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Platon - Phédon


Auteur : Platon
Ouvrage : Phédon De l’âme ; genre moral
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Notice sur le Phédon. ARGUMENT. Nous sommes à Phliunte, ville du Péloponnèse, où il y avait, comme à Thèbes, un petit groupe de Pythagoriciens, très sympathiques au cercle socratique d’Athènes. Phédon d’Élis, qui avait assisté à la mort de Socrate, étant de passage à Phliunte, s’est rendu au synédrion (cercle) pythagoricien, où il a des amis. L’un d’eux, Échécrate, l’interroge sur les derniers moments de Socrate. Tout ce que nous en savons, dit-il, c’est qu’il a été condamné à mort, et qu’il est resté longtemps en prison. Pourquoi ? – C’est que, dit Phédon, la veille du jugement, on avait couronné la poupe du vaisseau que les Athéniens envoient tous les ans à Délos, pour commémorer la victoire de Thésée sur le Minotaure. Or, jusqu’au retour du vaisseau, la loi défend d’exécuter un condamné. – Dis-nous maintenant, reprit Échécrate, quels furent ceux qui assistèrent à son dernier jour. – C’étaient Apollodore, Criton et son fils Critobule, Hermogène, Épigène, Eschine, Antisthène, Ctèsippe et Ménexène, tous Athéniens, et, parmi les étrangers, Simmias de Thèbes, Cébès et Phaidondès, enfin Euclide et Terpsion de Mégare. Platon était malade et Aristippe et Cléombrote se trouvaient à Égine. Nous nous rassemblions tous les jours dans la prison de Socrate ; mais, ayant appris l’arrivée du vaisseau, nous y vînmes le lendemain de grand matin. Socrate était avec sa femme Xanthippe, qui, à notre vue, se mit à pousser des cris et des plaintes. Socrate la fit reconduire et l’entretien commença. On venait de lui ôter ses fers. Le plaisir qu’il en ressentait lui inspira cette réflexion que le plaisir et son contraire, la douleur, se suivent comme s’ils étaient attachés ensemble. Si Ésope avait remarqué cela, dit-il, il en aurait composé une fable. – Cela me fait souvenir, dit Cébès, qu’Évènos m’a demandé quelle idée tu as eue de mettre en vers des fables d’Ésope. – Réponds-lui, repartit Socrate, que je l’ai fait sur l’ordre d’un songe ; salue-le de ma part, et dis-lui de me suivre le plus vite possible. Il y consentira s’il est philosophe ; cependant il ne se fera pas violence à lui-même. – Comment, demanda Cébès, accordes-tu ces deux assertions qu’il n’est pas permis de se faire violence à soi-même et d’autre part que le philosophe est disposé à suivre celui qui meurt ? – C’est que, dit Socrate, nous sommes ici-bas comme dans un poste d’où il n’est pas permis de s’évader sans le congé des dieux qui nous y ont placés. Mais, quand le moment de mourir est venu, le philosophe n’en est point fâché, parce qu’il espère trouver dans l’autre monde d’autres dieux également bons et des hommes meilleurs que ceux d’ici. À ce moment, Criton intervint et avertit Socrate de ne point parler, s’il ne voulait pas s’échauffer et contrarier ainsi l’action du poison. Socrate ne tint aucun compte de cet avertissement. Mais cette interruption de l’entretien est un petit intermède destiné à marquer que la vraie discussion va commencer. Quel est le but du philosophe ? Se détacher du corps autant que possible ; car les distractions que donne le corps gênent l’âme dans sa poursuite de la vérité. Pour voir le bon en soi, le beau en soi et toutes les essences, le corps est un obstacle ; on ne les saisit qu’avec la pensée seule et toute pure, en sorte qu’il faut attendre la mort pour que l’âme, séparée de lui, puisse atteindre pleinement la vérité. Le philosophe aurait donc tort de craindre la mort, après s’être exercé toute sa vie à s’abstraire de son corps, c’est-à-dire en somme après s’être exercé à mourir. – Ce que tu dis, reprit Cébès, est exact. Mais la plupart des gens ne croient pas que l’âme existe encore, une fois séparée du corps. La grande et belle espérance dont tu parles demande à être fondée sur des preuves solides. – Examinons à fond la question, dit Socrate. Une ancienne tradition