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Steiner Rudolf - Liberté des idées et forces sociales


Auteur : Steiner Rudolf
Ouvrage : Liberté des idées et forces sociales Les exigences sociales du présent et leur réalisation pratique. Six conférences publiques, avec un épilogue, tenues entre le 26 mai et le 30 décembre 1919 à Ulm, Berlin et Stuttgart.
Année : 1919

Lien de téléchargement : Steiner_Rudolf_-_Liberte_des_idees_et_forces_sociales.zip

La structure triple de la question sociale Ulm, 26 mai 1919 Comme en d’autres lieux du Würtemberg et de la Suisse, je me permettrai ici aussi de parler sur la question la plus décisive et la plus importante, sur la question sociale, et certes en me rattachant à ce qui a paru dans l’appel qui a été diffusé en Allemagne il y a quelque temps, « Au peuple allemand et au monde civilisé ». L’appel, qui se présenta pour la Dreigliederung de l’organisme social, a dû parvenir sous les yeux de la plupart d’entre vous. Des exposés plus détaillés de ce qui ne pourra naturellement qu’être brièvement indiqué ici, sont donnés dans mon ouvrage « Le point essentiel de la question sociale dans les nécessités de la vie présente et future ». Permettez-moi aujourd’hui de vous esquisser quelques points de ce qui doit être dit au sujet de cet appel. La question sociale — cela ressort bien pour chaque âme humaine qui fait face aux événements actuels — est ce qui a résulté sous une forme toute nouvelle des événements puissants et bouleversants de la catastrophe de la guerre mondiale. Bien sûr, ce qu’on appelle la question sociale, ou mouvement social, comme nous l’évoquons aujourd’hui, est ancien d’un peu plus d’un demi-siècle pour le moins. Mais celui qui envisage ce qui s’annonce aujourd’hui comme une puissante vague historique, et compare les choses entre elles, doit pourtant dire : cette question sociale a pris dans notre présent une forme complètement différente, une structure vis-à-vis de laquelle personne ne devrait rester indifférent. Combien, à d’innombrables reprises, on a entendu cette parole durant les quatre ou cinq dernières années : à la base de cette catastrophe effrayante de la guerre mondiale, il y a quelque chose dont les hommes n’ont jamais fait l’expérience, depuis qu’existe principalement ce qu’on appelle l’histoire. Mais combien peu, vraiment très peu, évoquent aujourd’hui, là où cette catastrophe de la guerre mondiale fait apparaître une crise, la nécessité d’un nouvel ordre de la vie et d’une impulsion toute nouvelle ; celle d’un retournement complet du penser et d’un ré-apprentissage complet — quoiqu’à vrai dire extérieurement déjà, l’on reconnaisse la nécessité de ce retournement du penser et de ce ré-apprentissage. Car les vieilles idées nous ont directement menés dans cette épouvantable catastrophe humaine. De nouvelles idées, de nouvelles impulsions doivent donc nous en faire sortir. Et là où ces impulsions sont à rechercher, ce que révèle une observation vraiment pénétrante, c’est ce qui retentit comme revendications sociales émanant de toujours plus de poitrines humaines et devant lesquelles seul celui qui dort vis-à-vis de son époque peut à vrai dire passer en restant indifférent, en restant dans l’expectative face aux événements jusqu’à ce que, pour ainsi dire, le vieil édifice s’effondre dans le néant. Des questions sociales, on se les représente aujourd’hui de façon réitérée comme des choses extrêmement faciles à concevoir, par moments même d’une simplicité extrême. Celui qui ne part pas de théories surannées, ni non plus d’exigences personnelles isolées, mais d’une expérience réellement élargie au sujet des nécessités de la vie du présent et de l’avenir, celui-là doit voir dans cette question sociale quelque chose où confluent de nombreuses forces, qui se sont soulevées dans l’évolution de l’humanité et, on peut déjà dire, d’une certaine façon, que ces forces sont allées elles-mêmes au devant de leur anéantissement. Pour celui qui domine du regard les conditions de la vie, la question sociale lui apparaît sous une structure