous ne sauriez croire. Ce ne sont pourtant pas les exemples qui vous doivent déterminer, mais les raisons. Commençons donc par celles-ci, et remarquons: I. En premier lieu, que l'étude de l'Écriture, je parle d'une étude parfaite, à laquelle vous aspirez, est extrêmement difficile et ne peut se poursuivre avec succès sans une application très forte et très constante, et sans avoir préalablement acquis des grandes connaissances dans plusieurs autres parties de l'érudition. Le Nouveau Testament ne peut s'entendre sans le Vieux ; les vérités révélées dans celui-là se fondent sur les prédictions contenues dans celui-ci : par conséquent, personne ne peut parfaitement entendre une partie de l'Écriture, à moins qu'on ne l'ait étudiée tout entière. On ne peut non plus négliger sans inconvénient les livres apocryphes, quelque peu de cas qu'on en fasse généralement, puisqu'il y a un grand vide de cinq cents années pour le moins entre le dernier des prophètes et le commencement de l'Évangile, période dont la connaissance, quelque négligée qu'elle soit, est de la dernière importance pour bien entendre le Nouveau Testament. Or, si vous voulez bien étudier le Vieux Testament, il vous faut absolument une bonne connaissance des langues orientales. Tout homme qui a la moindre teinture des lettres ne peut ignorer qu'il n'y a point de traductions des anciens livres sur laquelle on puisse se reposer entièrement. Les fautes y sont nombreuses et souvent de la dernière conséquence, particulièrement lorsque ces traductions sont faites sur des originaux écrits dans des langages peu entendus et dans un style rempli de figures pour la plupart inconnues à cette partie de la terre que nous habitons. Mais quand ces difficultés ne seraient point si grandes que nous les faisons, est-ce donc chose si facile d'acquérir, outre la connaissance du grec et du latin, celle de tant d'autres langues ? Ces deux langues seules ne donnent-elles pas assez d'ouvrage à la plupart des savants ? Combien de peine faut il donc qu'un homme se donne, quand, outre celles-ci, il faut qu'il apprenne encore tant d'autres. Quand il pourrait se passer de la connaissance du Vieux Testament, permettez-moi de vous dire que le langage du Nouveau Testament même ne peut s'entendre si aisément que l'on pense. Il est vrai qu'on l'apprend dans l'école, et par là on s'imagine que c'est le grec le plus facile que l'on saurait lire. Mais ceux qui l'étudient d'une autre manière que celle des écoliers en pensent tout autrement. Pour ne rien dire des difficultés qui sont particulières au style de saint Paul, dont les Épîtres font une grande partie du Nouveau Testament. C'est sûr que Platon et Démosthène sont à plusieurs égards beaucoup moins difficiles que les livres du Nouveau Testament les plus aisés. Il est vrai que dans les livres historiques le style est simple et uni, mais, malgré tout cela, ces pièces mêmes ne laissent pas d'avoir leurs difficultés. Le tout est écrit dans un langage qui a été particulier aux Juifs ; quoique les mots soient grecs, le tout est hébreux ou syriaque, ce qui fait que l'on ne peut se passer d'une connaissance médiocre de ces langues. ...

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