veut que les âmes qui ont quitté ce monde existent dans l’Hadès et que de là elles reviennent ici. Si nous étendons notre enquête de l’âme à tout ce qui a vie, nous constatons qu’une chose naît de son contraire, le plus grand du plus petit et le plus petit du plus grand, le beau du laid et le laid du beau, le sommeil de la veille et la veille du sommeil. C’est ainsi que la vie naît de la mort et la mort de la vie. Cette dernière génération est visible tous les jours ; nous ne voyons pas l’autre, celle qui va de la mort à la vie ; mais, à moins que la nature ne soit boiteuse, il faut l’admettre aussi. Si en effet les naissances ne s’équilibraient pas d’un contraire à l’autre et se faisaient uniquement dans un seul sens, d’un contraire à celui qui lui fait face, et jamais inversement, tout finirait par être dans le même état ; la génération s’arrêterait et tout tomberait dans la mort. Cette preuve par les contraires est confirmée par la théorie de la réminiscence. Apprendre est se souvenir, et la preuve, c’est que, quand on interroge bien les hommes, ils découvrent d’eux-mêmes la vérité sur chaque chose, ce qu’ils seraient incapables de faire s’ils n’avaient la science en eux-mêmes. Pour se souvenir d’une chose, il faut l’avoir apprise auparavant. Or, quand, à propos d’une chose, nous nous souvenons d’une autre, quand, par exemple, la vue d’un manteau évoque celui qui le portait, c’est ce que j’appelle réminiscence. Lorsque nous voyons deux pierres égales, nous les jugeons telles en les comparant à l’égalité absolue vers laquelle elles tendent sans l’atteindre jamais. Il faut donc que nous ayons eu connaissance de l’égalité absolue avant de percevoir les choses sensibles, pour pouvoir dire que, sous le rapport de l’égalité, elles sont inférieures à l’égalité absolue. Et il en est de même de toutes les notions absolues, du bon absolu, du beau absolu. Ces notions, les sens sont incapables de nous les fournir. Il faut donc que nos âmes les aient apportées toutes faites d’une existence antérieure. Cependant Simmias et Cébès ne sont pas satisfaits. Ils admettent bien que notre âme ait existé avant notre naissance ; mais il reste à démontrer qu’elle existe encore après la mort. – Cette démonstration, vous l’avez, réplique Socrate, si à la preuve de la réminiscence vous joignez celle des contraires. Si en effet l’âme ne peut naître que de ce qui est mort, il faut nécessairement qu’elle existe encore après la mort, puisqu’elle doit revenir à la vie. Comme les deux Thébains ont encore des doutes, Socrate complète les deux premières preuves par une troisième, tirée de la simplicité de l’âme. La mort n’est autre chose que la dissolution des divers éléments des choses composées ; mais les choses simples, comme les essences, sont indissolubles, et l’âme appartient à l’espèce des essences. De plus, c’est l’âme qui commande et le corps qui obéit. Par là, l’âme ressemble au divin, qui est fait pour commander, et le corps ressemble à ce qui est mortel et fait pour obéir. Dès lors, n’est-il pas naturel que le corps se dissolve et que l’âme soit indissoluble ou à peu près ? Si elle s’est bien détachée du corps pendant la vie, on peut croire qu’elle s’en ira vers ce qui est divin et passera son existence avec les dieux. Au contraire, l’âme qui est restée attachée au corps est tirée en arrière vers le monde visible ; elle hante les tombeaux sous forme de fantôme, et elle rentre dans des corps de bêtes dont la nature correspond à la sienne. Les âmes de vertu moyenne reviennent dans des races sociables et douces comme elles. Seules, les âmes des vrais philosophes entrent dans la race des dieux. La philosophie leur remontre que le témoignage des sens est plein d’illusions, que chaque plaisir et chaque peine rive l’âme au corps, la rend semblable à lui et lui fait croire que ce que dit le corps est vrai. Elle reste ainsi contaminée par le corps et, quand elle en sort, elle retombe promptement dans un autre corps, et elle est privée du commerce de ce