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Platon - Critias


Auteur : Platon
Ouvrage : Critias ou Atlantique
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Notice sur le « Critias ». Le Critias reprend, pour le compléter, le récit ébauché dans le Timée, de la guerre soutenue par les Athéniens contre les rois de l’Atlantide. Critias commence par réclamer l’indulgence comme Timée l’avait fait avant lui. Il prétend même y avoir plus de droit que Timée ; car Timée avait à parler des choses divines, que nous ignorons, et la vraisemblance suffit aux auditeurs en de telles matières, tandis que lui va parler des choses humaines, et ici chacun se croit compétent et se montre un juge rigoureux. Pour s’intéresser à la guerre, il est indispensable de connaître les antagonistes et de décrire les forces et le gouvernement des uns et des autres. Critias commence par les gens de son pays, les Athéniens. Quand les dieux se partagèrent le monde, Athèna et Hèphaistos reçurent en commun le lot de l’Attique. Ils y firent naître des gens de bien et leur enseignèrent l’organisation politique. Les noms de ces hommes se sont conservés, mais le souvenir de leurs actions a péri à la suite de déluges qui n’ont laissé subsister chaque fois que des montagnards illettrés. Le pays était alors habité par trois classes de citoyens : les artisans, les agriculteurs et les guerriers, qui habitaient à part, vivaient en commun, sans rien posséder en propre et n’exigeaient des citoyens qu’ils protégeaient que le strict nécessaire. Le territoire était plus étendu qu’aujourd’hui : il allait jusqu’à l’Isthme et comprenait la Mégaride, et il s’étendait au nord jusqu’au fleuve Asopos. La qualité du sol y était sans égale et pouvait nourrir une nombreuse armée. Depuis lors, les inondations ont dénudé le pays. Il était, en ce temps-là, couvert d’une terre grasse et fertile ; les montagnes étaient revêtues de forêts, et le sol gardait les pluies, qui alimentaient des sources et des rivières. Quant à la ville, l’aspect en a été modifié par des tremblements de terre et des pluies extraordinaires, qui ont dilué et entraîné le sol. L’acropole s’étendait du Pnyx au Lycabette, formant un plateau revêtu de terre végétale. Sur ses pentes habitaient les artisans et les laboureurs, et, sur le sommet, les guerriers qui y vivaient en commun. Les guerriers administraient le pays avec justice, et ils étaient renommés pour leur beauté et leur vertu dans le monde entier. Avant d’aborder le sujet de l’Atlantide, Critias prévient ses auditeurs que les noms des barbares qui l’habitaient ont été traduits d’abord par les Égyptiens dans leur langue, et que Solon les a traduits de même en langue grecque. Dans le partage du monde, Poséidon avait obtenu l’Atlantide, île immense située au-delà des colonnes d’Hèraclès. Il y installa cinq couples de fils jumeaux qu’il avait eus de Clito, la fille du roi du pays. Ce roi habitait une montagne située au milieu d’une vaste plaine. Poséidon la fortifia en creusant autour trois enceintes circulaires concentriques, deux de terre et trois de mer, et fit jaillir au milieu de l’île deux sources abondantes, l’une d’eau froide et l’autre d’eau chaude. Il divisa le pays en dix lots en faveur de ses dix fils. L’aîné, Atlas, eut la souveraineté sur les autres, et le lot le plus beau, avec la demeure de sa mère, au centre de l’île. Cette île était d’une extrême richesse ; l’on en extrayait des métaux de toute sorte ; elle nourrissait toutes sortes d’animaux, en particulier des éléphants, et des arbres fruitiers de toute espèce. Les habitants complétèrent l’oeuvre du dieu de la mer, ils jetèrent des ponts sur les enceintes d’eau de mer pour ménager un passage vers le dehors et vers le palais royal, dont l’émulation des rois fit une merveille de grandeur et de beauté, ils creusèrent, de la mer à l’enceinte extérieure, un fossé propre à livrer passage aux plus grands navires, et à travers les enceintes de terre des tranchées assez larges pour permettre à une trière d’y passer. Ils recouvrirent ces tranchées de toits pour qu’on pût y naviguer à couvert, ils revêtirent d’un mur de pierre