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Mesrine Jacques - L'instinct de mort


Auteur : Mesrine Jacques
Ouvrage : L'instinct de mort
Année : 1977

Lien de téléchargement : Mesrine_Jacques_-_L_instinct_de_mort.zip

Paris, le 16 décembre 1975. Maison d'arrêt de la Santé. La nuit vient d'étendre son voile sur les souffrances du monde carcéral. Il fait froid, c'est l'hiver. Les lumières se sont éteintes. L'ombre des barreaux se reflète sur les murs délavés des cellules comme pour y emprisonner la seule évasion que représente le rêve. Chaque cellule dans sa noirceur renferme une histoire, un drame, une douleur, un homme et sa solitude, que la nuit apaisera ou rendra encore plus pesante. Tino, le petit escroc, entame sa dernière nuit en se jurant de ne plus revenir. Demain il sera libre, du moins le croit-il ! Le maton du greffe lui dira ironiquement: «A la prochaine!» Il l'a déjà vu revenir six fois. C'est un habitué ; comme tant d'autres que l'on rejette à la rue, sans travail, sans fric, sans domicile, sans espoir de pouvoir s'en sortir un jour et qui n'ont pour tout avenir que la prison à vie payée par mensualités. Les murs épais de sa cellule ne lui permettent pas d'entendre les sanglots et les insultes que gueule son voisin. «Salope..., maudite salope!» Une photo de femme gît sur le sol. La lettre qu'il a reçue ce soir lui a appris que sa môme le plaquait. Hier encore, dans une précédente lettre, elle lui parlait d'amour. Il l'a comparée avec son certificat de cocufiage et dégueule sa rancoeur. Les lumières se sont éteintes sur cette constatation. Peut-être souffre-t-il vraiment dans son amour trahi, sinon son orgueil. Un cocu libre, ça peut faire sourire; un cocu encagé, c'est toujours dramatique. Il peut pleurer, personne ne le regarde ; peut-être pleure-t-il sur lui-même. «Après ce que j'ai fait pour elle, me faire ça à moi..., la salope!» Il sait qu'il est de mauvaise foi. Sa femme, il l'a aimée entre deux casses minables. A chaque cuite il l'a caressée à coups de savate pour lui faire voir qu'il était un dur! Il l'a entretenue des promesses de ses richesses futures et illusoires. Deux fois elle l'a attendu, espérant le voir changer. Puis, usée par des parloirs sans vie, elle lui a écrit qu'elle n'en pouvait plus; cette fois, elle a rencontré un brave type et veut refaire sa vie. Demain, il s'inventera une histoire pour les copains de la promenade. Il se donnera le beau rôle, il jouera les hommes. En attendant, il chiale comme un môme. Les murs sont habitués à ce genre de confidences. Ils sont les buvards de presque un siècle de souffrances. La cellule voisine renferme un beau mec. Claude. Un braqueur. Six ans qu'il attend ses procès. Il a tenté plusieurs évasions sans succès ; on ne s'évade pas de la Santé, il a voulu le vérifier. Il ne dort pas encore. Comme chaque soir, il revit une partie de ses affaires, prépare sa défense. Il se fait avocat, sourit au bon mot qu'il a l'intention de dire pour répliquer à la réflexion que le procureur ne manquera pas de lui faire. Il a toujours volé ; c'est un professionnel. Sa femme l'a quitté lui aussi depuis trois ans; sans vacherie..., à la régulière. On n'attend pas son mec vingt ans. Il l'a compris et lui a rendu sa liberté pour garder intacts ses souvenirs. Adieu et bonne chance..., rien de plus. Son voisin de cellule se masturbe. Ce soir, il s'envoie toutes les cover-girls qu'il a contemplées dans Play-boy avant l'extinction des lumières. Sa queue, c'est sa raison sociale. Il est julot ; le pain de la cuisse, c'est son rayon. Il a trois femmes au tapin. L'amour, connaît pas. Les trois espèrent finir installées dans le bar qu'il leur a promis en fin de carrière. Il y a de grandes chances pour que du jour où elles ne seront plus consommables il les largue. Ses promesses sont comme ses idées sur l'amour. Son seul coup de foudre a été pour Molière le jour où, tout émerveillé, il l'a vu imprimé sur les billets de cinquante sacs. Pour l'instant, ses cinq doigts, comme cinq maîtresses, lui arrachent un gloussement de plaisir. Sur la porte d'à côté, une pancarte : Attention, suicide possible. A surveiller. Un camé. Il a dix-neuf ans. Comme seule cure de désintoxication, le juge d'instruction lui a offert une cellule de huit mètres carrés. Loin