qui est divin, pur et simple. C’est pour ces raisons que les philosophes sont tempérants et courageux, au lieu de l’être à la façon du vulgaire, qui ne l’est que pour éviter un mal. Une âme ainsi nourrie dans le détachement du corps n’a pas à craindre, en le quittant, d’être dispersée par les vents, comme le croit le vulgaire. Ces paroles furent suivies d’un long silence, chacun s’absorbant dans la pensée de ce qui venait d’être dit. Cependant Socrate s’aperçut que Simmias et Cébès causaient à voix basse entre eux et leur demanda s’ils avaient quelque chose à redire à sa démonstration. – Oui, dirent-ils ; chacun de nous a son objection à te présenter. Voici la mienne, dit Simmias. On peut assimiler l’âme à l’harmonie d’une lyre, notre corps est tendu et maintenu par le chaud, le froid, le sec, l’humide, et l’âme est un mélange et une harmonie de ces éléments. Or si l’âme est une harmonie, elle doit périr comme les autres harmonies qui sont dans les sons et dans les ouvrages des artisans, et périr même avant les éléments du corps. Avant de répondre, Socrate invite Cébès à exposer aussi son objection. Je suis comme toi, dit Cébès, convaincu que notre âme existait avant notre naissance, mais non qu’elle existe toujours après la mort. L’âme est, à mon avis, plus durable que le corps ; mais elle n’est pas immortelle pour cela. On peut l’assimiler à un tisserand qui a usé un grand nombre d’habits qu’il s’est faits lui-même et qui meurt après eux, mais avant le dernier qu’il a porté. L’âme peut ainsi user plusieurs corps, et mourir avec le dernier qu’elle s’est tissé. Dès lors l’homme qui affronte la mort avec confiance est un insensé ; car il se peut que son âme périsse avec son corps. La gravité de ces deux objections a atterré les auditeurs, qui, en voyant par terre les arguments de Socrate, ont peur qu’il n’arrive pas à justifier sa confiance dans une vie plus heureuse. Socrate essaie d’abord de leur rendre confiance dans la validité des raisonnements. Pour cela, s’adressant à Phédon, qui est assis à ses pieds, il lui remontre que les faux raisonnements ne doivent pas rendre sceptiques et que, si l’on s’est trompé, il ne faut s’en prendre qu’à soi-même et à son incapacité, et non au raisonnement. Aussi demande-t-il à Simmias et à Cébès de bien surveiller son argumentation pour éviter l’erreur. Avant d’entamer la discussion décisive, Socrate demande à ses deux contradicteurs s’ils acceptent la théorie de la réminiscence et l’existence de l’âme avant notre naissance. Ils déclarent tous les deux qu’ils en sont convaincus. Alors, prenant d’abord Simmias à partie, il n’a pas de peine à le mettre en contradiction avec lui-même ; car comment soutenir que l’âme, étant une harmonie, puisse exister avant les éléments dont elle est formée ? On peut d’ailleurs prouver d’une autre manière que l’âme n’est pas une harmonie. Il y a des degrés dans les harmonies, selon que les éléments d’où elles résultent sont plus ou moins bien harmonisés ; mais dans l’âme il n’y a pas de degrés ; chaque âme est exactement ce qu’est une autre âme. En outre, nous disons que certaines âmes sont vertueuses et d’autres vicieuses. Or nous admettons que la vertu est harmonie et le vice dissonance. Il s’ensuit que l’âme vertueuse a en elle une autre harmonie, et la vicieuse une dissonance, ce qui est contraire à nos prémisses. À moins d’admettre qu’il n’y a pas d’âme plus vertueuse ou plus vicieuse qu’une autre, l’âme n’est donc pas une harmonie. Enfin c’est l’âme qui commande et le corps qui obéit. Si elle était une harmonie, elle suivrait les éléments qui la composent au lieu de les régenter. Reste la thèse de Cébès ; elle est plus difficile à réfuter ; car elle exige une investigation complète sur les causes de la génération et de la corruption. À ce propos, Socrate commence par raconter ses propres expériences. Dans ma jeunesse, dit-il, je me demandais avec les vieux physiologues quelles étaient les causes des choses, si, par exemple, le froid et le chaud étaient