triple. Elle lui apparaît premièrement comme un problème de la vie de l’esprit, deuxièmement comme un problème de la vie juridique, et troisièmement comme un problème de la vie économique. Cela étant, les derniers siècles, et en particulier le dix-neuvième siècle, ont amené avec eux le fait que l’on pense devoir rechercher presque tout ce qui appartient à la question sociale dans le seul domaine économique. Les raisons pour lesquelles on voit si peu clairement ce qu’il en est, reposent précisément sur l’opinion qu’en trouvant la voie dans le domaine économique, tout le reste devrait alors suivre tout naturellement. Il s’avère déjà nécessaire que la première partie de ma considération soit aujourd’hui consacrée à un domaine de la vie, dont les gens, pas plus ceux de gauche que ceux de droite, ne veulent entendre raison pour reconnaître qu’il s’agit d’un domaine social important, à savoir le domaine de la vie spirituelle. Les exigences que l’on nomme sociales, partent effectivement de la grande masse du prolétariat, qui a passé par un triple chemin de souffrances jusqu’aux situations présentes, dont nous voulons parler ensuite. Et ce prolétariat a été presque totalement tourneboulé, rien que dans la vie économique, par l’arrivée des techniques nouvelles et du capitalisme dévastant les âmes, ainsi que par les conditions culturelles régnantes. C’est de la vie économique que sont nées aussi les revendications du prolétariat. C’est pourquoi la question sociale du présent, parce qu’elle surgit d’abord du prolétariat, a adopté cette forme économique. Mais elle n’est pas une simple question économique. La simple constatation déjà, que les idées traditionnelles sont insuffisantes vis-à-vis des faits qui parlent aujourd’hui d’eux-mêmes, peut nous enseigner qu’au sein du mouvement social nous n’avons pas seulement affaire à une question économique et à une question juridique, mais que nous avons bien affaire avant toute chose à une question spirituelle. Nous nous trouvons, pour ce qui est d’une grande partie du monde civilisé, loin du fait social qui parle sans mélange. Les opinions sociales des partis, des programmes sociaux des partis, nous les avons eues, elles ont été proférées, proclamées. Toutes ces idées, toutes ces opinions des partis, se révèlent maintenant, que l’on se trouve bien en face des faits, comme tout à fait insuffisantes. Aujourd’hui, il ne s’agit plus de poursuivre d’anciennes opinions de partis, mais aujourd’hui il s’agit de se positionner directement, avec un total sérieux et un parfait sens de la réalité, bien en face des faits. Voyons d’abord encore une fois la manière dont a évolué la vie des hommes à l’époque moderne, cette vie qui s’est précipitée ensuite dans cette catastrophe. Nous avons alors avant toute chose à jeter une regard sur l’abîme qui apparaît profond, presque infranchissable, entre le prolétariat et le non-prolétariat. Quand nous regardons la vie culturelle de ce non-prolétariat, qu’est-ce qui s’oppose à nous ? Bien certainement, cette vie culturelle a été copieusement glorifiée comme un énorme progrès au cours des temps modernes. On a toujours pu entendre sans cesse combien dans cette époque moderne les moyens de circulation ont emporté les hommes dans de vastes régions de la Terre, lesquelles si on les avait décrites d’une manière prophétique dans des époques antérieures, eussent été décriées comme des utopies. L’idée — ainsi a-t-on toujours et sans cesse prôné et loué avec exagération — vole à la vitesse de l’éclair vers de lointaines régions et océans et ainsi de suite. On ne s’est jamais lassé de priser sans cesse le progrès. Mais aujourd’hui, c’est le moment d’ajouter à tout cela une autre considération. Aujourd’hui, c’est le moment de se demander : sous quelles conditions ce progrès est-il né ? Il ne pouvait que naître en s’édifiant sur une infrastructure reposant sur les plus grandes masses de l’humanité, qui elles ne pouvaient pas participer à tout ce que l’on a tant loué ainsi de cette culture, et qui était édifié sur de grandes masses humaines qui devaient