de ses paradis artificiels, il vit un cauchemar. Il a déjà tenté de se pendre ; le manque de came ; le manque d'amour et de compréhension. Un camé, c'est un enfant qui gueule au secours ; on ne met pas les enfants en taule, ils ne comprendraient pas pourquoi. Cette fois, il ne s'est pas raté. Son corps, dans un dernier sursaut, dit adieu à la mangeuse d'hommes. Le julot vient de s'envoyer en l'air, à côté de lui l'autre crève. Ils ont peut-être joui en même temps, à la seule différence que la mort est une maîtresse fidèle qui ne quitte pas ses amants. Dans peu de temps, à la ronde de minuit, le maton va pousser un «merde réprobateur» puis courir avertir ses chefs. Il n'a pas la clef des cellules pendant la nuit, pour la sécurité. Combien de minutes seront perdues ? Cette fois, c'est trop tard, comme tant d'autres fois. La sécurité passe avant la vie d'un détenu. Mais peut-on empêcher un homme de se tuer? Non. Alors le règlement restera le même. Demain, la cellule sera vide, impersonnelle, nulle trace du drame de la nuit. Elle aura recraché le petit camé. La prison tue les faibles et, même si elle ne les détruit pas tous, elle les marque de son empreinte pour toujours. La Santé s'endort. Dans d'autres cellules, des hommes espèrent, pleurent, s'en foutent, ronflent, regrettent, se branlent, rêvent, survivent faute de vivre. Quartier de haute sécurité. Une prison dans la prison. Un seul détenu vit dans la cellule 7. Il est isolé des autres pour des raisons de sécurité. Le corps au chaud sous ses couvertures, l'homme est couché sur le dos, les mains derrière la tête. Il regarde fixement le plafond. Il aime la nuit. Lui n'espère plus rien. Il a trente-neuf ans et attend la prison à vie sinon la mort. Fataliste ou bon joueur, il sait qu'il le mérite et s'en fout. Lui aussi a commis son premier larcin ; mais, d'escalade en escalade, il a gravi le chemin du crime. Il a choisi de vivre hors la loi par bravade, par goût du risque ou du fric ; peut-être pour d'autres motifs qu'il cache secrètement dans le fond de son coeur. Certains hommes entrent dans le monde interlope comme on entre dans les ordres, tout simplement par vocation. Le crime est aussi le refuge des inadaptés ; c'est la solution facile et momentanée pour résoudre certains problèmes. Lors de son premier casse, il ne s'imaginait pas que seize ans plus tard on le qualifierait d'« ennemi public numéro un ». Son dossier criminel est un roman noir où les scènes burlesques, le sang, la violence, les cavales et l'amitié font bon ménage. Accusé de trois meurtres, de hold-up, de tentatives de meurtre sur les policiers, de trois évasions, cet homme est dangereux. Mais derrière tout cela il y a les raisons qui ont fait de cet homme un kamikaze du crime ; il y a ses faiblesses, ses amours et ses regrets. Il se souvient des paroles qu'un vieux truand de ses amis lui disait. «Laisse tomber, petit, j'ai gâché ma vie. Ne fais pas comme moi. » II avait souri devant les conseils de ce cheval de retour qui totalisait plus de vingt ans de prison. «On ne me prendra pas car je m'arrêterai dès que j'aurai assez de fric pour réinstaller un commerce. » Mais voler devient une drogue. On ne yole pas seulement par goût du fric ; on vole pour le plaisir du risque que cela représente. On se sent en dehors des autres ; on vit une autre vie que les autres. Jusqu'au jour où l'on tire sa première balle sur l'obstacle ou tout simplement pour régler ses comptes. Là, on saute le pas et nul retour n'est possible. L'homme couché le sait mieux que quiconque. Il a voulu sa vie, il a choisi délibérément de franchir le pas pour s'obliger à ne plus reculer. Il a voulu ne plus avoir rien à perdre en sachant que cette situation l'obligerait à avoir tout à gagner. Sa liberté, il s'en foutait, il l'a jouée, perdue, rejouée et reperdue. Il s'est suicidé socialement, non par mépris de la société, mais parce qu'un jour il a regardé autour de lui, pris une arme dans sa main et a cru à tort que c'était la solution de son problème. Aujourd'hui, étendu sur son lit, il ne regrette rien. Par orgueil ou par inconscience?... Sûrement les deux. Il ne se cherche aucune excuse. Il préfère faire face à son destin en acceptant d'en payer le prix. ...

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