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Lacombe Pascal - Le breuvage sacre des chamans d'Amazonie L'Ayahuasca


Auteur : Lacombe Pascal
Ouvrage : Le breuvage sacre des chamans d'Amazonie L'Ayahuasca Un apprentissage d'une pratique chamanique en Amazonie
Année : 2000

Lien de téléchargement : Lacombe_Pascal_-_Le_breuvage_sacre_des_chamans_d_Amazonie_L_Ayahuasca.zip

L'ayahuasca est au coeur de ce récit, ce nom reviendra donc fréquemment. Mais de quoi s'agit-il ? Yagé en Colombie, natem chez les Aschuars et Jivaros d'Equateur, ayahuasca au Pérou, caapi au Brésil, etc... Les dénominations sont nombreuses parmi la quarantaine de cultures de la grande forêt à utiliser cette potion. En langue quechua, ayahuasca peut se traduire par : liane de la mort ou liane de l'âme. Peut-être parce que, selon une tradition, cette liane (huasca) est née du corps défunt d'un Inca mythique, l'Aya? Peut-être aussi car son absorption peut faire ressentir au sujet la sensation de mort pendant l'extase ? Franchissant l'étape effrayante et universelle de la mort et du démembrement, le chaman a dû un jour supporter sa mort virtuelle pour accéder à un nouveau niveau de connaissance. L'ayahuasca se boit. Il s'agit d'un mélange obtenu par la décoction de plusieurs plantes, et qui porte le nom de l'une d'entre elles, une liane parmi les nombreuses autres lianes de la forêt tropicale : le banisteriopsis caapi (famille des Malpighiacées). Elle contient de nombreux alcaloïdes puissants dont : harmine, harmaline, et d-tetrahydroharmine. Plusieurs variétés peuvent être utilisées : l'ayahuasca « ciel », «noire », «jaune » ou «tigre », selon le but recherché. L'endroit où elle est collectée ainsi que la partie choisie, ont également une incidence sur la qualité de la préparation. La liane est combinée pendant la cuisson avec une autre plante contenant du dimethyltryptamirte (DMn. Le plus souvent, il s'agit d'un petit arbuste appelé chacruna dont on utilisera les feuilles, (Psychotria viridis, un Rubiacée), ou de la Huambisa, (Diploptrys Cabrerana, un autre Malpighiacée). Pour la chacruna aussi, plusieurs variétés existent. L'harmine et l'harmaline contenues dans la liane inhibent l'action des enzymes de monoaminoxydase de l'estomac. Le dimethyltriptamine n'étant alors pas métabolisé, il n'y a plus d'obstacle à son passage dans le sang, et les alcaloïdes peuvent atteindre les cellules neuronales et se fixer aux neurotransmetteurs de sérotonine. Les lianes d'ayahuasca ou les chacrunas ingérées seules n'ayant pas d'effet psychotropique, leur combinaison est nécessaire. L'ingestion d'ayahuasca induit des états modifiés de conscience que les maîtres ayahuasqueros ont appris à maîtriser. Chaque chaman a ses recettes personnelles pour préparer l'ayahuasca et de nombreuses autres plantes peuvent entrer dans sa composition, à des concentrations variées. Les natifs l'appellent souvent la purge, le remède ou la médecine. Elle est utilisée pour soigner, pour communiquer avec les esprits, pour le voyage de l'âme, la télépathie, les visions, la divination, la révélation de chants, lors de cérémonies ritualisées. L'ayahuasca ne provoque aucun type d'accoutumance et elle est même utilisée avec succès comme base dans des cures de désintoxication. La concentration des puissants alcaloïdes contenus dans l'ayahuasca oblige à prendre de grandes précautions avant, pendant et après son absorption. Aussi, ce qui peut de prime abord ressembler à de confus « tabous » autour de l'ayahuasca, se révèle en fait être le fruit d'une profonde et sage connaissance de la plante, de ses effets, de ses contre-indications, et des mélanges à éviter afin qu'elle puisse être utilisée en sécurité et avec des résultats bénéfiques pour le patient. De très nombreuses autres plantes (à effets psychotropiques ou non) sont utilisées en Amazonie. Si l'ayahuasca est souvent la plante «maîtresse» d'un guérisseur, tous les bons chamans ont une connaissance intime de nombreuses autres substances qu'ils ont absorbées de façon rituelle et stricte lors de longues « diètes chamaniques », s'en faisant des alliées puissantes qui contribuent grandement à l'exercice de leur art. Certains hommes se sont spécialisés dans l'une d'entre-elles par affinité personnelle (ils disent alors que telle ou telle plante les a choisis). On rencontre ainsi des ajosacheros (spécialistes de l'ajo-sacha), des datureros (qui utilisent la redoutable datura), des paleros (maîtrisant les «esprits» de certains arbres), etc... Pour ma part, lorsque pour la première fois j'ai absorbé l'ayahuasca, j'ai su immédiatement que j'aurais à croiser son chemin en de nombreuses occasions ultérieures. Les ayahuasqueros que j 'ai fréquentés sont des indiens métissés culturellement. Ils ne sont pas ce qu'un anthropologue appellerait de purs chamans (ils se définissent d'ailleurs rarement comme tels, préférant les termes de curandero,vegetalista, ayahuasquero, ou pajé) dans la mesure où, ne vivant plus dans des communautés indiennes traditionnelles et isolées, ils ont abandonné certains aspects de la charge du chaman tels que la guerre et la chasse par exemple. Ils sont dorénavant plus orientés vers le rôle de guérisseurs, cherchant à élargir leurs connaissances des plantes médicinales et magiques. Je pense que certains sont encore de grands maîtres de l'extase. Leur vision de la vie et de l'univers, bien que très éloignée de la conception occidentale, est d'une très grande cohérence, pourvue, de surcroît, de rigueur et de poésie. Dans ce cadre, l'homme, par l'apprentissage et la connaissance, évolue en acteur dans des sphères de l'univers où sa pauvre condition devrait, selon notre conception, le cantonner à l'état d'objet. Des recherches archéologiques prouvent que les hommes utilisent l'ayahuasca depuis plus de trois mille ans dans le bassin amazonien. C'est l'une des magnifiques découvertes des indiens qui, parmi les centaines de milliers de plantes de leur biotope, ont su sélectionner, extraire, mélanger des éléments pour préparer des mixtures complexes et redoutablement efficaces. Les millions de combinaisons possibles de parties de plantes (graines, racines, écorces, feuilles, etc... ), leur dosage, préparation (cru, bouilli, fumé, etc... ), associé aux diverses façons de les utiliser, par absorption, inhalation ou contact cutané, permettent de se poser de solides questions sur l'empirisme de leurs découvertes. Le tâtonnement par expérimentation de hasard n'est pas réaliste. Les Indiens affirment que ce sont les plantes elles-mêmes qui enseignent aux hommes la façon de les utiliser. Vaste sujet qui, si l'on se range du côté des natifs de la forêt, fait pénétrer d'emblée dans l'univers chamanique... Les pages qui suivent, sont le récit du voyage que j'ai entrepris dans ce monde inconnu, et n'ont aucune prétention de caractère anthropologique ou scientifique. Ce document est la simple chronique de différents séjours effectués auprès d'ayahuasqueros péruviens. ...

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