effectuer leur travail pour qu’existe cette culture réservée à quelques-uns, laquelle sous la forme où elle avait été créée, ne pouvait exister que parce que ces masses n’y avaient d’abord aucune part. Eh bien !, ces vastes masses ont grandi, elles ont repris leur esprit, et elles exigent maintenant à juste titre leur part. Leurs exigences sont en même temps les grandes exigences historiques du présent pour quiconque comprend réellement son époque. Et quand retentit aujourd’hui l’appel vers une socialisation de la vie économique, alors celui qui comprend son temps n’y reconnaît pas simplement les revendications d’une classe d’hommes, mais en même temps une exigence historique de la vie humaine du temps présent. Un trait distinctif des classes humaines dirigeantes, qui participèrent à cette culture tant de fois louée et prisée, c’est qu’elles ont négligé presque toutes les occasions, au cours de l’époque moderne, qu’elles ne se sont pas montrées à la hauteur de toutes les occasions de franchir d’une manière quelconque l’abîme qui les séparait des masses du prolétariat qui surgissaient avec des revendications toujours plus justifiées. C’est justement dans les idées qu’on a échoué, dans ces idées qui auraient dû affluer dans la vie humaine, dans la vie sociale, pour permettre de franchir cet abîme. C’est déjà une particularité de cette vie spirituelle moderne, que l’on a tant prisée, qu’elle soit devenue de plus en plus étrangère à la vraie vie réelle. L’individu poursuit toujours cette vie qui l’entoure immédiatement. Pour de larges milieux, ils ne se retrouvaient plus dans notre vie spirituelle, dans nos établissement d’enseignement, et ainsi de suite. Des exemples du genre, qui pourraient être fournis à partir des points de vue les plus variés, ne se comptent pas par dizaines, mais par centaines et plus. Au début du siècle, un conseiller du gouvernement, le conseiller Kolb, a pris son destin en mains d’une manière singulière. Je mentionne volontiers ce Kolb, ce conseiller du gouvernement, car c’est tout à son honneur cette façon qu’il a eue de prendre son destin en main, et parce que je n’ai à ce propos aucun besoin de dire d’une quelconque manière quelque chose de dommageable à son sujet, ce que je ne fais pas volontiers. En un clin d’oeil, Kolb a provoqué quelque chose dans sa vie que peu d’autres conseillers du gouvernement font. Les autres se laissent le plus souvent mettre à la retraite, quand ils ne veulent plus assurer leur service ; lui, par contre se congédia lui-même, quitta sa fonction, émigra en Amérique et s’y fit embaucher comme travailleur ordinaire, d’abord dans une brasserie, puis dans une fabrique de bicyclettes. À partir des expériences que traversa ce conseiller du gouvernement, il rédigea ensuite un livre : « Travailleur en Amérique ». Dans cet ouvrage, on tombe sur une phrase remarquable qui dit à peu près ceci : « Lorsque autrefois je rencontrai un homme qui ne travaillait pas, moi, je disais: « Pourquoi ce gueux ne travaille-t-il pas ? ». À présent, je suis autrement informé. Et à présent, je sais aussi beaucoup d’autres choses ; à présent, je sais que même la plus horrible activité dans les bureaux d’étude fait encore un bon effet. » C’est là un aveu qui caractérise profondément les rapports sociaux de l’époque. Un homme qui est sorti de notre vie spirituelle, à qui on avait confié le sort des hommes pendant de nombreuses années, — pendant autant d’années qui furent nécessaires pour produire un conseiller du gouvernement —, cet homme ne connaissait en effet rien au travail humain, c’est-à-dire, qu’ils ne connaissait rien de la vie humaine. Il dut d’abord provoquer lui-même un tournant dans sa propre destinée, pour apprendre quelque chose de la vie, qu’il était censé gouverner et dans laquelle il devait être efficace en tant que membre des classes dirigeantes. Il dut d’abord, pour savoir à quoi s’en tenir de cette vie-là, se faire embaucher comme ouvrier et il en vint ensuite à de toutes autres conceptions de la vie. ...

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