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Khaldoun Ibn - Les Prolégomènes Tome 2


Auteur : Khaldoun Ibn (Abou Zeid Abd ur-Rahman Bin Mohamad Bin Khaldoun al-Hadrami)
Ouvrage : Les Prolégomènes Tome 2
Année : 1863

Lien de téléchargement : Khaldoun_Ibn_-_Les_Prolegomenes_Tome_2.zip

Troisième section. (suite). Sur les dignités et les titres qui sont spéciaux à un gouvernement royal ou sultanat. Un sultan, par lui-même, est un faible individu chargé d’un lourd fardeau ; aussi doit-il nécessairement se faire aider par d’autres hommes. Il avait déjà eu besoin de leur concours quand il était obligé de se procurer les moyens de subsistance et de pourvoir aux autres besoins de la vie ; jugez donc combien ce concours lui est indispensable quand il entreprend de diriger les êtres de son espèce. Celui que Dieu a choisi pour gouverner ses créatures et ses serviteurs s’oblige à défendre ses sujets contre leurs ennemis, à repousser loin d’eux les dangers qui peuvent les menacer, et à mettre à exécution des lois coercitives afin d’empêcher les uns d’attaquer les autres. Il doit protéger leurs biens, pourvoir à la sûreté des voyageurs et diriger les hommes vers ce qui leur est avantageux. Comme ils sont obligés de se procurer la subsistance, et de faire des affaires les uns avec les autres, il doit inspecter les comestibles, vérifier les 2 poids et les mesures, afin d’empêcher la fraude, et veiller au titre des monnaies usitées dans le commerce, pour qu’elles n’éprouvent pas d’altération. Il doit encore gouverner ses sujets de manière à les rendre soumis, résignés à sa volonté et contents de lui laisser toute l’autorité. Celui qui se charge d’un tel fardeau s’impose des peines sans nombre, parce qu’il est obligé de dompter les coeurs. Un philosophe très distingué a dit : « J’aurais moins de peine à faire changer une montagne de place qu’à dompter les coeurs des hommes ». Si le sultan se fait assister par un de ses parents, ou un de ceux avec lesquels il a été élevé, ou par un des anciens clients de sa famille, l’appui d’un tel homme est toujours efficace, à cause de la conformité de ses sentiments avec ceux du prince. Dieu lui-même a dit : « Donne-moi un vizir de ma famille ; (que ce soit) mon frère Aaron ; fortifie mes reins par son appui et associe-le à moi dans mon entreprise ». Quand un sultan prend un ministre, c’est afin que cet officier l’aide au moyen de l’épée, ou de la plume, ou de ses conseils et de ses lumières ; ou bien c’est pour empêcher le public de pénétrer chez lui et de le détourner d’occupations sérieuses ; ou bien encore c’est pour lui remettre l’administration entière de l’État, tant il apprécie l’habileté de cet homme et tant il désire avoir une personne sur laquelle il puisse se décharger de tout le poids des affaires. Aussi voyons-nous ces fonctions tantôt réunies entre les mains d’un seul homme et tantôt partagées entre plusieurs. Quelquefois les fonctions de chaque espèce se partagent entre plusieurs individus : celles de la plume se distribuent entre le rédacteur de la correspondance, celui qui dresse les diplômes et les titres de concessions, et le chef de la comptabilité, lequel a dans ses attributions les impôts, les traitements et le bureau (de la solde) des troupes. Il en est de même de l’épée dont les fonctions peuvent se répartir entre le général en chef, le chef de la police judiciaire, le directeur de la poste aux chevaux et les généraux préposés à la garde des frontières. Chez les peuples musulmans, les emplois qui dépendent du sultanat rentrent dans la classe de ceux qui se rattachent au khalifat, *3 dont l’autorité s’étend également sur le spirituel et le temporel. La loi religieuse domine ces offices dans toutes leurs attributions, parce qu’elle s’applique à toutes les actions de l’homme. C’est donc aux légistes d’examiner la nature de l’office de roi ou de sultan, et de préciser les conditions sous lesquelles peut se faire l’investiture d’un individu qui se charge du pouvoir suprême, soit en l’enlevant au khalife, comme font les sultans, soit en l’obtenant par délégation, comme font les vizirs. Plus loin, nous reviendrons là-dessus. Le jurisconsulte fixe 3 les limites (que le sultan ne saurait dépasser) dans l’application de la loi et dans l’emploi des deniers publics ; il spécifie aussi les autres fonctions gouvernementales que le sultan peut exercer avec une autorité, soit absolue, soit restreinte. Il désigne les actes qui doivent entraîner la déposition (d’un souverain), et il s’occupe de tout ce qui concerne l’office de roi ou de sultan. A lui appartient aussi d’examiner sous quelles conditions on peut remplir les charges qui dépendent du sultanat ou de la royauté, telles que le vizirat, la perception de l’impôt et les commandements militaires. Tout cela est du ressort des jurisconsultes, ainsi que nous venons de le dire ; car l’Autorité du khalife, étant de droit divin chez les musulmans, prédomine sur celle du roi et du sultan. ...

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