le pourtour de l’île où habitait le roi et transformèrent les carrières d’où ils avaient extrait les pierres en bassins souterrains pour les vaisseaux. Sur l’acropole, se dressait un temple immense, consacré à Poséidon et à Clito. Ce temple était revêtu d’or et rempli de statues de toute sorte. Autour des sources que Poséidon avait fait jaillir, on avait construit pour les bains des bassins à ciel ouvert pour l’été, et d’autres couverts pour l’hiver. Dans les diverses enceintes on avait ménagé des temples, des jardins, des gymnases, un hippodrome, des casernes pour la garde du prince. Les arsenaux maritimes étaient pleins de trières. Un mur circulaire, distant de cinq stades de la plus grande enceinte et de son port, était couvert d’habitations pressées les unes contre les autres, et le canal et le plus grand port étaient remplis de navires venus de toutes les parties du monde. Quant au pays lui-même, les rivages en étaient fort élevés et à pic sur la mer. Tout autour de la ville s’étendait une plaine encerclée de montagnes richement peuplées. Autour de cette plaine on avait creusé un fossé d’une longueur de 10 000 stades (1776 kilomètres). Des tranchées la coupaient en ligne droite et se déchargeaient dans ce fossé. Elles servaient au flottage du bois qu’on descendait de la montagne et au transport des marchandises venues du dehors ou du pays même, où se faisaient annuellement deux récoltes. En ce qui regarde l’organisation militaire, chaque district – il y en avait 60 000 – fournissait un chef et le chef à son tour fournissait des soldats de toutes armes et des marins pour une flotte qui devait compter 1200 trières. Quant à l’organisation politique, en voici les principaux traits. Chacun des dix princes était maître absolu dans ses États. Ils s’assemblaient tous les dix tous les cinq ou six ans dans le temple de Poséidon pour délibérer sur les affaires communes et juger ceux d’entre eux qui auraient violé les lois de Poséidon. Ils égorgeaient d’abord un taureau, et ils en faisaient couler le sang sur la colonne où étaient gravées les lois ; puis remplissaient de vin un cratère où ils jetaient un caillot de sang au nom de chacun d’eux, et ils s’engageaient à obéir en tout point aux ordres de Poséidon en buvant une coupe puisée au cratère, coupe qu’ils consacraient dans le temple. La nuit venue et tous feux éteints dans le temple, chacun des princes, vêtu d’une robe d’un bleu sombre, s’asseyait dans les cendres du sacrifice pour juger ou être jugé. Au retour du jour, ils inscrivaient sur une table d’or les jugements rendus pendant la nuit. Chacun d’eux s’engageait à prêter main-forte aux autres, s’il était attaqué, à délibérer en commun et à reconnaître l’hégémonie des descendants d’Atlas. Le roi cependant ne pouvait faire mettre à mort aucun d’eux, s’il n’avait en sa faveur plus de la moitié des voix. Pendant de nombreuses générations, les rois de l’Atlantide obéirent aux lois. Attentifs à la seule vertu, ils supportaient aisément le fardeau de la richesse et de la puissance. Mais quand la portion divine qui était en eux s’altéra par son alliage avec la partie mortelle, ils oublièrent les prescriptions de Poséidon et cédèrent à l’ambition et à l’orgueil. Pour les ramener à la modération et à la vertu, Zeus résolut de les châtier. À cet effet, il réunit les dieux et leur dit : Le manuscrit de Platon finit sur ces mots, et cette guerre fameuse que Critias devait raconter en détail et qui devait être l’essentiel de l’ouvrage, ne nous est connue que par ce qui en est dit dans le Timée, à savoir que les Athéniens, réduits à leurs seules forces, repoussèrent les rois de l’Atlantide, mais que leur armée périt avec eux dans le cataclysme qui engloutit l’île entière. Qu’est-ce qui empêcha Platon de terminer son ouvrage ? L’antiquité ne nous en a rien dit. Trouva-t-il la tâche au-dessus de ses forces ? Mourut-il avant de pouvoir la mener à bonne fin, ou se désintéressa-t-il de son sujet pour composer les Lois ? Son but avait été de justifier les utopies de la République, en montrant qu’elles s’étaient déjà réalisées neuf mille ans auparavant chez les Athéniens vainqueurs