les forces qui avaient formé l’univers, si c’était le sang, le feu ou l’air qui étaient la cause de l’intelligence. Mais ces recherches, loin de m’éclairer, me jetèrent dans une telle perplexité que je me reconnus incapable de les poursuivre. Or un jour, ayant entendu lire dans un livre d’Anaxagore que l’Esprit est la cause de toutes choses, je fus enthousiasmé de cette découverte. Il me parut que l’Esprit ne pouvait disposer les choses que de la façon la meilleure, et je pensai qu’Anaxagore allait tout expliquer par là. Il n’en était rien. Au lieu de chercher dans le mieux les véritables causes, il les cherchait dans l’air, dans l’eau, dans l’éther, confondant les conditions de l’existence avec les causes de l’existence. C’est comme si l’on disait que je suis assis ici et cause avec vous, parce que j’ai des tendons, des os, de la voix, au lieu de dire que c’est parce que je l’ai jugé meilleur. Aussi je changeai de méthode, et je cherchai la cause dans les Idées comme le bien en soi, le beau en soi. Les choses sensibles ne sont bonnes ou belles que parce qu’elles participent du bien en soi, de la beauté en soi, et de même pour la grandeur, la petitesse et les autres essences. Qu’on m’interroge donc sur la cause d’une belle chose, je répondrai simplement que c’est l’Idée du beau, et j’écarterai toute autre réponse. Si l’on me demande pourquoi Simmias est plus grand que Socrate et plus petit que Phédon, je dirai que c’est la grandeur qui est en lui qui est plus grande que la petitesse qui est dans Socrate, et que c’est la petitesse qui est en lui qui est plus petite que la grandeur qui est dans Phédon ; car cela n’a rien à faire avec la personnalité de Simmias, de Socrate et de Phédon. Nous voyons par cet exemple que deux Idées peuvent coexister dans le même sujet, bien qu’elles ne puissent pas se combiner l’une avec l’autre. Ainsi la grandeur en elle-même ne veut jamais être à la fois grande et petite, et la grandeur qui est en nous n’admet pas la petitesse. Aucun contraire ne veut devenir son contraire, mais, ou bien il se retire, ou bien il périt. Ici quelqu’un objecta qu’on avait admis auparavant que les contraires naissent des contraires. C’est que, répondit Socrate, nous parlions des choses qui ont des contraires ; à présent nous parlons des contraires eux-mêmes, c’est-à-dire des essences. Et il est évident que non seulement ces contraires absolus s’excluent les uns les autres, mais encore que toutes les choses qui, sans être contraires les unes aux autres, contiennent toujours des contraires, ne reçoivent pas non plus l’idée contraire à celle qui est en elles, et qu’à son approche elles périssent ou cèdent la place. Ainsi le nombre trois, qui n’est pas l’impair absolu, mais qui contient l’idée de l’impair, ne deviendra jamais pair tout en restant trois. De même l’âme qui entre dans un corps et y apporte toujours la vie, ne recevra jamais le contraire de ce qu’elle apporte, c’est-à-dire la mort. Elle est donc immortelle et par suite indestructible. La conséquence de l’immortalité, c’est qu’il faut prendre soin de son âme, non seulement pour le temps de cette vie, mais pour tout le temps à venir. Il faut la rendre la meilleure possible. Car les âmes sont jugées après la mort et traitées comme elles l’ont mérité pendant la vie : les âmes souillées par les vices du corps errent longtemps avant d’arriver au séjour qui leur est réservé, tandis que les âmes pures, guidées par les dieux, vont tout droit à la résidence qui les attend. À ce propos, Socrate expose dans un mythe l’idée qu’il se fait de la terre et des lieux souterrains où séjournent les morts. La terre est sphérique et divisée en beaucoup de creux pareils à celui de la Méditerranée, dont nous habitons les bords. Mais au-dessus de ces creux habités par les hommes, il y a une terre plus pure, qui est située dans le ciel pur, dans l’éther, où sont les astres. Elle est beaucoup plus brillante, plus riche en productions et en beautés de toutes sortes que la nôtre. Toutes