des Atlantes, et de prouver qu’une petite république bien policée et vertueuse est supérieure, même à la guerre, à un grand État despotique où l’orgueil et l’ambition ont aboli la justice. Il a rempli la première partie de cette tâche. S’il a renoncé à la seconde, c’est peut-être qu’il appréhendait de trouver peu de créance chez ses lecteurs, en exposant une guerre purement imaginaire, alors qu’il pouvait arriver au même but en racontant une guerre authentique, qui intéresserait bien autrement les Athéniens, puisqu’ils en étaient les héros, la guerre où leur patriotisme et leur courage avaient triomphé d’un immense empire, assimilable à celui de l’Atlantide, l’empire des rois de Perse. Et ce récit, il l’a fait avec une admirable éloquence dans le troisième livre des Lois, où il a exalté la victoire des Athéniens. Tel qu’il nous est parvenu, et tout incomplet qu’il est, le Critias n’en est pas moins un ouvrage très intéressant, sinon par la nouveauté des pensées et la hauteur des spéculations philosophiques, au moins par les descriptions originales et brillantes qui en sont l’essentiel. Platon a le don de rendre ses contes vraisemblables par la précision des détails empruntés à la réalité qu’il a observée autour de lui. C’est en se fondant sur les cataclysmes arrivés de son temps, tremblements de terre, fractures du sol, raz de marée, qu’il explique la transformation de l’acropole, autrefois unie au Pnyx et au Lycabette, maintenant séparée de ces deux collines et dénudée de sa terre végétale. C’est parce qu’il a vu les montagnes se déboiser peu à peu qu’il les suppose jadis couvertes de forêts et alimentant des sources abondantes. S’il attribue ces transformations à des cataclysmes brusques, au lieu d’y reconnaître l’action lente des forces naturelles ou la main de l’homme, c’est que les observations géologiques en sont encore à leur début et les sciences naturelles en enfance. Quant aux constructions colossales que les habitants de l’Atlantide avaient faites dans leur île, à ses canaux, à ses ports, à ses arsenaux, Platon s’est inspiré pour les dépeindre de ce qu’il avait appris de l’immense empire des Perses, des travaux exécutés en Sicile par Denys l’Ancien, ou dans les ports du Pirée et de Munychie par le fameux architecte Hippodamos de Milet. En ce qui concerne les sacrifices extraordinaires que font les dix rois de l’Atlantide, il se peut que l’imagination de Platon se soit donné libre carrière ; il se peut aussi qu’il en ait emprunté certains détails aux rites bizarres observés dans les diverses religions de la Grèce, de la Perse et de l’Égypte. En tout cas, il a réussi à tracer un tableau original et grandiose de toutes les merveilles réalisées par les Atlantes. Il voulait nous en donner une haute idée, il y a parfaitement réussi. Sur les personnages du Critias nous avons dit l’essentiel dans notre notice sur le Timée. Il nous reste à fixer la date de la composition. Le dialogue fait immédiatement suite au Timée et se tient le même jour. Il est vraisemblable qu’il fut composé immédiatement après le Timée. Ce n’est pas, il est vrai, l’avis de M. Taylor (Introduction au Critias, p. 101). Il note que le Timée a été révisé avant d’être publié et que le Critias ne l’a pas été, vu les difficultés syntaxiques qu’il présente. De cette constatation et de quelques divergences de détail, il conclut que le Critias a été composé quelques années après le Timée. Mais est-ce une raison, parce que Platon n’aurait pas révisé un ouvrage qu’il n’a pas achevé, pour en conclure que cet ouvrage a été composé plusieurs années après ? Quant aux légères divergences que M. Taylor a relevées entre le Timée et le Critias, elles peuvent aisément s’expliquer, précisément parce que le Critias n’a pas été révisé, sans qu’il soit besoin d’admettre un si long intervalle entre les deux ouvrages. Nous avons traduit le Critias sur le texte publié par M. Rivaud et nous avons fait notre profit de son introduction et de sa traduction, comme aussi de l’élégante traduction de M. Taylor, et de la traduction précise et nette de M. Bury. ...

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