les cavités de notre terre communiquent entre elles par des canaux souterrains remplis d’eau. Il y a sous terre des fleuves immenses qui se jettent dans un vaste gouffre, le Tartare, pour en sortir ensuite. Ce qui fait que tous les fleuves sortent de ce gouffre et y retombent, c’est que leurs eaux ne trouvant là ni fond ni appui, oscillent tantôt vers le bas, tantôt vers le haut, où elles forment les lacs et les mers de la surface de la terre. Parmi ces fleuves, il y en a quatre principaux : l’Océan, qui encercle le globe ; l’Achéron, qui se jette dans le lac Achérousiade, où se rendent la plupart des âmes des morts et d’où elles sont renvoyées pour renaître parmi les vivants ; le Pyriphlégéthon et enfin le Cocyte, qui tous deux tombent aussi dans le lac Achérousiade. Après leur jugement, les morts qui ont mené une vie moyenne, entre le vice et la vertu, s’embarquent sur l’Achéron pour le lac Achérousiade, où ils se purifient. Les grands criminels, regardés comme incurables, sont précipités dans le Tartare, d’où ils ne sortiront jamais. Ceux qui ont commis des crimes ordinaires, mais s’en sont repentis, tombent dans le Tartare, y restent un an, puis en sortent, soit par le Cocyte, soit par le Pyriphlégéthon, pour venir au bord de l’Achérousiade. Là, ils appellent à grands cris ceux qu’ils ont offensés et, s’ils obtiennent leur pardon, ils entrent dans le lac Achérousiade et voient la fin de leurs maux ; sinon, leur punition continue jusqu’à ce qu’ils aient fléchi leurs victimes. Ceux qui ont mené une vie sainte vont au contraire habiter la terre pure, et les âmes des philosophes des résidences plus belles encore. Voilà ce qui doit rassurer le philosophe qui a pratiqué la tempérance et la justice. Quand Socrate eut fini de parler, Criton lui demanda s’il n’avait pas quelques recommandations à faire. Prenez soin de vous-mêmes, répondit-il ; je n’ai pas autre chose à vous demander. – Comment faudra-t-il t’ensevelir ? – Comme vous voudrez, dit-il. Le pauvre Criton s’imagine que je suis celui qu’il verra tout à l’heure sous forme de cadavre. Persuadez-lui que je ne resterai pas ici quand je serai mort, mais que j’irai goûter les félicités des bienheureux. Socrate sortit alors pour prendre un bain, afin d’épargner aux femmes la peine de le laver après sa mort. On lui amena ses enfants et ses parentes. Il s’entretint quelque temps avec elles, puis revint à ses amis. Mais, presque aussitôt, le serviteur des Onze se présenta pour l’avertir que son heure était arrivée ; il loua la douceur et la patience de son prisonnier, puis se détourna pour pleurer. Socrate lui dit adieu, en faisant l’éloge de sa bonté, et demanda le poison. Criton lui fit observer que le soleil était encore sur les montagnes et qu’il pouvait différer et attendre comme les autres le dernier moment. « Je n’ai rien à gagner à attendre, répondit-il : je me rendrais ridicule à mes yeux. » On apporta la coupe. Socrate la prit avec une sérénité parfaite. Il demanda s’il pouvait en faire une libation à un dieu. L’homme qui avait apporté le poison lui répondit qu’on n’en broyait que juste ce qui était nécessaire. Alors Socrate épuisa la coupe. Nous nous mîmes tous à pleurer et à nous lamenter. Apollodore surtout poussait des plaintes à fendre le coeur. « Que faites-vous ? dit Socrate. Si j’ai renvoyé les femmes, c’était pour éviter ces lamentations déplacées. » Comme ses jambes s’appesantissaient, il se coucha sur le dos. Peu à peu, le froid gagna les jambes, puis le bas-ventre. Sentant sa fin approcher, Socrate dit à Criton : « Nous devons un coq à Asclèpios ; ne l’oubliez pas. » Criton lui demanda s’il avait une dernière recommandation à faire. Il ne répondit pas. Un instant après, il eut un sursaut. L’homme le découvrit, car il s’était voilé la tête. Il avait les yeux fixes. Criton lui ferma la bouche et les yeux. Telle fut, Échécrate, la fin de notre ami, le meilleur, le plus sage et le plus juste des hommes. ...

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